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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Harcèlement sexuel : affaire du député Denis Beaupin en France et ... celle de Pierre-Louis en Haïti

Publié par siel sur 11 Mai 2016, 20:49pm

Catégories : #INTERNATIONAL

Le député a démissionné en attendant que la justice tranche.

Rappelons qu'en Haïti un certain haut fonctionnaire appartenant à l'administration rose avait  été accusé de viol présumé sur une de ses collaboratrices qui se trouvait avoir été sa maîtresse.

Ce haut fonctionnaire a été soutenu par l'ensemble de la classe politique - l'opposition ayant gardé un silence complice et par les media.

Rappelez-vous que l'actuel conseiller de Privert, ex-animateur de Radio Vision 2000, avait carrément déclaré au micro, que cette femme était l'une des femmes les plus dangereuses.

L'accusé étant son ami, il le croyait sur parole.

L'affaire s"est soldée non pas par une démission, mais par une promotion de l'accusé, parachuté à l'ambassade d'Haïti à Bruxelles.Et quand la Belgique n'en a pas voulu, il est retourné comme conseiller de Martelly au Palais.

Ce n'est pas que, forcément, M. Pierre-Louis ait commis les actes qui lui ont été reprochés, c'est que c'était à la justice et non pas aux journalistes ou à l'opinion publique d'en décider.

Ici encore, nous nous trouvons face à un déni de justice qui a pour conséquences le silence des victimes - et ce n'est pas ce qui manque en Haïti, les femmes victimes de harcèlement sexuel -  et le feu vert donné à ces pratiques abusives. 

Les abus sexuels sur les enfants et les femmes existent partout dans le monde. Et   ceci, dans toutes les sociétés, classes, communautés religieuses. Pour cause de rapports de forces inégaux  : force physique et pouvoir (le monde masculin occupant les positions de pouvoir dans pratiquement tous les secteurs éconmiques, politiques, sociaux).

C'est précisément pour les protéger de ces abus qu'il existe des lois visant à protéger les enfants et les femmes.

Mais si, comme dans le cas d'Haïti, ceux qui devraient s'inquiéter de ces abus, se gaussent au contraire des victimes, banalisent les violences et vont même jusqu'à les excuser avec des arguments  stupides tels que " c'est humain" - comme si tout crime n'était pas "humain"-  la justice  (les juges) suivent la tendance dominante qui est de se faire complice.

Une dernière petite observation : les journalistes qui en général excusent les dysfonctionnements de l'Etat et la corruption des fonctionnaires à base de  : "les autres ont fait pire " - sont fort souvent les mêmes qui couvrent les abus  flagrants : ceux des cortèges officiels, dits cortèges de la mort, ceux des abus sexuels qu'ils aient été commis par la Minustha ou par des "chefs".

A mon avis, ces journalistes rendent un très mauvais service à la population toute entière. Et c'est grave, parce que vu l'écoute qu'ils ont, il devrait être de leur responsabilité d'avertir leur public de leurs droits, celui de ne pas accepter les maltraitances; et les appuyer dans leurs réclamations de justice.

En Haïti, impossible de trouver un single player issu de l'intelligentsia, capable de dire à M. Pierre-Louis : "Eh bien, si cette jeune femme porte de fausses accusations comme vous le dites, allez devant un tribunal. On pourra entendre sa version et la votre et la justice délibérera et prononcera son verdict. "

Evidemment, quand on a une "Excellence" à la tête du pays qui traite publiquement  une femme de putain, on comprend qu'il n'a rien inventé et que, s'il peut se permettre  en tant que chef d'Eat de proférer une telle insulte, c'est qu'il se sait couvert par la société.

L'ouvrir pour ne plus avoir à chuchoter

Ces phrases, elles se passent entre femmes. Elles circulent discrètement, se chuchotent même. "Si Untel te propose de dîner au restaurant, dis non", "Surtout ne prends pas l'ascenseur seule avec Machin", "Sois prudente si tu restes le soir seule au bureau avec Truc". Sois prudente, fais attention, ferme la porte... mais ne parle pas.

Ces phrases disent tout. Elles disent d'abord que le changement de comportement, la modification des habitudes est à la charge des femmes. Elles disent aussi que l'on sait, que beaucoup savent mais que cela reste tabou. Elles disent surtout que ces Untel, Machin et Truc continueront puisque que ce n’est jamais à eux que l’on s’adresse mais aux femmes qui doivent supporter, éviter ou faire avec.

Pourquoi les femmes ne parlent-elles pas ? Pourquoi ne portent-elles pas plainte pour harcèlement sexuel ?

Des centaines d'ouvrages décrivent les mécanismes qui conduisent les femmes à "s’adapter" à la situation plutôt qu'à la dénoncer. Mais s'il est un exemple qui illustre à quel point il est logique qu’elles ne parlent pas, c'est sans doute cette tribune des femmes journalistes parue dans Libération le 5 mai 2015. Ces femmes ne citaient pas de noms mais disaient les choses. Elles ont mis, courageusement, dans le débat public, cette question des rapports hommes-femmes, du sexisme en politique, et de ces quelques cas d'hommes politiques qui ont tant de mal à "maîtriser leurs pulsions". Il y eût moult articles et commentaires sur cette tribune, nombreux ont été les éditorialistes et les commentateurs de tous poils qui s’y sont collés et puis… rien. Ou si peu.

Cette tribune disait : « Ils sont issus de toutes les familles politiques sans exception, naviguent à tous les niveaux du pouvoir et n’ont droit à aucune impunité. » Normalement. Dans la réalité pourtant c'est l'impunité qui prime. Quelles suites ont été données par les partis politiques à cette tribune ? Quelles mesures ont été prises ? Quels contacts ont été noués pour tenter de connaître l'identité des personnes ciblées et de remédier à ces comportements ? La réponse est aucune ou pratiquement; des frémissements bien insuffisants.

Le silence des politiques révèle avec force l'impunité, l'absence trop souvent, de mesures internes dans les partis, et au-delà, la difficulté même de reconnaître que cela existe - même si mezzo vocce c'est connu de tous.

Alors nous voudrions juste dire ici merci.

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