Il faut ce qu'il faut, je répète donc en faisant l'économie d' un copié/collé de ce que je disais ici . Il suffit de remplacer dans le second paragraphe Hongkong par les Philippines
"Franchement, c'est fatiguant de constater cette pratique des journalistes, acteurs de la société civile et hommes politiques de tous bords, qui consiste à occulter/ou déformer les faits- soit par ignorance, soit par calcul- afin qu'ils correspondent à leurs sentiments et opinions.
Est-ce qu'il ne serait pas plus productif pour la société haïtienne, dans ce cas précis de Hong kong, d'essayer d'analyser les raisons de la colère et pourquoi les manifestants s'en sont pris au Parlement ?"
Au cours du même entretien avec V. Numa, Clarens Renois, (l'un parmi les journalistes haïtiens qui ne sont pas des marchands de micro) a fait une comparaison entre les Philippines et Haïti en pointant du doigt les progrès faits par les Philippines, alors que c'est presque au même moment, en 1986, que les dictatures de Duvalier J-Cl et celle de Marcos sont tombées. Et de s'exclamer : Regardez ce que sont devenues les Philippines !
Regardons donc quelle est la nature du modèle mis en avant par Clarens Renois... Mais... pour en tirer des leçons sur ce qu'il ne faut pas faire.
EXTRAIT 1.
Démographie et pauvreté
Les Philippines sont un pays pauvre à la démographie galopante. Depuis le recensement de 2015, sa population a dépassé la barre des 100 millions (105 millions aujourd’hui d’après la PSA – Philippine Statistics Authority). Sa structure est caractéristique d’un pays pauvre avec la moitié de la population au-dessous de 25 ans. Si l’on pense à l’influence de l’Église catholique, on peut surtout invoquer l’incapacité des administrations successives depuis la fin de la dictature militaire en 1986 à mettre en place un contrôle des naissances. Le lien est évident avec la pauvreté.
En dépit des chiffres mirobolants de la croissance économique annoncés pour attirer les investisseurs, les administrations de Gloria Macapagal-Arroyo (2001-2010) et de Benigno « Noynoy » Aquino (2010-2016) n’ont pas réussi à réduire la pauvreté, et surtout la grande pauvreté. Le recensement de 2015 estime qu’un Philippin sur cinq était pauvre (21,9 millions). Les paysans, les pêcheurs, les enfants, les chômeurs restant dans leur famille, en demeurent les principales victimes (3). Les associations de la dynamique société civile dressent un tableau plus noir de la situation. Selon IBON par exemple, ce sont 66 millions de Filipinos qui vivent avec 2 dollars ou moins par jour (125 pesos philippins). La raison en incombe aux politiques néolibérales qui ont sapé les bases du développement. Le salaire quotidien réel d’un ouvrier (real value of the average daily basic paid, ASPD) n’a pas augmenté depuis 2001. Au moment des fortes croissances du PIB, en 2015-2016, ce salaire quotidien réel a même baissé de 0,1 %, alors que les revenus des 40 familles philippines les plus riches ont augmenté de 13,8 % (4). Le partage inégalitaire des richesses aux Philippines est la pierre de touche de leurs relations avec le reste de l’Asie et du monde.
Ouvertes au monde, mais un monde impitoyable
Sous la contrainte indirecte des États-Unis, les Philippines ont été exposées aux désordres de la mondialisation depuis leur indépendance. Le Business Process Outsourcing (BPO, externalisation des processus d’affaires) en est certainement l’illustration la plus récente. Les Philippines ont dépassé l’Inde dans l’accueil de ces opérations externalisées, notamment dans les call centers. Les économistes verront dans la durée si cette activité tertiaire bénéficie vraiment aux classes moyennes, mais force est de constater que l’espoir d’une ascension sociale s’est réduit comme peau de chagrin, amorçant les flux d’émigration. Dans le même temps, les ressources naturelles n’ont jamais cessé d’être convoitées par l’étranger.
Philippins transnationaux
L’émigration est essentielle à la stabilité du pays (5). Les autorités émiriennes la conçoivent comme un secteur d’activité à part entière. Elle sert en effet de soupape de décompression pour soulager le malaise social en envoyant à l’étranger les jeunes qualifiés – on pourrait aussi dire une élite de substitution qui pourrait être le fer de lance de contestation du régime. Dans le même temps, les transferts de revenus des 10 millions de Philippins expatriés (soit 10 % de la population totale) ont dépassé la barre des 30 milliards de dollars, soit 10 % du PIB, et placent les Philippines au 3e rang mondial d’après la Banque mondiale, derrière la Chine et l’Inde. Dans un pays où la pauvreté est endémique et dans lequel les classes moyennes sont en permanence menacées de paupérisation, les transferts de revenus garantissent la paix sociale.
EXTRAIT 2
La convoitise des richesses
Le secteur minier n’est pas moins convoité que les terres agricoles. La dénonciation des désastres environnementaux liés à l’exploitation du sous-sol a coûté à Gina Lopez son portefeuille de l’Industrie minière en mai 2017. Si l’ancienne militante écologiste a insisté sur la corruption endémique liée à cette activité, l’affaire a rappelé les ramifications internationales et le rôle, trouble, de la Chine dans ce secteur. Le quotidien The Inquirer parlait déjà, en 2012, de l’« occupation minière des Philippines par les Chinois » (7). L’ouverture du secteur minier aux entreprises chinoises s’est renforcée sous l’administration de Gloria Macapagal-Arroyo dans les années 2000. La République de Chine populaire a notamment besoin du nickel philippin.
Le nouveau président n’ignorait pas ces questions avant son élection, et pour cause, Mindanao est une province où tous les enjeux géopolitiques se cristallisent. Toutefois, il a préféré tout simplement les ignorer au profit d’une guerre à la drogue qui a fait, au bas mot, 7000 victimes. L’exécution de petits délinquants ne s’attaque nullement aux racines du malaise philippin. Elle contente son électorat populaire, mais fragilise sa stature internationale, surtout aux États-Unis
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