L'ascencion de M. Laferrière au rang des immortels a provoqué bien des réactions sur les réseaux haïtiens.
Une minorité trouve que d'être "un gardien du français " n'a rien de glorieux et qu'au contraire cette gratification symbolise l'aliénation à l'ex-métropole esclavagiste.
La majorité exprime sa "fierté" (dessalinienne ?) de cette reconnaissance par l'ex-métropole esclavagiste d'un canado-haïtien, descendant d'esclaves.
Bravo à M. Laferrière pour ce chemin parcouru. Il s'agit d'une aventure personnelle réussie.
Haïti n'a pas grand chose à voir avec ce succès, dans la mesure où M. Laferrière lui-même a déclaré à plusieurs reprises, soit pour plaisanter qu'il était un écrivain japonais, ou plus sérieusement que les histoires d'identité le fatiguaient.
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Cependant, M. Laferrière n'est peut être pas au courant que, précisément, le président français, M. Hollande a déclaré que le français était au coeur de...De l'identité haïtienne.
M. Laferrière ferait-il lui-même partie de la bande de psychopathes à laquelle il fait allusion ?
Parce que, paradoxalement, ( oui, ce fameux paradoxe haïtien : pays peuplé en majorité d'analphabètes créolophones et du plus grand nombre d'écrivains francophones au mètre carré) toute l'oeuvre de M. Laferrière parle d'identité - son enfance à Petit-Goâve, sa relation avec sa grand-mère, sa mère et le non dit de l'absence du père.
Il suffit de voir les titres de ces livres dont le premier : "Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer, Et ceux qui suivent : L'Odeur du café,Le Goût des jeunes filles, Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ? Pays sans chapeau ,La Chair du maître, Le Cri des oiseaux fous, Etc.
La majorité de ces titres font plus ou moins référence à son expérience de "nègre" et à sa culture et son vécu haïtien.
J'irais même plus loin en avançant que l'ensemble de l'oeuvre de Laferrière s'apparente à une quête d'identité. Identité haïtienne, canadienne, étatsunienne, fançaise ? Identitié du fils sans père, identité de l'homme-écrivain devenu québecquois, et de son rapport à ces diférentes facettes de son identité ?
Et puis, en faisant inscrire un veve de Legba ( dieu des carrefours et de la communication dans le panthéon vodou) , M. Laferrière n'exprime t-il pas ainsi son identité haïtienne ? Pourquoi pas une iconographie japonaise sur cette épée ?
A moins que le vocable identité ait une toute autre signification pour lui que la et les définitions généralement admises.
Que vive l'académie créole !
Pour ma part, je me faisais la réflexion que cette entrée à l'académie française de M. Laferrière marquait un tournant important.
Après avoir bataillé pendant pratiquement deux siècles pour être reconnus comme des auteurs francophones à part entière, les écrivains haïtiens qui répètent depuis des lustres que le français est leur "rançon" de la colonisation, (pas la dette de l'indépendance) ont eu enfin, via M. Laferrière leur récompense.
Aussi, maintenant qu'ils ont obtenu cette reconaissance à laquelle ils ont tant aspiré, c'est l'occasion de tourner la page de 200 ans de domination du français en Haiti.
Le moment est venu de s'atteler à une éducation de qualité dans la langue maternelle de la majorité de la population afin que vive l'académie créole.
Et que demain, dans un futur proche, Haïti puisse fêter son premier académicien dans sa langue.
Paradoxalement ( encore !) M. Laferrière avec son entrée à l'académie française, considérée comme une "victoire" du français sur le créole par certains, aura rendu un fier service aux enfants d'Haïti qui vont maintenant, sans complexes, (yo pa bezwen goumen ankò pou pale fransè, Dany montre blan an, ke an moun ki soti Ayiti kapab fè pi byen ke Fransè peyi la Frans yo) pourvoir travailler à la défense de l'ayisyen ou du créole haïtien (comme vous voulez) et à son rayonnement.
Le temps est venu de passer aux choses sérieuses, loin des ors et des petits fours de la RF. D'offrir à la population haïtienne l'opportunité de réaliser ses rêves dans sa langue maternelle et d'honorer ceux qui ont bataillé dur pour lui donner le respect qu'elle mérite.
A chacun son dû. Celui de M. Laferrière est d'avoir été récompensé pour sa maîtrise de la langue française. Celui de la population haïtienne c'est d'accéder à la reconnaissance de sa langue maternelle, méprisée par des sots, avec laquelle elle vit, respire, dialogue, aime, afin de sortir de l'enfantillage et de la puérilité dans lesquels ce statut de "langue inférieure" la confine, l'emprisonne, lui coupe les ailes depuis trop longtemps.
Félicitations à M. Laferrière.
Et haut les coeurs pour le ayisyen ou le créole haïtien (as you prefer) !
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Dany Laferrière, a Guardian of French, Joins the Académie Française - NYTimes.com
"Dany Laferrière embodies the opening up of the French language," said Hélène Carrère d'Encausse, the permanent secretary of the academy. His induction, she said, was an important signal that l...
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