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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Haïti : entre complicité et ingérence - Par Frédéric Thomas

Publié par Fredric Thomas sur 3 Novembre 2019, 15:10pm

Catégories : #AYITI ROSE RAKET, #AYITI EXTREME DROITE, #AYITI ECONOMIE, #PEUPLE sans mémoire..., #DUVALIER

Alors qu’Haïti a de nouveau connu plusieurs journées insurrectionnelles, le président Jovenel Moïse s’accroche au pouvoir, semblant bénéficier du soutien des pays occidentaux. De la sorte, ces derniers hypothèquent toute chance de résolution de la crise en cours.

 

 

Tous les voyants sont au rouge. Fruit d’une violence économique, qui est aussi une économie de la violence, basée sur l’accaparement et les inégalités, l’insécurité est générale et multiforme. Insécurité économique bien sûr – la pauvreté touche 60% de la population, et s’aggrave –, insécurité alimentaire – près d’un quart de la population est affectée –, insécurité sanitaire – en raison de la pénurie d’essence, les hôpitaux sont de moins en moins opérationnels –, insécurité éducative – la rentrée des classes n’a toujours pas eu lieu –, insécurité environnementale – Haïti est particulièrement vulnérable aux aléas climatiques… Insécurité physique aussi : depuis le début de l’année, 77 personnes ont été tuées dans le cadre des manifestations. Le massacre de la Saline, en novembre 2018, dans lequel l’État est impliqué, pèse toujours comme une menace.

Mais à trop coller à l’urgence de la crise actuelle, on en oublie ses racines et son autre versant. Les mobilisations massives, qui secouent le pays depuis plus d’un an et paralysent l’activité de ces dernières semaines, ont des origines immédiates – le ras-le-bol face à la corruption et à l’impunité dont « le scandale Petrocaribe » est le dernier exemple caricatural –, des raisons conjoncturelles – la dégradation des droits et des conditions de vie –, et des causes structurelles : les inégalités, la pauvreté et la captation de l’espace public. Si la situation est dramatique, le soulèvement populaire représente une source d’espoir et la chance – unique – d’un changement.

Complicités occidentales

Aux côtés des jeunes Petrochallengers, les Églises, les organisations vaudou, les artistes, les syndicats, les mouvements de paysans et de femmes, une partie importante du secteur privé… rarement on aura vu une telle unanimité dans la contestation. Et tous de s’accorder sur trois points (même s’ils les envisagent selon des temps et sous des formes différentes) : la démission du président, la tenue d’un procès sur les détournements de fonds de Petrocaribe, et un gouvernement de transition. Certes, à lui seul, le départ de Jovenel Moïse ne résout rien. Mais il constitue le marqueur d’un refus et d’une fin, la condition première aussi d’un nouveau commencement possible.

Force est alors de constater le fossé qui sépare le peuple haïtien des gouvernements occidentaux. Ces derniers n’ont en effet de cesse d’en appeler au dialogue. Le 15 octobre encore, la représentante française au Conseil de sécurité des Nations unies affirmait qu’il était de « la responsabilité du président Jovenel Moïse d’engager un dialogue inclusif et véritable ». Ce faisant, c’est sur le peuple haïtien, et non sur l’État, que la pression est mise. D’ailleurs, vu d’Haïti, cela s’apparente à de l’ingérence, tant le maintien au pouvoir d’un président discrédité et impopulaire ne peut s’expliquer que par le soutien, implicite ou explicite, de l’international.

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