... étonnée de constater comment en Haïti par exemple, il existait une certaine "fierté" de se dire d'origine dahoméenne, bien que toutes les recherches et archives montrent que les dignitaires de ce royaume participaient à la traite. Ces gens-là font des pélérinages pour aller parfois "consulter les esprits" dans un pays, le Bénin, dans lequel la traite était officialisée par les autorités locales. Les mêmes "esprits" qui non seulement n'ont pas empêché leurs ancêtres d'être vendus. C'est assez ironique.
J'ai souligné comment par une sorte de "lavage de cerveau" et de guerre psychologique, des colons, puis des élites haïtiennes, les descendants du Royaume du Congo, le seul à avoir résisté aux sollicitations des Portugais pendant un grand temps, jusqu'à la mort de la reine (ben oui, une femme) - ceux-là qui sont arrivés parmi les derniers à Saint-Domingue et ont été nombreux à marronner et à lutter contre le système esclavagiste ont été dépréciés, considérés comme des imbéciles, des traitres, des paresseux, des grivois; Des kongo quoi...
Et même au sein du vodou -ce que j''esquisse dans mon film "La Ronde des Vodu", il existe une sorte de hiérarchie valorisant les rituels dahoméens au détriment de ceux originaires du vaste espace de l'empire du Congo. Les uns, béninois, considérés comme "aristocrates" , les autres, congolais, perçus comme triviaux.
Il me revient en mémoire une expérience à Souvenance, un hounfort fréquenté à cette époque par la " crème de la crème " des intellos Mulâtres et Noirs confondus, venant de la diaspora. Lors d'une cérémonie, un fidèle habité par un "esprit" congo s'est mis à en passant d'un "invité à l'autre" à les invectiver. Se moquant allègrement d'eux, abordant leur vie privée, et exposant leurs frustrations et hypocrisie. J'attendais avec une certaine appréhension mon tour. Et , à ma stupéfaction, l'homme "habité" par cet esprit congolais s'est contenté de me saluer. Ouf, me suis-je dit, je suis passée à travers. Je me suis quand même demandée pourquoi parmi tous les "invités" , j'avais été la seule à n'avoir pas eu droit aux sarcasmes (parfois brutaux) de "l'esprit."
Quelques années plus tard, parce que ce moment m'avait marquée, je me suis demandée si de par mon attitude, l'homme incarnant "l'esprit congo " avait perçu chez moi une disposition à ne pas participer à la " folklorisation du rituel congo. Et qu'indirectement il m'aurait mis sur la voie de faire des recherches sur le royaume Congo. Et finalement en arriver à comprendre le mécanisme de "manufacture de l'opinion" hérité des colons, présentant les Congos comme des moins que rien- vu qu'il s'agissait de les empêcher de contaminer les esclaves créoles, nés dans la colonie, avec leur nature rebelle.
Ceux qui ont écrit sut le vodou, notamment Laennec Hurbon, se sont intéressés pratiquement uniquement aux rituels dahoméens. NI le vodu du Sud qui a ses propres particularités , plus proche d'un culte des ancêtres et qui intègre des "pierres sacrées" des Taïnos sur les autels, ni les veve, ses dessins très complexes tracés sur le sol avec de la farine figurant les emblèmes des "esprits" appelés à se manifester, non existants au Benin, n'ont eu droit à des études sur leurs origines.
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Ce qui ne diminue en rien la responsabilité des Européens et Arabes au trafic d'êtres humains. Mais la participation des élites béninoises et autres à ce trafic, permet de mieux comprendre comment les descendants de ces trafiquants africains sont passés "tout naturellement" de la traite à une collaboration avec les colons. Et après l'indépendance de leurs pays à n'avoir aucune considération pour leurs populations et via la corruption à ne penser qu'à s'enrichir en imitant les pratiques, us et coutumes des ex-colonisateurs.
Il est compréhensible qu'il soit particulièrement douloureux pour les Afro-descendants dans les Amériques Noires d'admettre que des dirigeants africains aient participé à la traite, notamment ceux du Bénin, du Ghana, du Sénégal. Mais il s'agit d'un fait historique. Et l'omettre , se refuser de voir cette réalité permet d'accepter que des dirigeants de leurs pays - comme c'est le cas en Haïti- collaborent avec la vision raciste et prédatrice des ex-colonisateurs.
Et autorise un pieux silence sur la participation de leurs dites élites à des opérations telles que le boycott des 200 ans d'indépendance du pays et le dap piyan sur les 4 milliards US des Fonds Petro Caribe, lesquelles actions renvoient à une similaire traitrise et au même appétit du gain.
Voici des extraits d'un texte, en anglais malheureusement, qui aborde cette question. Vous pouvez lire l'article ici .
The historical role of slavery in various African kingdoms is an extensive one, continental, sprawling and international. While there was demand in Europe and the Americas, there were more than willing suppliers. There are many instances of this that require and have received scholarly attention over time. To name but a few: the Kanem Bornu Empire spanning the current states of Cameroon, Chad and Niger, engaged in a slave trade lasting from 900 AD to the 15th century; the Aro Confederacy covering present-day South-Eastern Nigeria (participants in the slave trade to Europe and the Americas from 1690 to 1902); and the slavers of the Ashanti Empire, which covered present-day Ghana.
The West African Kingdom of Dahomey, covering the territory of modern Benin, offers a cruel if fascinating study on the role of African powers in the Atlantic Slave Trade. Much of this was occasioned by an expansion of the realminitiated by King Agaja in 1720s, which included taking over the kingdom of Allada in 1724 and the kingdom of Whydah in 1727. The seizure of the former was important for securing the vital port of Porto Nuovo, responsible for West African slave trade; the latter saw the incorporation of Ouidah, a port essential to the Atlantic Slave Trade.
Slavery was, in this sense, an indispensable annex to making war, seizing territory and seizing citizens. The prized booty lay in the enslaved. “The slave trade is the ruling principle of my people,” claimed King Ghezo of Dahomey in the 1840s. “It is the source of glory of their wealth … the mother lulls the child to sleep with notes of triumph over an enemy reduced to slavery”.
Having abolished the Atlantic Slave Trade in 1807 and enslavement in the British Empires in 1833, the British took it upon themselves to affect a policy of broader abolition and impairment of the trade through negotiating with West African kingdoms and targeting the vessels of countries (Spain, Portugal and the United States, for instance) still involved in the market. Naval officer Frederick E. Forbes of the frigate HM Penelope was tasked with abolishing slavery in Dahomey in the late 1840s, hoping to convince King Ghezo to acquiesce.
Ghezo baulked at the demands, given the reliance of his kingdom’s economy on the trade with Europeans. He also faced a domestic faction favouring abolition. Showing how trafficking in human flesh might be substituted for some other product, the monarch suggested a gradual abolition if Britain were to encourage investment in Dahomey palm oil at the expense of the neighbouring Egba state of Abeokuta, against whom a war was being waged at the time. With Forbes refusing to bite, the Royal Navy commenced a blockade of the kingdom’s ports in March 1851. Ghezo, wishing to salvage the situation, offered to end enslavement if restitution for lost income could be provided. Such compensation had, after all, been made to the sum of £20 million for its own slaveholders and administered by the Bank of England.
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