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Guerchang Bastia kanaval 2015 : Fe Leta Nou by TLorquet
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https://soundcloud.com/slorquet/guerchang-bastia-kanaval-2015
Plus qu'un rythme carnavalesque, cette chanson pose une vraie question de société : à savoir la forme d'Etat de la République d'Haïti, depuis au moins 100 ans.
« Fè Leta pa nou ! », avec ce titre pour sa chanson carnavalesque, en cette année de 2015, Guerchang Bastia lui donne une dimension politique et symbolique singulière.
En quelques mots, Bastia Guerchang traverse cent (100) ans d'historiographie de la société haïtienne ! De l'Occupation américaine de 1915, qui a défait l'armée révolutionnaire ; à cette forme d'Etat interventionniste d'occupation, qui finit par dissoudre son armée répressive, faisant des anciens militaires des mercenaires. L’armée est tout simplement remplacée par une force d’occupation : la MINUSTHA.
« Nou tout se Ayiti, sèl Leta k pa Ayisyen ! », commence-t-il par chanter. « Leta sa a, pa Leta pan, se Leta pa blan ! » (...) « Se Leta Washington ! » Un Etat qui est orchestré par le retour des colons américains et de ses alliés haïtiens, retrouvés aussi dans toutes les institutions haïtiennes et dans les ONG étrangères. Cette forme d’Etat colonial est construite par la domination américaine, sous la répression et la corruption. Cet Etat d'occupation a aussi cassé toute la structure économique du pays. Il a séquestré des terres paysannes et fermé les ports du pays pour les centraliser dans la république de Port-au-Prince.
« 1915-2015, sa fè 100 an, Meriken met pye sou kou nou ! » Dans le paradigme de la répression, cette chanson pourrait figurer comme de la subversion. Mais pour l’artiste, il s’agit de rébellion contre les injustices faites au peuple par cet Etat au service des couches aisées et des classes dominantes.
Cette chanson est d'autant plus formidable que l'auteur n'a pas une seule fois cité les noms de personne qui se sont succédées au pouvoir ; pour ne pas faire du gnbisme et du zentellectualisme, au sens large de ces nouveaux concepts haïtiens, en vogue depuis 2004. Mais, il a rappelé avec vénération les personnages comme Charlemagne Péralte, Benoit Batraville, Rosalvo Bobo et les autres, qui ont combattu l’interventionnisme étasunien de 1915.
C'est tout simplement un texte académique par le fait que la question de l'Etat soit au centre de la pensée de l'artiste-chercheur. C'est intelligemment réussi ! Car cela nous oblige à réfléchir sur le concept d'un Etat démocratique et universel pour la République d’Haïti.
« Fôk nou fè, Fôk nou fè, fok nou fè Leta nou ! »
L’artiste appelle toutes les composantes de la société haïtienne à œuvrer à réaliser elles-mêmes notre Etat face à celui du Blan. L’Etat qui nous permettra de choisir, nous-mêmes, nos représentants !
La forme d'Etat d'un pays est le premier élément qui détermine son système démocratique et son développement. Mais hélas ! L’intelligentsia haïtienne est aux abonnés absents ; quand il s’agit d’élaborer un plan, de proposer une alternative.
Et si nous n’étions pas capables de nous gouverner nous-mêmes, comme le trompettent certaines voix ? En tout cas, celles et ceux qui, dans la classe politique haïtienne ou du milieu intellectuel, pourraient penser à la forme d'Etat idéal pour Haïti, et capables d'apporter des réponses fonctionnelles aux faiblesses institutionnelles, ce sont ces hommes et ces femmes là dont le pays a besoin.
Le diplôme académique ne justifie pas l'intelligence. Don de Dieu ou de la Nature. Quoi qu’il en soit, Bastia Guerchang est intelligent ! Cette composition restera dans l'histoire des chansons populaires haïtiennes ; comme tendent à le devenir celles de John Steve Brunache. Bravo l'artiste !
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