Un regard TIPÉDANT dans le prisme des stratégies malicieuses de réussite à somme nulle des acteurs sociaux haïtiens. Dans cet article nous décodons les vrais enjeux de la discorde numérique qui oppose les partis politiques haïtiens au Conseil électoral provisoire (CEP), dans le cadre du processus électoral en cours. (texte inclus dans le message et fichier en pièces jointes)
Chroniques Électo-numériques sur fond de malice :
Aux sources ramifiantes de l’invariante instabilité politique haïtienne
(Partie 4)
Mise en contexte
Pour donner un vernis de crédit au processus électoral qui doit, selon la fiction de la gouvernance haïtienne, déboucher sur la restauration de la légitimité démocratique des institutions étatiques et le renouvellement du personnel politique de ce pays shitholisé et gangstérisé, le conseil électoral provisoire (CEP) a surpris les partis politiques haïtiens en y introduisant une petite innovation numérique. En effet, conformément à l’article 130 du décret électoral du 2 juin 2026, — décret accepté par l’ensemble des parties prenantes du processus—, les 105 structures politiques agréées doivent, pour être habilitées à présenter des candidatures aux prochaines élections, justifier d’un quota de 30 000 membres, adhérents ou sympathisants. Et les articles 131, 132 et 133 du même décret décrivent les deux critères de validation des membres de cette liste :
Le premier est un critère d’authentification (article 131), pour vérifier l’identité des membres sur les listes par croisement de leur numéro d’identification national unique (NINU), prénom, nom, sexe, avec le système national d’identification sous contrôle théorique de l’office national d’identification (ONI) (article 133) ;
Le second est le critère d’unicité (article 132), pour garantir que chaque membre authentifié par son identité (NINU, prénom, nom, sexe) ne figure qu’une seule fois sur une liste de structure politique.
Évidemment, il y a dans ce processus de nombreuses failles (confusion sur le statut d’un membre, d’un adhérent et d’un sympathisant dans une structure politique), incomplétude des données d’identification (date de naissance, adresse complète) qui, en regard des risques majeurs auxquels l’écosystème haïtien fait face, rendent improbable la fiabilité du registre électoral qui en résultera et hypothèquent en amont la légitimité du personnel politique qui sera issu de ces hypothétiques élections. Nous reviendrons sur ces failles dans un autre article. Mais ce qui nous intéresse ici, c’est de montrer le double jeu de tous les acteurs sociaux haïtiens et combien la culture de la malice et du marronnage est ancrée dans le génome de la réussite nationale haïtienne. Ce qui manifestement rend improbable toute innovation sociale en Haïti.
Les failles de l’écosystème des données de la gouvernance haïtienne
En effet, toutes les 105 structures politiques agréées ont, malicieusement, accepté ce décret, tout en connaissant les risques majeurs séculaires auxquels l’écosystème haïtien fait face :
· État civil déstructuré (référence 1, référence 2) ;
· Registre de population non à jour, puisque le dernier recensement date de 2009. Or depuis, le pays ne fait que s’enliser dans un cycle de mutations territoriales et sociales qui ont affreusement reconfiguré la structure de la population : 2010 (tremblement de terre), de 2019 à 2026 (meurtre collectif par violence des gangs, déplacement de population sur le territoire, migration externe) ;
· Données d’identification des citoyens haïtiens non formellement protégées par la loi, malgré la référence de l’article 21 du décret du 18 juin 2020 sur le numéro d’identification national unique (NINU) ;
· Données d’identification des citoyens haïtiens transitant, sans cadre légal sur leur exploitation et la durée de leur conservation, aux mains de plusieurs entreprises et prestataires de services (Banques privées, maisons de transfert, entreprises de télécommunications, institutions d’assurance, etc…) dont les liens de certains avec les structures criminelles sont établies et documentées dans plusieurs rapports de l'Organisation des Nations Unies (ONU).
D'ailleurs, nous étions les rares à montrer, après les sanctions de l'ONU en 2022 contre de puissantes personnalités politiques et économiques haïtiennes, combien les liens d'affaires criminels de certaines entreprises haïtiennes avec les gangs contribuaient à rendre angoissant le tableau de la déshumanisation d'Haïti. Nous avions eu le courage d'écrire publiquement ce que d'autres s'interdisent de penser pour rester professionnellement actifs : quand une grande partie de ceux qui sont économiquement influents dans une société précarisée doive leur réussite à leurs liens d’affaires avec la corruption et la criminalité, cette société ne peut évoluer que vers un enchevêtrement de médiocrités humaines.
C'est dans le prisme de ce tableau qu'il faut décoder le double jeu des structures politiques haïtiennes. Toutes se disaient, malicieusement, que vu les défaillances institutionnelles de ce pays improbable, trouver, fabriquer, inventer ou acheter 30 000 identités pour remplir leur liste ne serait qu’une formalité. Donc, au lieu de signaler publiquement les failles du décret électoral et de refuser de prendre part à ce processus tronqué à la base, toutes se sont empressées de l’accepter. Certainement, chacune se disait qu’elle serait la plus malicieuse à en profiter, se réservant le droit de crier au scandale si elle n’est pas l’heureuse bénéficiaire. Voilà le double jeu et le fonds de malice qui unissent les acteurs politiques haïtiens dans les liens d’une même irresponsabilité par rapport à la perduration de l’instabilité.
La surprise numérique
Mais, malgré les limites du décret électoral, le CEP a voulu tenter un pari innovant en réduisant le nombre de structures politiques aptes à présenter des candidats. Aussi a-t-il commandité une plateforme numérique pour l’enregistrement des membres des structures politiques, et l’a fait brancher directement sur les serveurs de bases de données de l’ONI pour assurer le respect du critère de l’authentification. Or, surprise du chef, il semblerait que depuis la réinitialisation de la base de données de l’ONI avec le NINU, depuis le décret du 18 juin 2020, le système national d’identification haïtien a été progressivement épuré. Discrètement, en 2022, l’ONI avait proposé, à son ministère de tutelle, une réforme pour harmoniser dans un système intégré les registres de l’état civil et les données d’identification des citoyens. Comme toujours, nous étions les rares à faire un plaidoyer pour cette réforme du système national d’identification qui devait rendre probant l’écosystème informationnel de la gouvernance haïtienne.
Donc, les prédateurs et fraudeurs qui s’apprêtaient à passer dans les mailles béantes des failles du système de l’état civil haïtien se sont heurtés à ce processus d’authentification. Car, si l’on croit les statistiques d’activités de cette plateforme, au 14 septembre 2022, il y avait :
25 structures politiques sur 105 à atteindre le quota des 30 000 membres, soit moins de 25% ;
Plus de 3 millions de NINU invalides rejetés ;
Plus de 9 millions d’identités (NINU, prénom, nom, sexe) rejetées pour non concordance avec les données de l’ONI.
Évidemment cela a frustré les chefs de partis et de structures politiques, et à l’unisson, tous ceux qui sont en difficulté pour valider leur liste douteuse se sont mis à dénoncer les dysfonctionnements de la plateforme. Pourtant le vrai bug du processus d’enregistrement des structures politiques n’est pas dans la plateforme numérique, mais dans le décret électoral qui donne le cadre légal de validation exécuté par les codes programmatiques de la plateforme numérique. Or toutes les parties ont accepté le décret, et voilà qu’elles se mettent à dénoncer comme un bug l’innovation numérique qui prend en charge son opérationnalisation.
Le motif empirique de validation de l’axiomatique de l’indigence
Voilà la malice nationale élue qui rend improbable l’innovation en Haïti. C’est sur les enjeux d’apprenance de cette petite innovation que nous allons intervenir dans la suite pour montrer les trames des communs culturels malicieux qui structurent le repère indigent dans lequel évolue, à contre sens éthique, la société haïtienne, dans sa structuration en groupes dominants et groupes dominés. Nous nous réservons le droit de monter les failles de ce décret dans un autre article. Mais ce qui importe pour nous, dans notre de rôle TIPÉDANT de chasseur intranquille d’indigents et d’empêcheur d’enfumer à fond, c’est que cette discorde numérique nous offre un motif empirique précieux qui un des axiomes de l’indigence :
Mais ce qui importe pour nous, dans notre de rôle TIPÉDANT de chasseur intranquille d’indigents et d’empêcheur d’enfumer à fond, c’est que cette discorde numérique nous offre un motif empirique précieux qui valide un des axiomes de l’indigence :
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Avec les mêmes communs culturels malicieux comme valeurs partagées par la majorité des acteurs sociaux haïtiens, l’innovation technologique ne peut qu’accélérer sa shitholisation et automatiser sa déshumanisation, en verrouillant la population dans cet état d’impuissance collective si confortable qu’elle devient une résignation tranquille qui résonne comme une heureuse résilience.
Nous y reviendrons.
Bonne lecture.
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