La question m'est venue en lisant l'article de M.Thomas Lalime - un Monsieur que je respecte, que j'ai toujours plaisr à lire, même si je ne partage pas toujours ses idées - un peu trop néolibérales à mon goût- au niveau de l'économie .
Aux raisons d'ordre socio-politico-économiques qui s'ajoutent et se complètent, il existe une autre dimension qui, faute de chercheurs sur le terrain, n'a jamais été explorée.
Je suis assez fascinée par la manière de penser des Haïtiens qui ne sort jamais en général des sentiers battus. On ne peut pas dire que ce pays qui devrait être un lieu de bouillonement des méninges produise des chercheurs.
Ca se répète, ça tourne en rond. Et toute nouvelle piste de réflexion, dans quel que soit le domaine, est immédiatement rejetée. Pas seulemement par les gardiens de la doxa, ceux-là on comprend qu'ils défendent leur boutique, comme dirait M. Balzac, mais par n'importe quel quidam qui ressent comme une agression personnelle toute nouvelle appréhension des réalités.
Les gens sont prêts à te tuer - pour de bon - du fait que tu émettes une idée nouvelle. Ou bien que tu représentes quelque chose qu'ils ne connaissent pas - l'assassinat des trois femmes sourdes muettes est un exemple.
Faut pas être dérouté, faut pas questionner, faut pas douter, faut être droit dans ses bottes, de préférence de cow-boy. L'ail de la RD est plus gros et mieux présenté, donc il est meilleur. Point boul. ( Courtoisie V. Numa de Vsion 2000)
Paradoxalement, les mêmes sont prêts à accorder de la crédibilité à n'importe quelle stupidité à condition qu'elle vienne du "blan". On comprend l'ampleur de la domination - pas seulement économique mais dans la tête - qu'il , le blan, exerce en Haïti, premier pays à avoir réussi sa révolution anti-esclavagisme, utilisé comme exemple de l'incapacité des Noirs à se gouverner.
Bref, ce qui est fait est fait. En tous les cas, la réponse qui m'est venue à l'esprit est d'ordre psychologique en relation avec les techniques de manipulation des esprits. Techniques que nous savons avoir été étudiées et expérimentées par des scientifiques et appliquées par les régimes autoritaires du monde entier.
Le patron de la chaîne française la plus regardée dans les milieux populaires eut à déclarer que la publicité n'avait pas pour but uniquement de vendre des produits, mais d'occuper la part de cerveau disponible.
Qu'est-ce à dire ?
Que les messages publicitaires servaient un double but : vendre et empêcher les gens de penser.
Ainsi, l'inconfort des queues décrites par Laline, les entassements dans les transports, la course et la bousculade pour monter dans un tap-tap génèrent du stress, lequel stress, les médecins le savent, paralyse les fonctions cognitives.
A cela s'ajoute les problèmes liés à la santé physique provoqués par la promiscuité et la pollution. Il ne faudrait pas croire que queues et entassements seraient propices aux échanges.
Ils sont propices aux zen, aux rumeurs, aux commérages, aux grossièretés, aux blagues qui viennent occuper "la part de cerveau disponible."
Parce que si, apparemment le droit à l'expression a été admis en 1986, l'habitus duvaliérien n'autorise la parole dans des lieux publics que si elle se tient loin de la pensée critique.
Un exemple : une connaissance de la diaspora se trouve dans un café à Pétion-Ville avec des amis. Elle parle de Martelly en utilisant son nom de scène " Sweet Micky". Un quidam d'une table voisine qui l'a entendu, s'approche, dégaine son arme et lui demande : "De ki moun wap pale la ? Map fout fè ou konnen ki moun ki Swit Miki."
Inutile de vous dire que " le diaspora" en question, qui a l'habitude en terre étrangère de considérer ses conversations avec des amis comme relevant du domaine privé, face à l'arme brandie par le Tèt kale sous son nez, s'est empressé de s'excuser et de dire platement : "Se presidan Mateli mwen te vle di, wi"
On le comprend, le mec est de passage. Il a femme et enfants à l'étranger et il ne saurait prendre le risque de se faire tuer ou blesser par un sot fou furieux.
Ici, nous parlons de Pétion-Ville, la supposée "réserve" des riches et intellectuels. Imaginez comment cela peut être en province, dans les campagnes où Racine l'époux de la fille de Mme Max Adolphe a placé ses agents intérimaires dans les mairies, les Kasèg, dans les tribunaux et tous les postes où il est susceptible d'exercer un contrôle sur la population. Le type voulait même organiser un service privé, soit-disant de prévention routière qui n'était autre qu'un énième projet de surveillance de la population par un corps de "bandi legal", tous prêts à dépouiller les automobilistes crédules. Une sorte de BOID mais privé et à camouflage humanitaire.
Pour revenir aux queues, entassements, mauvais services et maltraitances diverses et variées, il faut comprendre qu'une population qui vit à la ville dans des corridors puants et insalubres, sans eau, toilettes, électricité; à la campagne même topo.
Lorsqu'ils sortent de cet enfer pour aller chercher la vie, les gouvernants, les Maitres, ont tout intérêt à leur servir le même menu. Ca fait partie du conditionnement du dressage, cher aux esclavagistes et à Duvalier François, l'homme venu des Antilles françaises pour mater les Haïtiens et qui avait la prétention de les reformater à son image.
Il ne faudrait quand même pas qu'ils se mettent à espérer, à rêver, à faire des projets.
Non, respirer est strictly forbidden.
Les élites héritières du génie du mal de Duvalier François pourraient avoir l'idée géniale de mettre un panneau d'affichage : "Interdiction de respirer sur les 27 500 km2 du territoire national sous peine de bastonnade couché à même le sol, le cul dénudé." ( Ce qui ajoute un plus dans l'humiliation et la perversion sexuelle.)
Parce que les élites ont une affection toute particulière pour le" bounda". Et bien entendu pour les "grenn", l'un n'allant pas sans l'autre dans leur culture : grenn- nanbounda. Mettez l'un dans l'autre et vous avez un cerveau tèt kale dont les partisans sur les réseaux sociaux commencent leur argumentaire par bounda et le terminent par caca.
Exemple :
Respirer est interdit, sauf quand il s'agit d'absorber les matières fécales subtilement mêlées à l'air de Port-au-Prince. Ce qui a de fortes chances de provoquer des maladies pulmonaires, de l'asthme et qui faute de moyens de se soigner les conduira assez rapidement à la mort.
Bon débarras. Quelques "rats" de moins se féliciteront, les tèt Kale. Champagne !
Ils ont le droit de monter et de descendre comme des fourmis folles, d'étaler leurs pauvres produits made in RD et USA sur des trottoirs entre deux flaques d'eaux nauséabondes, lieux de ponte des moustiques, de se garer des cortèges de voitures blindées des "chefs" ( courtoisie V. Numa de Vision 2000) - dont les chauffeurs zélés et bien souvent les occupants sont issus du même milieu social que ces marchands - n'hésitent pas au passage à leur écraser leurs produits et à leur envoyer une bonne douche d'eau polluée en pleine gueule (faut bien qu'ils se lavent de temps en temps, n'est-ce pas ! Ce traitement radicalement aimable est censé remédier à la pénurie d'eau courante.)
Tout ça pour vous dire que si le constat de Lalime se focalise sur la perte de temps - ce qui est juste en soi - le plus plus important pour moi est la face cachée qui représente une entreprise délibérée d'abêtissement, de surveillance et de conditionnement de la majorité de la population à l'acceptation de vivre dans des conditions infra-humaines.
Ce sont dans tous les lieux, prisons, hôpitaux, écoles, administration que s'exerce cette maltraitance que les forces du "faire noir" ont la charge d'imposer
De plus, comme le montre l'exemple du "diaspora" menacé par une arme, cette violence aveugle effraye les Haïtiens vivants à l'étranger qui n'ont aucune envie de se retrouver piégés dans ce cloaque, contrôlé par des mètdam qui font dans le commerce de poudre blanche et dans la nostalgie de l'esclavage.
Et cerise sur le gâteau, bénéfices assurés, ces dirigeants, tout en les tenant à distance de leur pays d'origine - pas de concurrence sur le terrain - récoltent le fruit de leurs transferts d'argent.
"Rete lwen, al travay 24h/24 nan peyi blan an, al suye bunda yo, epi voye kob la pou nou"
Je vous prie d'excuser ces écarts de langage, mais je ne fais que retransmettre mot pour mot la teneur de leurs commentaires suite à mon article: "Dîner en blanc, dîner de cons" dans lesquels ces "moun de byen" m'avaient estampillée : diaspora qui lave le bounda ( toujours leur obsession du cul) du "blan" dans des maisons de retraite.
Restez où vous êtes, contentez vous d'envoyer de l'argent 'pour aider à "maintenir le train de vie de l'économie haïtienne" ( courtoisie Duval du Nouvelliste) Haïti est un pays "espécial", ne venez-pas ravets, cafards, que vous êtes (courtoisie Hériveaux) nuisibles que vous êtes ( courtoisie Jura porte parole de la présidence Tèt kale) gâter notre manger.
Sinon, le sort que nous avons fait à Lowinsky Pierre, aux Izmery et à tous les autres "inutiles" dont vous connaissez les noms, vous attend.
Donc, la mauvaise vie faite aux Haïtiens par les dirigeants politiques, les élites économiques, soutenues par la Ci et appuyées par les media qu'ils contrôlent en majorité, n'est rien d'autre qu'une guerre qui ne dit pas son nom, camouflée derrière une mythique propension des Haïtiens au mal nommé "marronage", au désordre.
Comme s'il existait un peuple de par le monde, lequel, dépourvu de lois, de justice et de tout cadre institutionnel pouvait faire mieux que les Haïtiens, c'est-à-dire faire autre chose qu'organiser sa survie à partir de ses propres et limités moyens.
S'il en était ainsi, on se demande pourquoi toutes le biblitothèques du monde - je ne parle pas de celles inexistantes d'Haïti - seraient pleines de traités de Lois écrits par des intellectuels depuis l'aube de l'humanité dans toutes les civilisations, sur tous les continents : Afrique, Asie, Amérique, Europe, Océanie, proposant aux rois, chefs de tribus, président des règlements pour l'administration de leurs pays.
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Combien d'années de sa vie l'Haïtien perd-t-il en file d'attente ?
Pour voter aux élections présidentielles, législatives et municipales. Pour recevoir de la nourriture et de l'aide sociale en temps de désastre naturel. Pour s'approvisionner en eau dans les ...
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