Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Quand les mouvements populaires ont le malheur de se replier sur eux-mêmes - Par Leslie Péan

Publié par Leslie Péan sur 22 Novembre 2015, 00:29am

Catégories : #L.PEAN chronique

Leslie Péan m'a fait parvenir le texte ci-après  en annexe à celui publié ici.

Je l'interprète comme une réponse à mes interrogations sur les tenants et aboutissants derrière le rapport du think tank brésilien.

D'abord,  je dirai que s'interroger est toujours nécessaire et l'est d'autant plus quand il y a urgence. De manière à éviter  de se précipiter tête baissée dans un trou, de se diriger dans un cul-de-sac, d'emprunter des chemins qui ne mènent nulle part, de tomber dans un piège.

D'ailleurs si, pendant ces cinq ans, les intellectuels et les media haïtiens s'étaient donnés la peine de se poser quelques questions sur la logique de la politique économique et sociale du gouvernement rose, sur les enjeux cachés derrière la stratégie des scandales et carnavals à répétition, au lieu de se complaire à servir la soupe à Martelly, à banaliser ses outrances ou bien à l'ignorer, le désordre actuel aurait pû être évité.

Ensuite, j'ajouterai que si, selon Péan, l'étape actuelle réclame la réunion de tous ceux et celles qui s'opposent aux élections frauduleuses, il ne me semble pas que les différences idéologiques devraient être gommées dans une sorte de bouillon d'union nationale, et les questions demeurées au placard...En attendant...

 

"Lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d'où tu viens" dit un proverbe africain.

L'histoire des luttes populaires passées et contemporaines -en Haïti comme ailleurs dans le monde- montre qu'elles sont fort souvent récupérées par les propres ennemis de la cause du  peuple qui en profitent pour régler leurs propres affaires.

C'est pourquoi, si on a le projet de faire avancer la démocratie et non de la faire régresser (comme en 2004), il faut que les progressistes se tiennent informés, réfléchissent et analysent tous les paramètres, les intérêts des protagonistes, dont ceux d'un think tank brésilien.

 

"Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change" dit Tancredi dans le film  Le Guépard

Une alliance conjoncturelle dans le but de faire échec à la fraude programmée est indispensable. Mais afin de ne pas rater les autres étapes de structuration d'un état au service des citoyens et non pas d'un clan quel qu'il soit, l'examen minutieux des différents protagonistes et de leurs objectifs est déterminant.

Sinon, on prend  le risque de se retrouver exactement au point de départ, avec maints Tancredi, personnage du film de Visconti qui, de manière opportuniste, (pragmatique ?) participe au  mouvement révolutionnaire italien dans le but de conserver les intérêts de l'aristocratie à laquelle il appartient.

"Tancrède explique à son oncle : « Si nous ne nous mêlons pas de cette affaire, ils vont nous fabriquer une république. Si nous voulons que tout reste pareil, il faut que tout change ».

 

 "Se mèt kô ki veye kô," dit un proverbe haïtien

Pour terminer, je dirais que "les mouvements populaires" ont eu jusqu'à présent- notamment depuis 1986-  "le maheur" de s'ouvrir à toutes les manipulations, ce qui a provoqué leur division et leur répression.

La transition à la démocratie au sortir d'une dictature féroce n'est pas chose aisée. On ne s'endort pas sous une dictature pour se réveiller klik, klak kodak, le lendemain en démocratie.

Les forces et individus appartenant et s'identifiant au régime dictatorial sont toujours présents plus de cinquante après la fin de ce système et pèsent de tout leur poids pour le maintien de cette forme de gouvernement.

Donc, il s'agit de bien comprendre les méthodes et pratiques de ce système, de démonter et d'examiner  ses rouages afin de pouvoir lutter efficacement  contre lui.

Dans ma propre perception, il n'existe pas de moment où le questionnement devrait être mis en mode pause pour cause d'état d'urgence. La réflexion  devrait pouvoir s'exercer librement, et tout particulièrement en cas de crise touchant aux fondamentaux d'une démocratie : les élections.

De manière à éviter le risque d'avoir du "Les Martellystes après Martelly" ( Référence au livre de Barthélémy, "Les Duvaliéristes après Duvalier" - un livre dont la lecture - je le dis souvent-  m'avait fait comprendre le retour possible du duvaliérisme-, au moment où pour les uns et les autres progresssites de tous bords, cette éventualité n'était même pas pensable)

 

 

 

Quand les mouvements populaires ont le malheur de se  replier sur eux-mêmes - Par Leslie Péan
Quand les mouvements populaires ont le malheur de se  replier sur eux-mêmes - Par Leslie Péan
Quand les mouvements populaires ont le malheur de se  replier sur eux-mêmes - Par Leslie Péan
Quand les mouvements populaires ont le malheur de se  replier sur eux-mêmes - Par Leslie Péan
Quand les mouvements populaires ont le malheur de se  replier sur eux-mêmes - Par Leslie Péan
Quand les mouvements populaires ont le malheur de se  replier sur eux-mêmes - Par Leslie Péan
Quand les mouvements populaires ont le malheur de se  replier sur eux-mêmes - Par Leslie Péan

21 novembre 2015,

L’heure n’est pas à se renfermer sur soi. C’est le moment de l’ouverture et des rencontres. Les multiples aspects de la lutte contre les bandi legal exigent de se compléter réciproquement. Comme les manifestations de dizaines de milliers de personnes le démontrent dans les rues de la capitale en apportant les précisions nécessaires pour dénoncer le coup d’état électoral. Dans la lutte politique, il faut savoir distinguer entre stratégie et tactique. Quand on ne le fait pas, on fait des erreurs fatales et on rate l’objectif qu’on veut atteindre. Dans toute situation concrète, il existe une multitude de contradictions et, à chaque étape, il importe de déterminer laquelle est fondamentale, principale, secondaire, tertiaire, etc.  L’analyse des contradictions est le b-a-ba de la lutte politique. Essentiellement, sur le plan stratégique, il faut se battre 1 contre 1O et sur le plan tactique il faut se battre 10 contre 1.

Cela signifie qu’à chaque conjoncture, il faut déterminer ce qui est fondamental et ce qui est principal. Dans la conjoncture actuelle, la contradiction fondamentale est que les élections du 25 octobre 2015 sont frauduleuses et non pas de savoir qui a gagné ces élections frauduleuses. L’opposition progressiste doit construire sur ce qui unit et pas sur ce qui divise. Cette approche est essentielle pour cimenter la mosaïque des courants politiques en lutte contre les bandi legal. L’intelligence et la générosité demandent de ne pas tomber dans le piège de la division. La contradiction fondamentale est de montrer que le CEP a commis des fraudes systématiques, que Jovenel Moïse est le bénéficiaire de ces fraudes et que le gouvernement Martelly est le responsable de cet état de choses. Tout ce qui peut aider dans cette voie est bienvenu.

C’est sur cette contradiction fondamentale qu’on peut réunir le plus grand nombre pour gagner la bataille démocratique. Dans notre pays où la communauté internationale fait la pluie et le beau temps avec la MINUSTAH, sans que les Haïtiens  n’aient aucun mot à dire, toute brèche doit être exploitée. Au moment où cette dite communauté internationale prétend que les élections sont acceptables, et qu’il n’y aurait que quelques cas de fraudes isolés, le rapport de l’Institut brésilien IGARAPÉ est un pavé dans la mare. On ne saurait le sous-estimer et il faut en profiter au maximum. Surtout quand la grande presse internationale en donne écho et dit que les élections sont frauduleuses.

Il ne faut pas oublier que souvent quand on ne maitrise pas les moyens de communication, on peut avoir raison et perdre. C’est ce qui arrive aux mouvements populaires quand ils ont le malheur de se  replier sur eux-mêmes. Il s’agit d’avoir raison et de gagner. Pour cela, il faut savoir faire des alliances, avoir la capacité de lâcher du lest sur ce qui n’est pas essentiel pour avancer dans la lutte démocratique.  Pour toutes ces raisons, j’ai mis l’accent sur les deux choses fondamentales qui apportent de l’eau au moulin démocratique et progressiste.

Dans le texte « Les élections du 25 octobre et le changement en Haïti », j’ai donc écrit : « En effet, les sondages effectués à la sortie des bureaux de vote (exit poll) par cet institut brésilien révèlent que seulement 6% des votants déclarent avoir choisi Jovenel Moïse, le candidat du gouvernement Martelly qui est sorti en tête du chapeau du CEP avec près du tiers des votes[i]. Comme un lapin du chapeau d’un magicien ! De plus, selon un article du Nuevo Herald rapportant les résultats des travaux de l’Institut brésilien IGARAPÉ, 90% des votants ont déclaré que les élections du 25 octobre étaient totalement frauduleuses[ii]. »

J’ai mis en caractère gras et en italique ces deux points que sont les « 6% des votants déclarent avoir choisi Jovenel Moïse » et  les « 90% des votants ont déclaré que les élections du 25 octobre étaient totalement frauduleuses ». Tout le reste n’est pas pertinent à cette étape. La lutte continue. Un se divise en deux. Pour le moment, tous ceux qui sont affectés par la magouille électorale doivent faire front commun contre la bande à Martelly-Opont-Jovenel. Rien d’autre ! Toute autre approche conduit à la confusion et à la fragmentation.

 

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents