D’un côté, dit-on, il parle de développer l’agriculture.
Il demande aux gens de manger « local » .
De l’autre, le voici qui désigne à la tête du gouvernement un technicien agroéconomiste fervent adepte de l’ultralibéralisme.
Cependant, examinons cette contradiction de plus près et voyons si c’en est bien une.
Certes, Alexis dès le mois de juin 2007 déclarait clairement (un peu trop d’ailleurs) sur les radios nationales que son gouvernement visait l’autonomie alimentaire.
Par contre, il ne me semble pas qu’on ait entendu le mot « autonomie » prononcer par Préval.
Développer l’agriculture oui, il l'a dit.
Mais "développer l'agriculture" reste un terme flou.
Développer l’agriculture. On ne peut qu’être à priori d’accord.
Mais comment ?
Et surtout au bénéfice de qui ?
On peut développer l’agriculture en plantant de la canne pour les agrocarburants.
On peut développer l’agriculture en plantant des fruits ou des légumes destinés à l’exportation.
On peut développer l’agriculture en expropriant de petits cultivateurs pour créer de grandes plantations vouées à l’exportation.
On peut développer l’agriculture en achetant des engrais chimiques, des semences de Mosanto, des tracteurs et en poussant un plus grand nombre de petits cultivateurs à la "bidonvillésation"
Le Burkina Faso, par exemple, à développer l’agriculture.
Obéissant aux injonctions du FMI que je synthétiserais ainsi :
"Pas la peine de produire du riz, vous pouvez l'acheter à meilleur prix ailleurs. Faîtes quelque chose qui vous rendra compétitif sur le marché international. Tiens pourquoi pas des haricots verts ?"
Le Burkina s’est mis à développer la culture d’haricots verts et sa population (pas la minorité qui a investi et qui a eu des subventions pour ce type de production) crève de faim.
http://www.cadtm.org/spip.php?article3269
Rien à voir avec une autonomie alimentaire dont la finalité va à l’encontre des recettes du FMI comme l’exprime l’auteur de cet article :
« Une des solutions serait que l'Etat soutienne très fort son agriculture, la production et la commercialisation -- comme n'ont cessé d'ailleurs de le faire les Etats-Unis et l'Union Européenne - Ce sont eux qui sont aux commandes du FMI et de la Banque mondiale qui n'ont jamais visé que la destruction des agricultures du Sud. Ils commencent aujourd'hui à le regretter avec la famine qui se profile car ils en sont directement responsables - avec la complicité des dirigeants africains, qui, au passage, s'en sont mis plein les poches, fêtant, à intervalles réguliers, leurs ixièmes milliards, dans un pays avant-dernier de l'Indice de développement humain."
http://fr.allafrica.com/stories/200804212048.html
Le budget de l’Etat pour l’agriculture est autour de 4%.
Pensez-vous qu’il soit possible de mettre en chantier une politique d'autonomie alimentaire avec si peu de moyens ?
Non.
Donc il n’y a pas de contradiction entre le « développer l’agriculture » du Président haïtien et la désignation d’un ultralibéral aux commandes du gouvernement.
Bien au contraire.
Il faut y voir une cohérence dans le désengagement de l’Etat.
C’est-à-dire une privatisation de l’agriculture qui passe par une dépendance accrue aux trois grâces (FMI, BM, OMC) et aux investisseurs privés.
Processus résumé par l’auteur de l’article ainsi :
http://fr.allafrica.com/stories/200804212048.html
De plus, le mouvement antinéolibéal haïtien, à l’inverse de ce qui se passe en Amérique Latine, est très faible et peu organisé.
Il est vrai que depuis 1957, il a été soumis à des attaques d'une violence inouïe qui tendent à le dévitaliser.
Dans ce contexte, le terrain est préparé pour qu'un technicien, formaté par les Institutions internationales, soit le profil adéquat pour une application sans états d’âme de la politique agressive de ces institutions.
Le Président a donc fait un choix logique et pas contradictoire pour un sou.
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