EXTRAIT
La révolte sociale
L’aide internationale permet de quitter notre position inconfortable de responsables, de ne nous embarrasser ni d’histoire ni de la parole des Haïtiens – «on n’y comprend rien» de toute façon –, pour revenir à une attitude-réflexe, où la seule action possible est celle qui met à distance et les acteurs et la révolte, redevenus les victimes d’une tragédie. On répond, en humanitaires, à la faim, pour ne pas avoir répondu aux massacres de La Saline et de Bel Air, et pour ne pas avoir à entendre la colère des Haïtiens et Haïtiennes.
La crise en Haïti est le fruit de politiques, d’inégalités et d’acteurs (nationaux et internationaux) qui font système. Chaque jour qui passe, avec Jovenel Moïse à la tête de l’Etat haïtien, enfonce le pays un peu plus dans le marasme, hypothèque tout avancée, et augmente le risque que le sang coule à nouveau. Lorsque l’on ne sait pas quoi faire, lorsque, surtout, on ne veut rien faire, l’aide humanitaire est la meilleure «solution». Sous le couvert d’une agitation spectaculaire, avantageusement relayée par les médias, elle offre une échappatoire commode à l’inaction et à la complicité.
Tendez l’oreille, ouvrez les yeux : les Haïtiens n’appellent pas au secours. Ils luttent, parlent d’égalité et de liberté, d’un monde à changer. L’urgence en Haïti est moins celle d’une aide internationale que la fin d’un statu quo, qui condamne le pays à dépendre de l’aide. Or l’humanitaire est partie prenante de la reproduction d’un système avec lequel, justement, les Haïtiennes et Haïtiens veulent rompre.
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L'humanitaire est une nouvelle fois "la réponse" de l'international à la crise haïtienne. Une stratégie de pourrissement qui témoigne avant tout de la complicité avec le régime en place et c...
https://www.liberation.fr/debats/2019/11/27/haiti-l-ecran-humanitaire_1765837
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