Macron prétend qu'il change de cap. Mais peut-on croire qu’il va sauver l’hôpital public, lui qui n’a eu de cesse que de l’étrangler ; ou qu’il va défendre le système des retraites, lui qui a voulu le dynamiter ? C’est d’une révolution démocratique que le pays aura besoin.
Cela fait plusieurs semaines maintenant qu’Emmanuel Macron ou certains de ses proches – mais pas tous – suggèrent que les enseignements de la crise sanitaire historique qui ébranle le pays seront tirés le moment venu et que le cap de la politique économique et sociale n’aura à l’avenir plus rien à voir avec ce qu’il a été jusqu’à présent.
Cette promesse, le chef de l’État l’a d’abord formulée lors de son allocution au pays le 12 mars : « Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, a-t-il dit, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, [pour] notre État-providence, n'est pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe […]. Il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. » Puis, il a fait part de la même conviction, mercredi 25 mars, lors d’un déplacement à Mulhouse pour visiter l’hôpital militaire de campagne qui venait d’y être construit. Il a alors promis qu’« à l’issue de cette crise, un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital ». Avant d’ajouter : « Beaucoup a été fait, sans doute pas suffisamment vite, pas suffisamment fort. »
Dans les colonnes du Journal du Dimanche, ce 12 avril, c’est au tour du président du groupe parlementaire de La République en marche (LREM), Gilles Le Gendre, réputé pour être la voix de son maître et ne parler que sur instruction de l’Élysée, qui envoie un signe complémentaire, en annonçant que la réforme des retraites pourrait être abandonnée. L'après-crise sanitaire, a-t-il assuré, « ne sera pas l’“avant”». Cet “après”, a-t-il précisé « pourrait s'inscrire dans un nouveau “pacte républicain” ». Pour construire le pacte républicain, il faudra, selon lui, chercher « le consensus le plus large avec les forces politiques, les élus locaux, les syndicats, les associations et les citoyens. À l'Assemblée nationale, notre majorité devra faire prévaloir le compromis plutôt que l'affrontement ».
Or, a encore dit le patron du groupe LREM, « la réforme des retraites a montré à quel point notre démocratie sociale est épuisée ». « Entre deux réformes utiles, il faudra toujours choisir celle qui rassemble les Français. Si elle empêche le pacte républicain de se conclure, la réforme des retraites devra être mise de côté. »
Arrêtons-nous donc sur ces deux exemples. Ainsi Emmanuel Macron serait disposé à changer de cap pour l’hôpital public ? Dans le cas de la réforme des retraites aussi ? En vérité, dans le premier cas, le chef de l’État a apporté sa pierre à une politique de démolition du service public de la santé, et tout particulièrement de l’hôpital, qui dure depuis plus de trente ans. À coup de réduction de postes, à coup de réduction de lits – il y en a eu plus de 17 500 ces cinq dernières années, selon les chiffres officiels –, il a asphyxié l’hôpital public, avec le résultat dramatique que l’on a constaté au début de la pandémie : des personnels épuisés mais dévoués se sont portés aux avant-postes de la lutte contre la pandémie alors qu’ils manquaient de tout, de masques, de solution hydroalcoolique, de respirateurs...
Et le pire, c’est que les alertes ont été incessantes. Multipliant les grèves et les manifestations, les personnels hospitaliers n’ont cessé, tout au long de l'année 2019, d’interpeller Emmanuel Macron en lui rappelant que l’hôpital public était au bord de l’asphyxie. Et le même Emmanuel Macron a fait la sourde oreille, concoctant à chaque fois un nouveau « plan hôpital » qui ne prenait en compte aucune des demandes des personnels.
D’où un effet de sidération : combien aura-t-il fallu de milliers de morts pour que ce président autoritaire entende enfin la colère de tous ces personnels !
Et la sidération est la même pour la réforme des retraites. Car des manifestations, il y en a eu, innombrables et massives, tout au long de cette même année 2019, pour signifier à Emmanuel Macron que sa réforme inégalitaire et dangereuse, le pays n’en voulait pas. Tout le monde avait en effet compris que le système par points risquait d’introduire une rupture majeure avec le modèle français de retraite par répartition, pour conduire à un système individualisé, proche de la retraite par capitalisation si ardemment souhaitée par les assureurs privés.
Et pourtant, le chef de l’État n’a rien voulu entendre. Ni la colère de la rue. Ni la protestation des élus de la Nation. Procédant à la hussarde, il a usé de l’un des dispositifs parmi les plus antidémocratiques des institutions de la Ve République, celui du 49-3, pour museler le Parlement, et s’apprêtait à recourir à l’autre procédure autoritaire, celle des ordonnances, pour que les dispositions entrent en vigueur.
Dans ce cas-là aussi, on en vient donc à se poser la même question : aura-t-il fallu que le pays connaisse une telle tragédie, celle de la pandémie du Covid-19, pour que ce chef de l’État se rende compte que le pays était viscéralement attaché aux filets protecteurs de la Sécurité sociale, pas seulement à ceux de l’assurance-maladie mais tout autant à ceux de l’assurance-retraite !
Face à la conversion à laquelle on nous demande de croire, on peut donc légitimement s’interroger sur la sincérité du président. Car, après tout, d’autres hypothèses peuvent être retenues.
SUITE dans le lien
/https%3A%2F%2Fstatic.mediapart.fr%2Fetmagine%2Fdefault%2Ffiles%2F2020%2F04%2F12%2Fcapture-d-e-cran-2020-04-12-a-16-56-28.png%23width%3D661%26height%3D671)
Retraites, hôpital: la troublante conversion d'Emmanuel Macron
Macron prétend qu'il change de cap. Mais peut-on croire qu'il va sauver l'hôpital public, lui qui n'a eu de cesse que de l'étrangler ; ou qu'il va défendre le système des retraites, lui qui a ...
Commenter cet article