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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


A propos des journalistes haïtiens, à partir plus précisément du cas de Frantz Exantus de Signal FM et des autres

Publié par siel sur 13 Octobre 2017, 10:13am

Catégories : #REFLEXIONS perso, #AYITI ROSE RAKET, #AYITI EXTREME DROITE, #PEUPLE sans mémoire..., #DUVALIER

A propos des journalistes haïtiens, à partir plus précisément du cas de Frantz Exantus de Signal FM et des autres

Pourquoi s'intéresser aux journalistes ?

Depuis la fin de la dictature le droit à l'expression a été une des conquêtes de la population, mise sous cloche emprisonnée pendant une trentaine d'années.

Les journalistes actuels qui ont entre 30 et 45 ans, ont pour la plupart vécu sous la dictature.

Et s'ils sont aujourd'hui journalistes, c'est grâce à la lutte du secteur démocratique.

Or, vous remarquerez, que ces journalistes qui ont acquis un certain pouvoir et qui ont changé de situation sociale, se positionnent en ennemis ou bien en propagandistes du régime dictatorial.

Comment expliquer cette lutte paradoxale contre la démocratie venant de personnes dont le statut actuel est dû à la rupture avec ce régime ? Comment comprendre leur nostalgie du duvaliérisme ?

En écoutant attentivement, par exemple, Frantz Exantus - on pourrait également parler de Bob C, Valet, L. Désir, V. Numa, tous des radiomen - le premier constat c'est que, ces gens-là, sont persuadés d'être des super-intelligents. Bien qu'ils démontrent dans leur émission quotidienne le contraire.

Cette auto-persuasion de leur intelligence parce que, comme ils le disent s'ils n'étaient pas intelligents vu d'où  ils viennent, ils ne seraient pas là où ils sont.

La majorité de ces journalistes sont d'origine populaire..

Comment savoir qui en Haïti est d'origine populaire ?

C'est hyper simple. Deux marqueurs sociaux : parents analphabètes ou illettrés - c'est-à-dire sachant lire mais dans l'incapacité de comprendre le texte qu'ils ânonnent. Absence de photos des grands-parents et arrière grand-parents.

Par exemple, prenez le cas de Duvalier François. Personne ne sait d'où il vient. Qui était sa mère, son père, sa famille ? Pas un document ne peut éclairer sur cette question de l'origine d'une famille qui pendant 29 ans prendra Haïti en otage et la fera reculer d'autant d'années.

Pourquoi donc ces journalistes en majorité de souche populaire, qui se sont répandus comme de mauvaises herbes sur l'ensemble du paysage médiatique haïtien, se positionnent t'ils, de manière systématique, aux côtés de ceux qui, précisément, ont fait barrage au développement de leurs propres familles ?

On pourrait remonter à l'esclavage, au "mèsi papa Blan", toi qui me traites de manière inhumaine, mais m'autorises à danser, à boire du tafia et à proférer des paroles scabreuses et grossières pendant le carnaval...( Martelly )

Mais, il faudrait, pour appuyer cette thèse, présenter des textes, réflexions, références - qui échappent au grand public  allergique à la concentration - et qui risquent au lieu de le porter à réfléchir de l'ennuyer profondément.

Restons donc à l'époque contemporaine qui offre une quantité de documents, principalement oraux, ces journalistes occupant de préférence les radio et s'exprimant en créole, leur langue maternelle - une des conquêtes de la lutte contre la dictature.

Le point commun à l'ensemble de ces journalistes est, comme je l'ai dit, qu'ils se perçoivent - et envoient au public cette perception - comme super-intelligents,  des profs, des omniscients à la Jovenel Moïse, des super-connaisseurs des réalités haïtiennes grâce à leurs liens privilégiés - via leurs hôtels, leurs tripotaj, leurs zanmitay avec les leaders politiques - mais pas, cela va sans dire, avec les acteurs économiques, les véritables décideurs politiques, avec lesquels ils ont des rapports de patrons à employés. Des liens de vassalisation dans la mesure où dépendant économiquement de ce secteur, ils en sont prisonniers.

La situation actuelle,  donne des journalistes emprisonnés, devenus porte-paroles du statu quo qui  les nourrit et, qui dans le même temps, matraque leurs familles, leurs frères et soeurs qui n'ont pas eu l'opportunité de se faire une petite place au soleil -petit soleil- après 1986.

Pourquoi la nostalgie du duvaliérisme est aussi forte chez ces journalistes  ?

Ces journalistes emprisonnés dans une camisole de force,- le fric oblige -  de même que beaucoup de politiciens issus des mêmes milieux populaires, en arrivent à se penser lésés par le chute de la dictature.

Ils auraient pu être chefs macoutes, militaires en bottes et uniformes défilant devant le palais. L'avènement de la démocratie, la fin du macoutisme et  la disparition de l'armée leur a enlevé ces possibilités de promotion.

Bob C. qui braque une arme contre un de ses collègues de Caraïbes FM, V. Numa et D. Valet qui déclarent à leur micro que celle qui se plaint d'avoir été abusée par un de leurs copains, gwo zotobre, est "une des femmes les plus dangereuses d'Haïti", F. Exantus qui n'a aucun complexe à empêcher un collaborateur de s'exprimer et qui répète ad nauseam les éléments de langage du régime tèt kale: "Depi 1986 nap kraze brize, depi 30 dènye anné yo na p ampeche peyi a maché..Etc" Une rengaine pour faire accroire à la population que le régime des 2 Duvalier n'était pas, précisément celui qui faisait du kraze brize des vies haïtiennes son quotidien.

En écoutant attentivement ces journalistes - pas seulement le contenu de leurs interventions, mais aussi  leurs rires - de quoi rient-ils ? Leurs silences - les sujets qu'ils évitent soigneusement d'aborder,  comme par exemple la plantation de bananes de l'inculpé fait-président - on se rend compte que leurs attaques contre la tentative de l'implantation d'un Etat de droit en Haïti sont directement liées à leurs histoires personnelles et à leur rêve obstrué d'accéder à l'autorité et à la prédation offertes par le  macoutisme et l'armée.

Journalistes et politiciens tèt kale,(et pas mal de ceux de Lavalas)  issus de milieux populaires,  qui sont incapables de faire un devoir de mémoire, s'accrochent au temps de la dictature comme au temps béni de l'esclavage, pour des raisons de frustrations personnelles.

Parce que, la chute des Duvalier, les a privés des grandes espérances, en matière de promotion sociale, qu'ils étaient en droit d'attendre en tant qu'ayant-droits - de par la collaboration de leurs familles à ce régime sanguinaire.

Journalistes, politiciens, membres de la société civile tèt kale et lavalas issus des milieux populaires, baignent dans le "naje pou sòti", s'occupant de leur projet personnel, quitte à envoyer des milliers d'Haïtiens à l'étranger. (100 à 150 000 par an préconisait le baron FD du Nouvelliste)

Est-ce qu'il ne serait pas temps qu'après 31 années (1986-2017) de liberté d'expression, que la confrérie des journalistes haïtiens - ne serait-ce qu'une minorité - comprenne que leur profession exige, bien entendu de l'éthique - mais également une culture générale, une appréhension de la géopolitique et des questions économiques, une connaissance des langues parlées dans la région (espagnol, anglais), un souci de mener des enquêtes avant de diffuser des informations.

Est-ce qu'il ne serait pas temps qu'ils comprennent qu'Haïti n'est pas un isolat qui échapperait aux règles de la profession et qu'en ne les observant pas (ces règles basiques)  ils confortent cette idée très répandue qu'Haïti ne pourrait - à l'inverse de sa voisine la RD - qu'avoir un fonctionnement entièrement à part, un statut à vie de république bananière folklorique.

Dans media il y a médiateur, c'est dire que la médiation est un des rôles des journalistes. Ils peuvent aider à la stabilité du pays - ce pourquoi la presse est appelée le 4ème pouvoir - en analysant la politique des dirigeants du pays et celle de l'opposition. En les comparant avec ce qui se fait dans d'autres pays. On a ici l'exemple de la production d'électricité au Costa Rica qui pourrait être présenté avec l'appui d'experts dans ce domaine.

Il est clair que cette position est difficile à tenir  vu la précarité du métier - les journalistes qui déjà dans les pays occidentaux sont soumis à toutes sortes de pression, allez voir en Haïti où, comme disait l'ex-Premier ministre Lamothe, "chaque homme a son prix".

Cependant, la situation dans laquelle se trouve le peuple haïtien est tellement affreuse, qu'on attend d'un petit groupe de journalistes - pas de ceux qui clament à tout bout de champ, vouloir une "Nouvelle Haïti" ou "sauver le pays"  (tout en s'employant à l'enfoncer plus profondément dans un trou de par leurs pratiques- mais d'une minorité qui accepte de prendre son courage à deux mains pour consolider les acquis démocratiques, faire obstacle à la restauration de l'autoritarisme et du culte de la personnalité, dire les faits et nommer les acteurs.

En se comportant de manière professionnelle, en s'éduquant, en évitant les zen et les scoop à tout prix, les journalistes haïtiens pourraient réellement accompagner la population haïtienne dans son projet d'établir une société où injustice, abus, violences, mauvais traitements ne seraient plus la norme.

Si, par exemple, ces journalistes, suite à l'enquête faite en RD sur les pots de vins de Bautista versés à  Martelly , avaient fait leur boulot, Martelly et sa bande auraient peut-être hésité à s'emparer des fonds Petrocaribe.

 

 

 

 

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