La place de la Bourse symbolise la richesse de la ville de Bordeaux.Credit...Andrea Mantovani pour The New York Times
BORDEAUX, France — À la courbe du fleuve, une succession de majestueux édifices de pierre, tous plus imposants les uns que les autres, s’étire sur la rive gauche. Leurs élégantes façades du XVIIIe siècle ont contribué à faire classer Bordeaux, déjà réputé pour ses vins, au Patrimoine Mondial de l’Unesco.
“Cette façade, c’est un patrimoine monumental extraordinaire et une sorte de métaphore scénographique”, reconnaît Laurent Védrine, directeur du Musée d’Aquitaine. “Allons voir derrière cette façade de pierre: d’où provient cette richesse?”
Cela fait plus de dix ans que Bordeaux, à rebours d’une grande partie de la France, a entrepris de creuser la question, réalisant que ses majestueux immeubles avaient été en partie financés par la traite d’esclaves. L’esclavagisme se lisait jusque sur ses monuments et dans son architecture. La ville se confrontait à son passé, mais au lieu de détruire les traces de sa terrible histoire, elle fit poser des plaques qui la reconnaissent et l’expliquent.
D’autres villes européennes avec un passé similaire ont opté pour le silence. Mais la mort de George Floyd aux mains d’un policier à Minneapolis a désormais élargi et redonné du souffle au débat sur le long, brutal et lucratif passé de l’Europe en Afrique, et l’a ponctué récemment par le renversement de statues de figures de l’époque coloniale.
Le long passé esclavagiste et colonialiste de la France a longtemps été éclipsé par un récit national et une identité propre qui faisait du pays un champion révolutionnaire des droits universels de l’homme.
“C’est l’incapacité à faire la lumière sur le passé qui entretient le racisme et l’impunité de la police, et l’impunité de tous ceux qui, devant l’emploi, devant le logement, vont se baser sur des critères physiques pour refuser à un Français ses droits parce qu’il est noir, parce qu’il est arabe”, estime Karfa Diallo, né au Sénégal et fondateur de Mémoires et Partages, une association qui a oeuvré pour que la ville de Bordeaux reconnaisse pleinement son passé. “Ce n’est jamais dit très clairement comme ça mais c’est une question qui est vraiment au coeur”.
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