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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Ayiti-Exit : la nécessité d’arrêter la Caravane du Faire Semblant (7 de 9). Par Alin Louis Hall

Publié par siel sur 8 Janvier 2020, 19:27pm

Catégories : #AYITI ROSE RAKET, #AYITI EXTREME DROITE, #AYITI ECONOMIE, #PEUPLE sans mémoire..., #DUVALIER

Dans ce texte une question fondamentale est abordée, celle de l'identité haïtienne.

Une question que, depuis 2004, suite au boycott de la commémoration des 200 ans de l'indépendance, mené par une série de ceux que je me suis permise d'appeler des "zentelektyel". A savoir non pas des producteurs de réflexions mais de zen.

Depuis cette date, pour essayer de cerner cette question d'identité, je me suis obligée à écouter ceux qui s'auto-proclament directeurs d'opinions. A savoir, ceux qui persuadés de détenir un savoir, se sont donnés comme mission d'orienter les opinions de ceux qu'ils nomment la masse.

J'ai eu vite fait de m'apercevoir que leur discours était, de même que celui des prêches des  pasteurs protestants, des prêtres ou des "Hougans,  d'ordre moral. (pas la morale kantienne qui est contingente au respect du droit, de la justice).

Aussi,  il n'existe pas d'espace dans ce discours pour l'économie, l'histoire (je ne parle pas des "di tan Divalye" dont ils usent à profusion et pas par hasard non plus, parce qu'au delà de la nostalgie de leur jeunesse, il s'agit d'offrir pour modèle un certain type de pouvoir et de société), ni d'ouverture sur le monde avec des regards sur ce qui s'est passé ailleurs, tenir compte des expériences des autres - par exemple comment les pays dominés par une dictature comme en Haïti ont entrepris leur transition vers la démocratie, ce qui évidemment ouvrirait un débat sur les choix à faire. Et sur le chemin à prendre pour sortir de ce leurre d'exceptionalisme haïtien (piètre imitation des USA), de l'instrumentalisation de la guerre d'indépendance pour fermer portes et fenêtres et sortir du monde, comme le fit Duvalier F.

A l'inverse le dénominateur commun de ces journalistes dénommés par la clameur populaire, marchands de micros est la stigmatisation systématique de l'Haïtien. A se demander si leurs pères et mères ne sont pas Haïtiens..

Si vous ne saviez pas que l'Haïtien est méchant, voleur, égoïste, bon à rien, sauvage, mangeur de merde, cochon, chien, cabri, serpent, renard, Ayisyen koken ampli - pas eux bien entendu- eh bien, il vous suffit d'écouter leurs émissions et celles de ceux qui s'improvisent journalistes sur Youtube.

Jamais ils ne sont plus virulents et agressifs que dans l'énonciation de ces "qualités" qui, selon eux, seraient propres à l'Haïtien et qui feraient de lui une espèce entre la chose (le bien meuble) et l'animal, à la façon dont l'esclave était perçu par les propriétaires Blancs.
 

De plus, ce discours exclut et enterre (on l'a vu avec Estimé, mentionné plus haut) toutes considérations sur la lutte de très nombreux Haïtiens (Anténor Firmin, Jacques Roumain par exemple) pour construire un pays dans lequel les droits de la majorité seraient respectés. C'est comme si tout ce monde là n'avait jamais existé.

J'avais noté, ce bizarre infantilisme des marchands de micro de ne parler que du présent (depi 1986) ou bien de se référer dans le passé uniquement aux échecs ( mis à part la bataille de Vertières) pour légitimer leur assertion majeure : l'Haïtien est mauvais, point barre.

Donc, pour extirper cette "mauvaiseté", il faut lui laver la tête, lui blanchir le cerveau avec des injonctions d'ordre moral : faut être solidaire, faut respecter les chefs, faut prier : Etc. Et parfois qui se contredisent : il ne faut pas être égoïste, "vwazen se dra", mais "se mèt ko ki veye ko" "Chacun pour soi dieu pour tous".

Donc, je n'ai pas cessé de m'interroger sur l'origine de ce discours foncièrement discriminant. Une des pistes la plus proche dans le temps se trouve être dans l'idéologie "noiriste" de Duvalier qui , à l'encontre d'avoir fait la promotion des Noirs comme prétendu, à oeuvrer à les rabaisser en  leur refusant  systématiquement l'éducation, base de toute émancipation.

Mais, la discrimination,  qui ne s'affichait pas avec une telle arrogance que de nos jours, Estimé dont on parle pas étant passé par là, existait bien avant Duvalier (sinon à la limite, il n'aurait pas pu l'exploiter pendant aussi longtemps).

Considérant un certain goût pour le macabre et le mensonge, la cruauté et l'humiliation,l'explotation et la soumission,  je me suis demandée si les siècles d'esclavage avant la libération n'avaient pas forgé une culture dominante sadomasochiste qui traversait toutes les couches de la société. Le chef bat son subalterne, le subalterne bat sa femme, la femme bat son enfant, l'enfant bat la ou le restavek. Et la boucle est bouclée. Chacun étant satisfait d'avoir pu passé ses frustrations sur un autre. L'ordre est maintenu.

Le texte d'Alin Louis Hall ouvre de nouvelles directions. Il nous renvoie à un conflit d'intérêt entre la majorité des nouveaux libres et celle des anciens libres dont les héros de l'indépendance dont certains avaient été des propriétaires d'esclaves. On se trouve face à des manières différentes de voir le monde, d'occuper l'espace et de construire une nation. La minorité qui détient le pouvoir impose par la force et par le rejet de la majorité son ordre. Ce que les Haïtiens actuellement appellent le système.

Pour que ce système fonctionne -car on ne peut tuer tout le monde, il faut des bras pour cultiver-, est mis en marche la machine du mépris, de l'infériorité congénitale qui aboutira par l'exclusion de cette majorité considérée comme formée d'un groupe de bêtes. Parfois de gentilles bêtes, mais plus souvent de méchantes bêtes à dresser ou bien à attacher à un piquet pour qu'elles ne "maronnent" pas.

L'identité haïtienne pourrait donc être constitutive de cette intériorisation de l'infériorisation, du mépris, de la haine par tous les acteurs - dont ceux qui en sont les victimes.

On peut considérer que les tèt kale, héritiers des Duvalier, ont  officialisé et prôné cette culture sadomasochiste, à travers des détails à première vue insignifiants comme la couleur rose mais qui charrient les préjugés propres à cette idéologie (Les Noirs pauvres n'ayant pas les moyens économiques de se "doukoize", affichant leur appartenance au clan des supérieurs avec ces bracelets au poignet)

Une des plus évidente expression de cette culture sadomasochiste se trouve dans l'installation à la tête de l'Etat de Martelly et de Jovenel - tous deux incompétents mais jugés assez bon pour diriger 12 millions de bêtes.

Mais la plus manifeste et criminelle est le hold-up organisé sur les Fonds de la Reconstruction et ceux de PetroCaribe, parce que partant de l'idée bien établie que cette majorité de méchantes bêtes ne méritent pas d'avoir ni maisons confortables, ni eau courante et potable, ni écoles, ni centres sportifs, ni lieux culturels, ni routes...ni...ni.

Voici où j'en suis de mes réflexions qui m'ont menée à faire un lien de cause à effet entre la culture sadomasochiste dominante et l'accaparement des fonds par une minorité.

Théano - qui clame son appartenance au duvaliérisme- a été celui qui a eu le contrat pour les bracelets roses - combien de milliers de dollars US ?- et c'est aussi celui qui avait traité les gens de l'opposition d'enfants de famille monoparentale - une insulte selon lui.

Or, une grande partie de la population est issue de foyers monoparentaux - dont des dits directeurs d'opinion tels que V. Numa, D. Valet, entre autres.

Ont-ils réagi face à cette injure ? Ont-ils profité de leurs micros pour dire à Théano ( et au pays) qui était à l'époque Ministre chargé des relations avec le parlement  que cette remarque était déplacée et discriminante ?

X ou Y de la société civile - parmi ceux qui se plaisent à écrire des lettres ouvertes - lui ont-ils adressé une missive publique pour lui signifier que ces enfants de famille monoparentales étaient des Haïtiens à part entière qui contribuaient par leur travail à faire fonctionner l'économie du pays ? Que bien plus que lui,  qui n'est qu'un restavèk du système mortifère, ils représentent la vie ?

Niente. Silence, ricanements  et le fameux "griyen dan" potion qui permet aux Haïtiens d'avaler offenses, humiliations et couleuvres peinturlurées en rose.

Parce que la culture sadomasochiste ancrée et intériorisée, illustrée par de nombreux proverbes, dont "ravèt pa gen rezon douvan poul", est devenue normative, surpassant le droit, et se déguisant en morale.

 Les Haïtiens n'ont pas choisi la pauvreté ( référence au titre d'un livre) mais l'indignité. Il suffit pour s'en rendre compte de jeter un coup d'oeil sur la prestation de l'ex-président et les réactions enthousiastes du public.

 

 

 

Extraits

Qu’à cela ne tienne, on peut tergiverser sur la gouvernance de l’empereur. Mais, sur l’obsession de construire un état puissant et fort pour protéger l’indépendance, les recommandations de la pédagogie dessalinienne continuent de faire écho à l’intuition du principe fécond de l’autodétermination. Il s’agit surtout de toujours marteler les conséquences désastreuses de notre désobéissance au père Dessalines qui nous avait fait juré de renoncer à jamais à la France. En 1825, la dette de l’indépendance correspondant à 285% du PIBxxviii passait la corde au cou de l’économie du nouvel état en formation. En 1860, le concordat déployait le clergé breton pour enseigner subtilement aux Haïtiens qu’ils étaient les seuls responsables de leurs malheurs. L’agenda caché de ce curriculum délétère était de construire un Haïtien sans ancrage identitaire et de produire en série des citoyens sans conscience nationale. L’objectif inavoué et inavouable consistait à mettre en place une chaine de production consistant à fabriquer en série les réactionnaires. Depuis, cette mécanique mortifère bien huilée fonctionnant 24 heures par jour et 365 jours l’an n’a connu aucun répit et ne donne aucun signe de fatigue ni d’obsolescence. Le résultat est pathétique lorsqu’il n’est tout simplement désastreux. Il s’ensuit un débranchement collectif et une déconnection endémique qui poussent les Haïtiens à être beaucoup plus préoccupés par les saints sacrements que par la construction de l’état-nation. 

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