Avril 2016, rencontre à Haïti
Président du groupe d’amitié France-Haïti de l’Assemblée nationale, je pilote un voyage d’étude du 8 au 15 avril 2016. Nous sommes quatre dans la délégation. Deux de la majorité, deux de l’opposition comme c’est la tradition à l’Assemblée.
Juste avant notre départ, l’un des membres de la délégation tombe malade. Benoît, affilié au groupe, accepte de le remplacer au pied levé.
Nous n’avons jamais visité Haïti. En atterrissant à Port aux Princes ce 8 avril, nous découvrons donc de concert ce pays que les Haïtiens nomment encore avec nostalgie «la perle des Antilles». Un pays à vif, déchiré par tous les antagonismes nés des excès du libéralisme.
Nous rencontrons aussi bien des entrepreneurs désireux d’aider au développement de leur pays que des caricatures de personnages avides et sans scrupule.
L’un d’eux nous marque particulièrement. Membre d’une grande famille du pays, il a signé un contrat avec le groupe Bolloré pour construire un nouvel équipement portuaire sur le site du terminal pétrolier de Varreux. Comme il s’agit d’intérêts français, nous nous rendons sur le site pour le rencontrer.
Le port est un lieu stratégique, une mine d’or, surtout dans un pays comme Haïti qui importe la plupart de ses biens. Celui qui le contrôle est assuré d’une rente de situation gigantesque.
Nous le retrouvons donc sur une grande digue, lieu du futur terminal de conteneur. Elle est pour l’instant vierge de toute installation, l’ouverture est prévue pour 2018.
Le type nous explique qu’il y a beaucoup d’argent à se faire. Pour preuve, il tape du pied à plusieurs reprises sur «sa» digue. Il l’a fait construire «pour rien». «La meilleure affaire» de sa carrière, se vante-t-il. Après le séisme, la ville n’était qu’un amoncellement de gravats. Quand l’Etat a entrepris de déblayer, une compagnie de chauffeurs de camions composée quasi exclusivement de femmes a été mobilisée. Là, il a eu «l’idée du siècle». La misère régnait sur Port au Prince, on n’y trouvait plus rien. Il a proposé à chaque femme une boîte de serviettes hygiéniques par camion de gravats déchargé sur le port. «Elles sont toutes venues. Ma digue, je l’ai payée en Tampax !» s’esclaffe-t-il en conclusion. Le tremblement de terre, catastrophe nationale ayant entraîné la mort de plus de 200 000 personnes, s’est avéré pour certains «la meilleure affaire» de leur vie. Zola sous le soleil des Caraïbes. Nous sommes révulsés par tant de cynisme.
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Le 16 novembre 2015, à Versailles
Ancien directeur de campagne de Benoît Hamon durant la primaire et l'élection présidentielle, Mathieu Hanotin est actuellement conseiller départemental de la Seine-Saint-Denis en charge des spo...
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