«J'ai vu la police m'entourer avec des flash-balls»
« C'est un dossier fou, m'a confié Me Patrick Arapian au téléphone. Frédéric Dumesnil a été renversé par un bus de la RATP devant la gare de Saint Denis. D'après les témoins, le conducteur a violemment et volontairement heurté Frédéric... Mais ce qui est effarant, c'est l'absence totale de réaction de la police après les faits. La police a laissé passer une semaine avant d'entendre mon client. Lorsqu'il a téléphoné au commissariat, il s'est fait insulter. J'ai dû écrire au Procureur pour que les policiers aillent enfin recueillir son témoignage. Le parquet n'était même pas informé. La police avait fait barrage. »
Ancien agent administratif à l’université de Jussieu, Frédéric, 27 ans, a eu la jambe gauche écrasée par le bus. Opéré dès le 6 juillet, il est encore hospitalisé dans un clinique de Seine-Saint-Denis. Son lit est entouré de ballons colorés, souvenir de son anniversaire, samedi dernier. « J’ai la jambe dure comme du béton, m’explique-t-il. D’ici à quinze jours, on me fera peut être une greffe de peau, et aussi de muscle ». Il s’empare d’un ordinateur et me montre les photos de sa blessure. Le 19 août prochain, il devait retourner s’installer en Guadeloupe avec sa femme et ses quatre filles. Pour le moment, sa famille va partir sans lui. Il me raconte le drame, hanté par les images de l’accident.
La RATP n’a pris aucun contact avec Frédéric, sa famille ou son avocat. Elle ne conteste pas qu’« une roue arrière du 170 » soit en cause, mais selon la Régie des transports, le chauffeur du 170 impliqué dans l’accident serait aussi en arrêt de travail. « On est dans une affaire classique d’un machiniste qui a été victime d’une agression », m’explique une responsable du service de communication de la RATP. L’agent aurait déposé plainte pour « violences volontaires » non pas immédiatement après les faits, mais quatre jours plus tard, le mardi suivant. Il aurait appelé immédiatement son encadrement pour dire qu’il venait de se faire agresser, tout en faisant semblant d’ignorer l’accident. Mais Frédéric n'est pas non plus accusé d'agression. Et pour cause.
Plus tard, à l’hôpital, deux policiers viennent chercher les flacons d’urine de Frédéric pour vérifier son alcoolémie. « Et après cela, on n’a plus eu de nouvelles de la police, jusqu’au vendredi suivant », constate Kevin. Ou de curieuses nouvelles. Le lendemain, le commissariat répond que la brigade routière ne travaille pas le samedi. Le mardi, Frédéric est insulté au téléphone. Le vendredi seulement, après la lettre de Me Arapian au Procureur, les policiers font leur apparition au commissariat. « La RATP n’a pas donné signe de vie non plus, dit Kevin. Leur but c’est d’étouffer l’affaire ».
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