Jean Claude Icart a retrouvé ce texte de Roland Paret
Voeux de Roland Paret
Aux croyants, aux incroyants, aux mécréants, à leurs Commandeurs,
Aux adorateurs de l’Être, à ceux qui préfèrent sa plénitude, à ceux
qui choisissent le non-être, qui révèrent sa logique ;
À ceux qui savent que Dieu existe ;
À ceux qui savent que Dieu n’existe pas ;
À ceux qui doutent ;
À leurs papes, leurs rabbins, leurs ayatollahs, leurs Karl Marx, leurs
Spinoza ;
Aux lâches : qu’ils trouvent toujours un trou où se terrer !
Aux courageux : qu’ils rencontrent la bataille où mourir en héros !
À la mère qui attend à la sortie de la salle d’opération où l’on opère
son enfant, qui apprend que l’intervention, a réussi et que sa fille va
vivre ;
Au père qui se surprend à servir un verre de whisky à son garçon devenu
adulte, il ne sait quand ;
À la mère qui reçoit pour la première fois la petite amie de son fils
unique et qui s’aperçoit qu’elle n’est plus la femme de sa vie ;
Au père forcé de donner à un godelureau la main de son enfant et qui
se rend compte qu’un père qui élève sa fille est comme un architecte
qui construit une maison qu’il n’habitera jamais ;
Au producteur de signes qui n’a pas d’enfant de sa chair, et qui sait
que, de toute l’histoire de l’art, jamais une oeuvre ne s’est levée pour
dire ‘Papa !’ à son créateur ;
Aux homophobes : qu’enfin ils apprennent que celui qui est sûr de sa
sexualité n’interroge pas celle des autres ;
Aux racistes et aux misogynes : que jamais ils ne se voient dans un
miroir !
Aux cons qui ne savent pas qu’ils sont cons ;
À ceux qui, comme moi, souhaitent la mise-hors-la-loi des maladies ;
À ceux qui ne verront pas la fin de la prochaine année, qui le savent,
et surtout à ceux qui vont devoir leur survivre ;
À ceux qui chutent de la poésie et tombent dans la prose, c’est-à-dire
à ceux qui viennent d’apprendre que le coeur ne sert pas seulement
qu’à aimer son amante ou son amant mais qu’il est essentiel au maintien
et au fonctionnement du corps, à ceux qui étaient persuadés que
partenaire ou sa partenaire et qui maintenant savent qu’ils servent
aussi à filtrer le sang ;
Aux amants séparés qui assistent seuls à la représentation de ‘Tristan
und Isolde’ ;
Aux Paolo et aux Francesca condamnés à lire ‘plus avant’ l’histoire
de Lancelot et de Guenièvre ;
À ceux qui aiment et qui ne sont pas aimés ;
À ceux qui sont aimés et qui ne le savent pas !
À ceux qui sont heureux et qui en sont conscients;
À ceux qui sont heureux et qui n’en sont pas conscients;
Aux Blancs, aux Jaunes, aux Noirs, à tous ceux issus des combinaisons
qu’ils ont commises ;
À Alessandro et aux siens;
Et, bien entendu :
Aux copines, aux copains, aux copains des copines, aux copines des
copains, aux copines des copines, aux copains des copains, et vice
et versa, dans l’ordre et le désordre, et méli mélo, caïques et palindromes,
à leurs ascendants, descendants, parents et collatéraux, à
leur tribu, leur ‘gens’ et leurs gens : Bonne année !
Roland
(décembre 2014)
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