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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Investig'Action. COVID-19 et la fin de l’ère néolibérale. Par MARC VANDEPITTE

Publié par MARC VANDEPITTE sur 7 Août 2020, 17:38pm

Catégories : #INTERNATIONAL, #ECONOMIE

Voilà 40 ans qu’ils nous balançaient des dogmes néolibéraux. La crise financière avait sérieusement ébranlé la croyance, mais en fin de compte elle a tenu bon. Cette fois c’est différent. La crise COVID-19 et les mesures socioéconomiques pour sauver le système ont fait exploser tous les dogmes néolibéraux. Il était grand temps de passer à du neuf.

 

Les dogmes périmés

‘Nous vivons au-dessus de nos moyens, il n’y a pas d’argent’
C’est ce qu’ils nous ont fait croire pendant des années. Les soins de santé coûtaient trop cher, les allocations de chômage étaient trop généreuses, les salaires trop élevés, et pour les affaires sociales ou culturelles il n’y avait tout simplement pas d’argent. Le déficit public et les dettes devaient être aussi faibles que possible, c’est pourquoi il fallait économiser sur tout et n’importe quoi.
Subitement il apparaît qu’en fait il y a de l’argent et ils semblent avoir trouvé des gigantesques tirelires. Aujourd’hui ils distribuent les milliards comme si c’étaient des bonbons. Un déficit public plus de trois fois supérieur aux 3% des critères maastrichtiens ou un taux d’endettement bien au-dessus des 100% du PIB, soudainement tout cela est possible.

 

‘Le libre marché résout tout, l’Etat est inefficace’
Le mot d’ordre en vigueur était de tout privatiser et déréguler le plus possible. Il fallait que l’Etat soit dégraissé au maximum et intervienne le moins possible (1). Selon les mots du populiste flamand Bart De Wever: “L’état est un monstre qui aspire l’argent et le recrache”.
Au cours de la crise COVID-19, le marché a complètement échoué. L’échec le plus évident et le plus dramatique est celui des masques de protection. Inversement, nous avons assisté au retour dramatique mais également à la réhabilitation des pouvoirs publics. Chacun a pu s’apercevoir que seul l’Etat peut maîtriser et surmonter une crise d’une telle ampleur. D’importants secteurs de l’économie ont été nationalisés entièrement ou partiellement sans problème. Selon le Wallstreet Journal les mesures d’incitation aux Etats-Unis constituent “le plus grand pas vers une économie centrale planifiée que l’Amérique ait jamais posé”.

 

‘Le capital et l’esprit entrepreneurial créent la prospérité’ 
Ce sont les entrepreneurs qui créent la prospérité. Grâce à leurs capitaux, leur audace et leur innovation, ils créent de l’emploi et accroissent la richesse d’un pays.
Dans les différents pays les confinements ont révélé partout le contraire, à savoir que c’est le travail de la population active qui produit la richesse. Quand une partie de la population active a été contrainte de cesser le travail, la croissance économique s’est effondrée comme un soufflé. C’est le travail qui crée du capital et non l’inverse. Le confinement a également montré que ce sont souvent les boulots les plus essentiels qui sont le moins bien rémunérés.

 

‘Ce qui est bon pour les riches est bon pour tout le monde’.
Puisque la prospérité est créée par le capital et les entrepreneurs, nous devons les dorloter. Des mesures favorisant les entrepreneurs et les hauts revenus (cadeaux fiscaux, subventions salariales, aides de l’Etat …) garantissent davantage d’investissements et créent des emplois. Leur profit finit par ruisseler vers le bas. Cet effet dit de ruissellement a servi d’excuse pour justifier le traitement sur mesure des 1% les plus riches.
COVID-19 pulvérise ce sophisme. Car grâce aux incitations les super riches en profitent largement. Depuis le 18 mars les milliardaires étatsuniens ont vu leurs avoirs augmenter d’un tiers, soit 565 milliards de dollars. JPMorgan, la plus grande banque des Etats-Unis, a rapporté le chiffre d’affaires trimestriel le plus élevé jamais connu. La société d’investissement Goldman Sachs a marqué une croissance de 41% par rapport à l’an dernier. Mais on ne voit guère de “ruissellement” … Dans le monde des centaines de millions de gens sont acculés à une pauvreté extrême. En Belgique, le nombre de personnes qui font appel aux banques alimentaires a augmenté de 15 %, et ce n’est  qu’un début. 

 

‘Les gens sont égoïstes’.
L’être humain est capable du bien, mais il est mauvais par nature. Il est avant tout motivé par son propre intérêt. C’est ce que les gourous néolibéraux nous ont seriné pendant des décennies. En fin de compte ce mantra est utile à leurs yeux car l’intérêt personnel mène à la concurrence et c’est justement ce qui fait avancer notre économie.
La solidarité spontanée et massive qui a jailli pendant la crise COVID-19 détruit cette vision cynique de l’humain. Des jeunes ont fait les courses pour leurs voisins âgés, des milliers de bénévoles ont confectionné des masques ou se sont proposés aux banques alimentaires. Alors qu’ils manquaient encore de matériel de protection, les soignants allaient s’occuper de leurs patients au risque de leur propre santé – donc de leur vie. Bien sûr il y a eu des groupes qui se moquaient totalement des mesures de sécurité, mais c’est l’exception qui confirme la règle. Plus que jamais, la crise COVID-19 démontre que l’être humain est fondamentalement un supercoopérateur, comme l’ont décrit Dirk Van Duppen et Rutger BregmanWendy Carlin, professeur d’économie, l’exprime en ces mots : “Le modèle de l’acteur économique comme amoral et égocentrique est à modifier définitivement”.

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