L’enseignant-chercheur haïtien Obrillant Damus a rencontré une trentaine de femmes victimes de violences sexuelles dans le but d’en savoir plus sur le viol, devenu «banal» en Haïti. Cinq ans après le séisme dévastateur qui a laissé 2 millions de personnes sans-abri, les femmes sont toujours vulnérables, dans les camps de déplacés. La culture du silence et l’inefficacité de la justice entretiennent le drame.
En Haïti, le viol est un fléau persistant. Dix ans après l’adoption d’un texte de loi reconnaissant enfin ce crime, les agressions sexuelles restent monnaie courante dans cette île des Antilles. L’universitaire Obrillant Damus, qui enseigne à l'Université d'Etat d'Haiti et à l'Université Quisqueya, et qui a confié à Paris Match avoir lui-même beaucoup d’amies qui ont été abusées, s’est penché sur cette question encore tabou. «J’ai eu envie d’apporter ma contribution à la compréhension de ce phénomène social ubiquitaire», nous a-t-il expliqué. Le sociologue, qui se définit comme un «chercheur social» –il a notamment publié deux essais, sur l’accouchement traditionnel en Haïti, le cancer de la prostate et la solidarité- a rencontré plus d'une trentaine de femmes violées dans la région de Port-au-Prince. Et ce grâce à l’aide de l’association Komisyon Fanm Viktim Pou Viktim (KOFAVIV), une organisation de défense des droits des femmes dont la principale activité́ consiste à aider les victimes de violences sexuelles. Sous couvert d’anonymat, ces victimes lui ont raconté leur calvaire. Certaines ont refusé. Car «quand on parle de son viol, on le revit», lui ont-elles expliqué. Toutefois, celles qui ont accepté pour la première fois de se livrer, ont dit se sentir libérées. Elles n’avaient pas soupçonné jusqu’alors l’effet cathartique de la parole. Il projette d’en faire un livre.
Le viol a longtemps été utilisé «comme moyen de répression, notamment sous l’ère Duvalier père», rappelle Obrillant Damus. «Le viol est une arme de guerre, utilisée par les despotes» pour asservir leur population. «Mais le nombre de victime a largement augmenté en 2004 après départ de Jean-Bertrand Aristide du pouvoir, poursuit-il. De nombreux prisonniers se sont évadés de prison et ont profité de l’instabilité politique pour commettre leurs crimes. Comme partout, quand la situation est chaotique, les premières victimes sont les femmes et les enfants.» Et après le séisme du 12 janvier 2010, qui a fait plus de 200 000 victimes et laissé plus de 2 millions de personnes sans abri, le phénomène a de nouveau pris de l’ampleur dans les camps de fortune. Amnesty International avait dressé un bilan alarmant en 2011. «Le viol est lié à la vulnérabilité sociale économique» des populations, souligne le spécialiste. D’après le récent rapport d’Amnesty, 123 camps de personnes déplacées, accueillant 85 432 personnes, sont toujours ouverts en Haïti. Certains d’entre eux sont devenus de véritables ghettos, où même la police n’ose pas s’aventurer.
LUTTER CONTRE L’IMPUNITÉ DES VIOLEURS
Et tous les experts s’accordent à dire que le principal obstacle à l’endiguement de ce problème est l’impunité. Grâce à la pression des associations, un décret du 6 juillet 2005 a modifié les articles 279 à 281 du code pénal d’Haïti –qui ne donne toutefois pas de définition des actes constitutifs de l’infraction, comme le lui reprochent les ONG. Jusque-là, le viol n’était considéré que comme une atteinte aux mœurs. Il est désormais reconnu comme un crime, passible de 10 ans de travaux forcés, 15 ans si la victime est mineure. La perpétuité est requise si l’agresseur détient autorité sur la victime. Mais comme le regrette Obrillant Damus, la loi n’est pas appliquée. Parce que «pour porter plainte, il faut avoir de l’argent», explique l’Haïtien, qui n’hésite pas à dire que «la justice n’existe pas» dans son pays, et à pointer du doigt implicitement la corruption. «Des centaines de dossiers ne sont pas traités. Dans les autres cas, les juges, notamment les juges de paix, amènent les parties à s’arranger, dénonce-t-il. Et les politiques se désintéressent totalement de la question.»
Selon un rapport de la Section des droits de l'Homme (SDH) de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) publié en août 2013, les institutions chargées de la justice et de l'application des lois n'agissent de manière appropriée que dans une très petite proportion des plaintes pour violences sexuelles qu'elles reçoivent. Cette situation résulte de plusieurs facteurs, notamment l'absence d'enregistrement systématique, ou le mauvais enregistrement, des plaintes ; le nombre élevé de cas en souffrance ; et effectivement la pratique illégale de recherche de conciliation entre la victime et son agresseur présumé. En outre, les autorités réclament la plupart du temps un certificat médical, alors que «la médecine légale n’existe pas» en Haïti selon M.Damus. Par conséquent, très peu d’affaires aboutissent à un procès. Au bout du compte, lorsqu’une victime ose porter plainte, que sa plainte est enregistrée, traitée, et qu’elle arrive jusqu’aux assises –ce qui représenterait 2% des cas si les échantillons de l’étude de la SDH, réalisée entre janvier et mars 2013, étaient représentatifs de la réalité sur l’ensemble du pays, toutes institutions confondues. Et le cas échéant, les victimes se retrouvent pour la plupart sans assistance juridique…
POURQUOI LES FEMMES SE TAISENT ?
Et cette inefficacité du système n’est pas la seule explication à l’impunité. Pour plusieurs «raisons personnelles, mais aussi d’ordre socio-politique, économiques culturelle les victimes se taisent», poursuit le chercheur. Pour schématiser, soit elles ont honte, soit elles sont menacées par leurs bourreaux –soit les deux. «Les femmes ressentent, à tort, un fort sentiment de culpabilité. Vis à vis d’elles-mêmes, de leurs familles, qu’elles ont peur de salir et à qui elles n’osent pas le dire, détaille-t-il. Elles ont peur, aussi, d’être stigmatisées. Et si le criminel sexuel est un potentat, un puissant, c’est pire.» Notre interlocuteur va plus loin dans son raisonnement. «Le viol est devenu si banal que certaines femmes n’ont même pas conscience d’avoir été violées», assure-t-il, estimant qu’il y a un réel problème d’éducation sexuelle en Haïti. «Il faut sortir de la loi du silence», lance-t-il. La question est d’autant plus sensible lorsque la femme tombe enceinte suite à un viol. L’enfant est alors appelé «Ti viol »… Aussi «les associations amènent les femmes à développer une culture de la dénonciation». Elles apprennent aux victimes à accepter ce qui leur est arrivé pour se reconstruire. Une réhabilitation qui passe par la parole, à défaut de la justice. Car si «on ne peut pas oublier le viol, il faut vivre avec».
Vous allez me dire que je ne lâche pas la grappe à ce journaliste de Vision 2000 à l'écoute.
Mais c'est à raison.
Dans la mesure où, se proclamant lui-même directeur d'opnion, il est légitime d'interroger la teneur des opinions qu'il divulgue dans ses émissions.
Ceci dit, parfois je zappe. Quand les déclarations sont tellement énormes de stupidité que les bras t'en tombent et que tu ne sais pas par quel bout commencer pour rétablir la vérité des faits, ça décourage.
C'est de là que vient ce vieux dicton "Plus c'est gros, mieux ça passe" . C'est -à-dire que devant des mensonges gros comme des montagnes et l'effort que cela demanderait pour les démonter, on aurait tendance à laisser courir.
C'est ainsi qu'il y a quelques temps de cela, je l'avais entendu, en parlant du préservatif féminin, déclarer avec son habituel culot, comme s'il s'agissait d'une vérité de l'évangile,
que :
1- Les femmes haïtiennes n'en voulaient pas ( on se demande de quelles études il avait tiré ce constat)
2- Que ce préservatif pourrait marcher dans les pays où il y a beaucoup de viols. Comme en Afrique, disait-il, et il citait le Sénégal comme exemple.
Ce monsieur, manifestement, ignore totalement l'importance du phénomène du viol en Haïti.
Et aussi que le viol est très important dans les pays d'Afrique en guerre.- pas au Sénégal. Au Congo notamment , où il est utilisé comme une arme de guerre- comme en Haïti d'ailleurs, notamment sous l'ère du FRAPH, des Cédras et Michel François -comme noté dans l'article.
Cette manière de balancer à tout va sur la radio des infos dont le contenu est totalement fantasmé, n'est pas faite pour aider les jeunes Haïtiens à grandir.
Souvent ils répètent ces propos -parce que n'ayant pas les moyens d'aller faire une recherche sur internet- et qu'ils sont convaincus -puisque c'est le journaliste lui-même qui prétend qu'il n'avance rien avant qu'il n'en ait vérifié la réalité- que l'homme sait de quoi il parle.
Dans l'affaire du viol présumé commis par l'actuel Chargé d'Affaires d'Haïti à Bruxelles, ces deux journalistes "vedettes" avaient affirmé que celui qu'il présentait comme leur copain était innocent ( c'est lui qui le leur avait dit, tu parles d'une preuve irréfutable !)
Et que, d'autre part, la présumée victime était "la femme la plus dangereuse d'Haïïti".
Rien que ça !
De plus, tous les deux en avaient profité pour taper méchamment, en usant de dérision, sur les associations de défense des femmes, les présentant comme des officines dont le seul but serait de récolter de l'argent des ONG.
Je reste toujours abasourdie en entendant des journalistes tenir à l'antenne des propos d'une telle gravité sans que cela ne porte à conséquences
Ici, il est évident que les associations de femmes auraient porté plainte pour diffamation, ou pour le moins auraient demandé et obtenu un droit de réponse.
Mais, comme en Haïti la restauration du macoutisme bat son plein, le trivial devient la norme. A savoir : je peux dire et faire n'importe quelle ignominie du moment où je suis protégé par les gwo zouzoun/gwo ponyet du pays et la CI.
Il faudra -une fois passé ce mauvais temps des roz- que cette société reprenne à nouveau le chemin du divorce avec cette idéologie mortifère qu'est le duvaliérisme et s'attache prioritairement à programmer l'apprentissage au respect et à la dignité dans les écoles.
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