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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


L’absence d'autonomie

Publié par Elsie HAAS sur 13 Août 2007, 15:02pm

Catégories : #E. HAAS chronique

Ici le  problème de la liberté se pose de manière aigue, fondamentale, vitale. Le problème de la liberté, c’est en fait le problème de l’absence d'autonomie. Entre les « Grands Dons » (propriétaires terriens), les ONG  tout acabit, tout azimut, les églises catholiques, protestantes et vaudou  (bientôt peut-être l’islam), les politiciens gros «  Zouzoun », les « parinn » (parrains) économiques, les Haïtiens sont englués dans une toile d’araignée qui leur laisse peu de liberté de penser, d’entreprendre, de projeter, de rêver.

L’exil ce n’est pas seulement partir à la recherche d’une mieux être économique mais aussi d’un supplément d’âme, d’une respiration. On croit que les pauvres ne pensent qu’au pain mais c’est totalement érroné. Ils sont les premiers à laisser vagabonder leur imagination. Pour preuve, l’art dit populaire qui dans tous les pays du monde donne des représentations au-delà du réel. C’est pourquoi,  par ailleurs, les gens d’Haïti aiment croire ( ou faire semblant de croire) à toutes sortes de fables fantastiques, qu’ils se laissent subjuguer par n’importe quel charlatan qui leur chante un conte à dormir debout. D’où le soin qu’on met ici à brider, ficeler, enrégimenter les enfants de manière à ce qu'ils soeint de aprfaits exécutants.

Chiquottes, rigoises, fouets,  ceinturons, punitions à genoux au soleil etc, entre autres appareils servent à dresser  les « ti moun se ti bet » ( les enfants sont de jeunes animaux) comme l’exprime de manière si réaliste, un dicton local.


Ici on rencontre pas mal de nostalgiques de la « bamboche dictatoriale ». Du temps où, comme ils aiment à le répéter, il y avait un makout dans chaque famille. Ils en parlent, surtout les plus jeunes qui n’ont pas connu cette époque, comme d’un temps paradisiaque.

Duvalier père et fils, les militaires et les makout, Fort Dimanche, sont habillés des couleurs les plus attrayantes.  On entend une sorte de rengaine nauséeuse : « Du temps de Duvalier… "
 

Quand on leur demande ce qu’ont réalisé de positif les Duvalier, le papa et son bébé, pendant les 29 ans qu’ils ont régné sans opposition et sans partage sur le pays, avec  l’aide bienfaisante de la communauté internationale, ils sont incapables de répondre. Néanmoins ils  continuent à s’agripper  à leur «  Du temps des Duvalier… »

 

Je soupçonne ( sans preuves aucunes) beaucoup de ces jeunes qui se trouvent sans travail de rêver à la carrière qu’ils auraient pu faire en tant que petits makout  locaux. Leurs pères, cousins, oncles ont peut-être été makout ou chefs de sections avec les avantages de rapines et d’abus octroyés par la fonction. De quoi rêver au temps béni où les « chimères » étaient autorisées et avaient une carte officielle de VSN (volontaire  de la sécurité nationale).

 

 On entend aussi beaucoup de ces nostalgiques de la "bamboche dictatoriale", évoquer la perte des valeurs dans la famille haïtienne. C’est assez surprenant puisque ce sont ces  bonnes « valeurs » d’antan qui ont fabriqué les makout, les dénonciations, les délations, les tortures, la peur à outrance, les abus de toutes sortes, la soumission pendant  29 années durant. Toute personne saine d’esprit serait plutôt amener à penser que la société haïtienne (comme la chilienne ou même l’espagnole) n’a pas finit de régler ses problèmes avec les dégâts provoqués par la dictature au sein de la famille et de la société haïtiennes.  Mais hélas, tel n’est pas le cas. Les sociologues, psychologues sont aux abonnés absents par rapport à cette question.

 

Ce sont les mêmes qui critiquent vertement ce qu'ils appellent la « bamboche démocratique ». Je dis critiquent mais pour être plus juste ce serait insultent, crachent sur, haïssent – non pas la saleté, le manque d’eau, d’électricité, de routes et de moyens de transport- mais les gens qui  précisément  sont victimes de cette absence de structure. Cette majorité de gens qui montent et descendent  dans l’eau puante, la poussière et les immondices des villes pour chercher de quoi vivre, les pourfendeurs de la bamboche démocratique souhaiteraient les faire disparaître, les emprisonner  ( l’un d’eux à plaider récemment dans une tribune publique pour la privatisation des prisons), les embastiller à vie, les envoyer au fond de la mer, les zombifier.
 

La population haïtienne est dans son ensemble patiente et non violente. Il faut en faire beaucoup pour la faire sortir de ses gonds, s’énerver et prendre sa machette (elle n'a pas de fusils). En faire beaucoup ça signifie qu’il faut la travailler au corps, la manipuler (il y a des professionnels de cette chose), la provoquer, tuer, violer ses proches pour qu’elle se mette à réagir.

 Jonas, un des chauffeurs qui m’a véhiculée pendant mon séjour a quarante quatre ans. Il me dit : « Quand j’entends ces gens parler du retour de Jean Claude Duvalier, je sens  que je pourrais mettre le pays à feu et à sang si ça arrivait. » Fils et petit-fils de paysan, il raconte comment les cochons noirs représentaient une sorte de banque pour sa famille. Lui aussi avait les siens dont la vente payait ses études. Quand le gouvernement de Jean Claude Duvalier a décidé qu’il fallait abattre tous les cochons noirs de pays, parce qu'ils auraient été  atteints par une maladie, ça a été la fin des études pour Jonas. Il me raconte que «  C’était impossible de les cacher parce que on était dénoncé et quand les makout les trouvaient ils vous mettaient en prison, vous battaient, etc. " C’est cette époque bénie qui a vu une augmentation de l’exode rurale vers les villes, des « boatpeople » vers les rives étrangères, des départs en République Dominicaine pour couper la canne dans les bateys.
 
Jonas, fils  et petit-fils de paysan , quarante trois ans, marié avec enfants, vivant depuis la perte de ses cochons noirs à Port-au-Prince sait qu'il ne retournera jamais vivre à la campagne. Il est une des rares personnes à examiner avec calme et intelligence la situation dans laquelle il se trouve = la course à la recherche d'un emploi pour faire vivre à tout prix sa petite famille et celle du pays = absence d'autonomie et abus d'autorité à tous les niveaux: du pauvre avec son restavek au propriétaire du super marché avec ses employés.

 


 

 

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