Lâché par ses ex-alliés
« Michel Temer cherche a gagner du temps », estime le politologue Marco Antonio Carvalho Teixeira, professeur à la fondation Getulio Vargas de Sao Paulo. A ses yeux, les jours du chef de l’Etat à Brasilia sont comptés. « Indépendamment de l’issue de cette crise, le mal est fait », abonde, sur son blog, Carlos Melo, professeur de sciences politiques à l’institut d’études supérieures Insper de Sao Paulo.
Le torrent de boue qui s’est déversé sur le pays en quelques jours incite les ex-alliés de Michel Temer, du parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre) à prendre leurs distances. Le Parti socialiste brésilien (PSB, gauche) a demandé samedi la démission de Michel Temer tandis que le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB, historiquement centre-gauche, désormais étiqueté centre-droit) hésite. Divers députés ont déposé des demandes d’« impeachment » et nombre d’entre eux ont déjà lâché un président jugé moribond.
« Temer a perdu la capacité de gouverner », titre le site Congresso em foco dédié au suivi de l’actualité du Congrès, s’appuyant sur les propos de leaders de partis au parlement brésilien. De fait, sans majorité, Michel Temer ne pourra poursuivre les réformes impopulaires qui font sa raison d’être.
Détails gênants
Quand bien même les révélations de Joesley Batista semblent machiavéliques, les analystes s’interrogent : comment un entrepreneur véreux, mis en cause dans Lava Jato, a pu obtenir en mars une audience de près de quarante minutes au Palais de Jaburu, à Brasilia, où réside Michel Temer ?
Les informations égrenées ces derniers jours, qui s’ajoutent à de précédentes déclarations compromettantes de prévenus de Lava Jato contre Michel Temer offrent, de surcroît, une abondance de détails gênants. L’une des vidéos dignes d’un film de série B détenues par les policiers et rendues publiques montre un député, Rodrigo Rocha Loures (PMDB) décrit comme un homme de confiance de Michel Temer, recevoir des mains d’un directeur de JBS, Ricardo Saud, une mallette remplie de 500 000 reais (137 000 euros au taux actuel) en argent liquide dans une pizzeria de Sao Paulo. Vendredi, le pays ricanait aussi en apprenant le code qui aurait été utilisé pour arroser Eduardo Cunha depuis sa cellule : « Dar alpiste aos passarinhos na gaiola » (« donner du grain aux oiseaux en cage »).
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