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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Paris-Match. République dominicaine et Haïti, l’enfer au paradis . D'après un article Paris Match France de Marine Dumeurger

Publié par Marine Dumeurger sur 23 Août 2017, 09:46am

Catégories : #AYITI ACTUALITES, #AYITI ROSE RAKET, #AYITI EXTREME DROITE, #PEUPLE sans mémoire..., #DUVALIER

Exploitation de longue date

Si l’on regarde leur histoire commune, souvent sanglante, l’exploitation d’Haïti par la République dominicaine ne date pas d’hier. Ayant pris son indépendance de la France et de l’Espagne au XIXe siècle, l’île retombe sous occupation américaine au début du XXe siècle. On organise alors la production intensive de canne à sucre et on fait venir des travailleurs haïtiens dans les champs dominicains. En 1937, le dictateur Rafael Trujillo, qui dirige alors la République dominicaine redevenue indépendante, agite la menace que ces ouvriers feraient peser sur l’identité nationale et plus de 15000 d’entre eux sont tués.
Accords de coopération

Le temps passe et, dans les années 1960, les deux gouvernements signent finalement des accords pour faire venir des travailleurs en nombre. On construit les bateyes, des camps de fortune pour loger cette main-d’oeuvre non loin de son lieu de travail. Jusqu’aux années 1980, l’industrie du sucre prospère et on compte plus de 400000 Haïtiens sur le territoire dominicain. Puis les cultures se diversifient : café, cacao, riz… Aujourd’hui, il n’y a plus d’accord officiel entre les deux gouvernements, mais, alors qu’Haïti affronte catastrophe sur catastrophe, une immigration de misère se poursuit. L’agriculture est un secteur où les Haïtiens sont nombreux, avec des salaires très bas. Dans les bananeraies du nord-ouest, qui exportent en partie vers l’Europe, ils représentent plus de 70% de la main-d’oeuvre. Pour la plupart embauchés à la journée, ils sont parfois rémunérés en dessous du salaire minimum de 320 pesos (6 euros).

Déportations quotidiennes

D’origine haïtienne, Daniel travaille à la réception d’un hôtel. Il raconte les expulsions quotidiennes, les «déportations », comme on les appelle ici. «Beaucoup d’Haïtiens travaillent en zone coloniale, dans l’hôtellerie ou le bâtiment. Ils ont construit tous les hôtels et édifices. Les déportations, je les vois tous les jours. Une fois la nuit tombée, les services de l’immigration viennent dans un pick-up blanc. Ils contrôlent les sans-papiers puis les amènent hors de la ville jusqu’aux bus jaunes (ces anciens bus scolaires reconvertis en fourgons grillagés) qui les reconduisent à la frontière». Il se ravise: «Moi, ils ne me prennent pas, je suis bien habillé. Je viens d’une famille riche et éduquée». Daniel porte ce jour-là un veston et un noeud papillon. Avant de raconter l’histoire de son ami, ouvrier dans le bâtiment, «déporté» cinq fois l’an passé: «C’est presque devenu un jeu. Comme il habite près de la frontière, mon ami revient à chaque fois». Quand il a un peu de temps, Daniel se rend dans un de ces bateyes, près de l’aéroport. Il apporte des vêtements et de la nourriture. «J’aide ma communauté, c’est normal. Ce sont les plus nécessiteux. Ils sont sans cesse stigmatisés».

Malgré ses 50 années de travail harassant, le vieillard n’a pas de retraite

Au crépuscule, entre les baraques colorées, on prépare le repas, les jeunes réparent une moto au son de la musique, un enfant se lave dans une bassine et les vieux attendent tranquillement la tombée de la nuit. Parmi eux, Achille Sylla, 72 ans, est arrivé d’Haïti à 13 ans et n’a jamais eu de papiers. Malgré ses cinquante années de travail harassant dans les champs de canne à sucre, le vieillard n’a pas de retraite. «Quand j’en ai besoin, je vais à l’hôpital, on me donne des médicaments».

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