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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Ile-à-Vache, la nouvelle Punta Cana des Caraïbes ? - Par Caterina Clerici, Journaliste indépendante et Kim Wall, Photographe

Publié par Caterina Clerici sur 16 Janvier 2016, 12:36pm

Catégories : #AYITI ROSE RAKET

«C’est la dernière île intouchée des Caraïbes», se rengorge Geronimo Ruiz, promoteur dominicain engagé par le gouvernement haïtien pour en transformer définitivement le visage. Le nouvel aéroport fracasse la beauté brute d’Ile­-à-­Vache comme une plaie béante.

Sans surprise, l’accaparement des terres par des entreprises et la destruction des plantations de goyaviers, d’arbres à pain, de cocotiers, d’avocatiers et, évidemment, de manguiers, ont suscité une opposition farouche. «Nou gen kasav (On a du manioc)» chantent les habitants lors de manifestations pacifiques. «Nou gen kafe (On a du café). Nou pa bezwen pwoje sa! (On a pas besoin de ce projet-là!)» Cette lutte ne vise pas le tourisme ou le développement en soi - seulement la manière dont l’envisage le gouvernement, souligne Kenold, qui est né et a grandi sur l’île et officie comme consultant du groupe de résistance pacifiste KOPI (Konbit Peyizan Ilavach—Association des fermiers d’Ile-­à-­Vache), qui s’est engagé à lutter au nom des 14 000 habitants de l’île. «Ils excluent totalement les agriculteurs de tout», rapporte Kenold. «Ils se débarrassent de la terre, de ses produits, des fruits que les fermiers ont passé des années et des années à cultiver. Quand ils n’ont plus de droits sur ces terres, leurs vies sont détruites.»

«Nous tentons de faire comprendre à tous ces gens que notre intention n’est pas de raser Haïti au bulldozer pour prendre le pouvoir et accaparer le pays» justifie James Boulous Lamal, un investisseur, assis au bord de la piscine de l’un de ses hôtels de luxe de Port-au-Prince. «Nous essayons de travailler ensemble pour mieux reconstruire ce pays.» Lamal affirme rêver de développer le tourisme à Haïti depuis l’âge de 5 ans. Il est aujourd’hui l’un des pionniers qui transforment en or l’innocence d’Ile­-à­Vache, en étroite collaboration avec le ministère du Tourisme (qui aurait investi 6% du PIB du pays dans le secteur).

«J’avais envisagé le projet d’Ile-à-Vache comme une manière de rendre à Haïti, pas de le spolier encore une fois», écrit Robert Dietrich, propriétaire (depuis 13 ans) d’Abaka Resort, dans une lettre ouverte au gouvernement. «Je vous exhorte à reculer, à respecter les souhaits des habitants d’Ile-à-Vache, et à ne pas tenter de leur faire avaler de force votre vision du “développement.”» Il y critique violemment l’enrichissement de l’élite politique au nom de la «modernisation» de l’île et du bénéfice apporté à ses habitants: une telle stratégie dément le slogan gouvernemental «Ouvert aux affaires», ajoute Dietrich.

Ile-à-Vache, la nouvelle Punta Cana des Caraïbes ?

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