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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Non, M. le ministre de la Justice, ce sont les actions des dirigeants qui doivent donner confiance

Publié par siel sur 10 Juin 2016, 09:23am

Catégories : #REFLEXIONS perso

  "Il faut avoir confiance en ses dirigeants",

aurait déclaré, M. Camille Edouard Junior ( oui Junior) , le ministre de la Justice du gouvernement Privert.

Ca, c'est une parole d'évangile, un gouvernement n'est pas une église avec des dirigeants qui en seraient les curés, pasteurs, hougans.

Non, M. le Ministre, ce qu'on appelle la démocratie, censée être le gouvernement du peuple par le peuple ne se base pas sur la confiance en des personnes mais sur le respect de la constitution.

La foi n'a pas sa place dans ce genre de débats.

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, les pays qui s'approchent le plus du concept de démocratie - pays scandinaves, Suisse - ont installé un certain nombre de mécanismes, de garde-fous : référendums, associations multiples de défense des droits des citoyens, afin de garantir la participation  des citoyens à la gestion de leur pays et ... la surveillance de leurs dirigeants.

Il n'est pas question de considérer les citoyens, comme au temps de la dictature, comme des enfants formatés à obéir à des dirigeants, et l'on sait ce que ça a donné, mais au contraire d'éduquer les citoyens de manière à ce qu'ils connaissent et leurs droits et leurs devoirs.

La confiance ça se mérite. Et c'est au mur qu'on juge le maçon.

A l'inverse de ce que dit le Ministre, "faire confiance en ses dirigeants" est la porte ouverte à ce que des dirigeants peu scrupuleux, puissent abuser de cette confiance.

C'est ce qui s'est passé avec les Tèt Kale  en général et tout particulèrement avec leur programme d'éducation pour tous.

Les plus démunis  des Haïtiens de la diaspora leur ont fait confiance. Ils ont pensé que participer à l'éducation de leurs soeurs et frères au pays, valait bien le coup d'un prélèvement sur leurs envois d'argent et leurs appels téléphoniques. 

Et ça a donné  quoi cette confiance ?

Au contraire de ce que dit le Ministre, si ces Haïtiens de la diaspora  étaient un tant soit peu organisés, ils se seraient, au lieu de "faire confiance", interrogés sur le fonctionnement de ce FNE, ils auraient comme ont dit au spectacle "demander le programme", le budget,  les objectifs et le calendrier de réalisation de ces objectifs.

M. le Ministre, en admettant que vous soyez issu de cette culture de "bon papa" considérez que nous nous trouvons présentement au 21ème siècle, avec une avancée des techniques de communication qui permet à tout citoyen d'avoir accès aux informations et de réagir par rapport à ces informations.

Le rôle des dirigeants est soit de démontrer, preuves à l'appui, qu'il s'agit de  médisances et de perceptions non fondées  ou, dans le cas contraire, de mener des enquêtes afin de remédier aux dysfonctionnements et de punir ceux qui en portent la responsabilité.

C'est exactement ce à quoi M. Danton Léger s'était appliqué et contre quoi vous vous êtes opposé.

C'est une facilité pour les dirigeants haïtiens de rendre responsables la population de leurs manques. Quand le Ministre dit que " ...chaque fois qu'un cas se présente, au lieu de saisir les cours et les tribunaux  (les citoyens) préfèrent s'en remettre à la justice divine" , il se moque du monde. . 

Il devrait savoir, et il est bien placé pour le savoir, que cette situation est représentative du manque de confiance des citoyens envers les institutions et les hommes en charge de les faire respecter.  

Les Haïtiens ne sont pas des imbéciles. Ils savent parfaitement  comment marche un système dans lequel ils comptent pour du beurre.

 La corruption des dirigeants et du système judiciaire,  la peur des représailles sont les premières raisons de cette remise " à la justice divine".

Ce ne sont pas des leçons de morale que le peuple haïtien attend de ses dirigeants, mais des lois, l'application de ces lois qui instaure un dialogue - et non une confiance, entre administrés et dirigeants.

En lisant le discours policé et vernis du ministre de la Justice, je me suis fait la réflexion que les dirigeants haïtiens étaient en mode schyzo.

Il y a un décalage complet entre ces paroles, qui se veulent rassurantes et l'assaut violent contre Danton Léger qui se retrouve mis, par ce même Ministre, au banc des accusés pour avoir considéré qu'il était important que ceux qui ont géré des ministères rendent compte à la nation de leur gestion.

D'autant plus orwellien  et schyzophrénique que ce même Ministre déclare benoitement : "... le ministère a des dettes d' arriérés de salaires, d'acquisitions de biens qui totalisent plus de 150 000 gourdes. parmi ces dettes, il y en a qui remontent à 2014..."

Donc, le constat est fait que soit par les auditions de Latortue Y, soit par les inventaires, que partout dans l'administration, au cours de ces cinq années, la gestion des budgets de l'Etat s'est faite dans l'opacité et le désordre.

Et voici que c'est M. Danton Léger qui voudrait demander des explications aux responsables qui se fait sanctionner par le ministre.

Et avec ça, il voudrait que la population fasse "confiance en ses dirigeants".  

Les dirigeants néo-duvaliéristes ont hérité du caractère schyzophrénique de la dictature Dire une chose, prononcer des discours sirupeux et de préférence en français dans lesquel ils affichent leur prétendu respect de la démocratie; et d'autre part " derrière la scène" (courtoisie M. Boulos), pratiquer le contraire.

L'exemple le plus marquant de cette méthode est celui du discours de Martelly annonçant devoir accueillir dans le respect et la dignité les chassés de la RD. Vous avez vu la réalité...

Le discours du ministre est du même topo venant de la même fabrique de manipulation : de l'enfumage pour gogos. 

 

 

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