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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Maria et les autres

Publié par Elsie HAAS sur 25 Janvier 2008, 01:38am

Catégories : #E. HAAS chronique

Un groupe de religieuses. Cinq ou six  femmes de tous les âges, jeunes et moins jeunes, dont Maria la plus âgée. Toutes  sont  Blanches.
Elles sont habillées en civil. Même pas un fichu sur la tête. Mais pas de pantalon. Je les renconte à La Plaine.
Ca fait bien quinze, vingt ans qu'elles sont en Haïti, venues de France, d'Italie et de Belgique.  Elles font partie d'une petite congrégation. Comment elles ont atterri là ? Une histoire particulière les à conduites dans ce pays. J'écoute. Ca ressemble à un roman. Au départ, elles travaillaient dans une ville d'Europe, dans un quartier difficile. Leur mission était et reste de s'immerger dans la vie des deshérités. Dans cete ville d'Europe, elles s'étaient implantées dans  un quartier pauvre et  travaillaient tout particulièrement avec les prostituées. Et puis,  les pauvres ont été chassés du quartier et remplaçés par une nouvelle population. C'en était fini de leur mission.

Et c'est ainsi, pour faire court, qu'elles se sont retrouvées en Haïti. 

Ces cinq religieuses depuis lors, vivent dans un bidonville de Port-au-Prince où elles ont fondé une école primaire. Elles se tiennent avec une grande simplicité, sans compoction, juste des femmes qui ont dévoué leurs vies à un idéal de solidarité.

Cette simplicité jure avec l'ordinaire d'un pays comme Haïti, où qui que se soit qui occupe le  moindre poste, est imbu de sa position et aurait  tendance à en abuser.

Nous parlons de choses et d'autres, de leur vie dans le bidonville, de leur relation avec les résidents, de leurs élèves. Sans cette espèce de réticence, de parler à mots couverts si exaspérant  parfois en Haïti où on a l'impression non pas d'échanger mais de jouer aux devinettes.

C'est vrai qu'elles sont Blanches. Que  ni elles, ni leurs parents, n'ont vécu les 29 ans de duvaliérisme qui exigeaient silence et soumission. Ce qui peut être à la base de cette absence de peur.

Je suis celle qui aborde un sujet qui me tient à coeur : le châtiment corporel dans les écoles. D'autant plus que le veille Mireille Nicolas m'avait raconté cette histoire: elle avait vu une petite fille à genoux au soleil dans la cour d'une école. L'enseignante avait commençé par lui donner une explication tirée par les cheveux. Rendez-vous compte. D'après elle, l'enfant avait trop froid dans la classe, raison pour laquelle elle l'avait flanquée à genoux au soleil. Voyant que Mireille Nicolas n'était pas dupe, cette enseignante avait fini par avouer, que oui, il s'agissait bien d'une punition.

Ce qui m'a frappé c'est que l'enseignante en question savait fort bien que de mettre un enfant de six ans à genoux au soleil n'était pas  la meilleure technique d'éducation puisqu'elle a crû bon d'inventer cette histoire ridicule de chaud et de froid.

On en a donc parlé avec les religieuses. Ce n'était pas facile. Parce que oui, elles sont en principe contre les châtiments corporels, mais que c'est ce qui se fait ici; Elles aussi elles ont connu ça en Europe de leur temps  où ça se faisait aussi. Et  puis en Haïti ce sont les parents qui le demandent. Les parents me disent-elles veulent qu'on frappe leurs enfants pour les dresser. Ils disent : " Ti moun sé ti bèt" (les enfants c'est pareil à de jeunes animaux). Nous discutons  de l'impact de cette éducation sur les enfants.
Est-ce bien ? Est-ce mal ?
Est-ce lié à l'esclavage ?
Non disent-elles, puisqu'en Occident aussi c'était la norme.  C'était. Mais plus maintenant. Est-ce que les enfants en Occident prennnent aujourd'hui un mauvais chemin parce qu'ils ne sont plus frappés ou bien parce que la société telle qu'elle est leur en donne l'opportunité?

On se rencontre à plusieurs reprises et à chaque fois nos échanges sont riches et enjoués. Ce sont les plus jeunes qui  s'expriment, Maria, l'ainée, qui a soixante ans ou plus parle peu. Je sais seulement qu'elle vient de Belgique à cause de son accent.

Quelques temps plus tard, je revois Maria seule. Les autres soeurs sont toutes reparties poour les vacances en Europe. Maria elle, n'a plus de famille en Belgique, ils sont tous morts. Elle n'a plus qu'Haïti.

Et quelle Haïti !

Elle me raconte que deux jeunes dans son bidon ville viennent d'être assassinés. Maria,  profondément choquée,  me dit qu'elle les a connus enfants. Ca s'est passé dans la nuit. Des bandits sont entrés dans la maison où se trouvaient un jeune homme, étudiant en médecine à Cuba, ses parents et sa cousine, tout juste diplomée de l'école d'infirmière. Ce sont des gens totalement modestes. Le père tailleur a dû abandonner le métier avec la concurrence des "kennedy" (vêtements d'occasion) et travaillait comme chauffeur de tap-tap. Leur fils avait eu une bourse pour étudier la médecine à Cuba, il ne lui restait plus qu'une année pour être diplomé.

Les bandits ont forcé la porte. Ils ont violé la jeune fille, le cousin a voulu la défendre ils ont criblé de balles la jeune fille et le garçon. Puis ils ont obligé la mère à accomplir un étrange rituel d'une perversité absolue.

Ils l'on sommé de mettre le peu de biens que possédait la famille dans une cuvette. Puis sous la menace de leurs armes, ils ont obligé cette mère à porter cette cuvette sur la tête et à les accompagner jusqu'à un certain endroit où elle a dû déposer cette cuvette. Puis ils l'ont laissé repartir dans la  nuit noire, dans le silence  terrifié des voisins, comme du temps des macoutes.

Cette famille en une nuit a tout perdu : ses enfants, l'espoir de lendemains meilleurs.

Après l'enterrement pour lequel il aura fallu  faire une quête, le père et la mère du jeune étudiant en médecine, ont quitté la ville pour la province, par peur des représailles. Parce que la police a retrouvé un de leurs agresseurs.

Leur petite maison, construite avec peine, pendant de nombreuses année, ils l'ont fermée, espérant que quelqu'un sera intéresser à l'acheter.

Maria, la religieuse me raconte cette hitoire qui ne sera jamais relayée dans la presse comme tant d'autres de viols, de violences, de crimes commis sur des personnes défavorisées, faibles,  sans protection contre les prédateurs dans le fin fond des corridors  sales de leurs bidonvilles sans téléphone, ni eau, ni électricité.

Maria, ramasse les lambeaux de son coeur déchiré  et  sans mot dire ni maudire, retourne à sa petite maison dans le bidonville qu'elle partage avec les autres soeurs de sa congrégation.

On ouvre le portail et on tombe sur une petite cour avec quelques rares plantes. Il y a si je me souviens bien, un arbuste dans un coin qui donne un peu d'ombre. La toiture est en tôle. A l'intérieur, c'est une fournaise.  Cinq pièces  en tout. Une pour chacune des soeurs et une salle à manger qui fait office de bureau et de salon. Le tout minuscule et assez sombre. Question eau potable, il faut l'acheter. Electricité ? Il n'y en a pas.

Maria me fait visiter sa chambre. Un rectangle dans lequel est suspendu un hamac qu'elle préfère au lit à cause de la chaleur. Sur une table, quelques effets personnels et un petit ventilateur à piles qui apparaît dans ce décor comme un objet d'une grande modernité.

Je suis totalement chamboulée et franchement ne sais pas quoi penser. Je ne comprends pas pourquoi ces femmes ont choisi de vivre dans de telles conditions.

Par amour de dieu ? Par amour de leur prochain ?
Pourquoi une telle abnégation ?

Maria m'explique que la règle de la congrégation est de vivre au milieu des gens et de partager leur mode de vie. Tout ça c'est très bien. Mais beaucoup de questions trottent dans ma tête.

Est-ce que cet immersion dans le vécu des gens améliore les conditions de vie de ces personnes ?
Etre pauvre avec les pauvres, est-ce bon pour les pauvres ?
Comment peut-on espérer sortir  de cette  misère abjecte ?

Je quitte une Maria, apparemment sereine qui va attendre la fin des vacances et le retour de ses  collègues, les autres soeurs parties en Occident dans leurs familles.

Avec un sentiment bizarre, mélange de tristesse, de frustration, de honte, de colère et d'amour, je la quitte et je m'en vais dans dans la voiture climatisée qui traverse sans les voir les misérables masures, envoyant  au passage sur des passants indifférents, des nuées de poussière.





 

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Jules Emmanuel Sauray SorinBALLET HAITIEN DE PARIS.JESS-BHP is formed by a group of talented artists who come from diverse cultural and dance backgrounds. All of them work together to learn and share the beautiful Afro-Haitian culture. Offering a strong mix of classical, new ÉMMECE dance, modern and jazz dance styles, the group believes in the joy and excitement of all types of dance. They create their own language with each project and, in doing so, are willing to take the next step forward with each breath they take. Afro- Haitian culture. Offering a strong mix of classical, modern and jazz dance styles
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