Bien avant donc la grande vague de témoignages sur Césaire.
Dans le dit de Guillaume Surena, on sent beaucoup de colère et d'indignation.
Comme s'il se doutait de la récupération à venir et qui fût, au moment de la mort du poète.
Par ceux-là mêmes d'ici et d'ailleurs qui voulaient le tuer à coups de créolité.
On vit, depuis quelques temps, la même dynamique en Haïti avec un groupe similaire de personnes par rapport à la parole indépassable de nos écrivains visionnaires, Jacques Roumain et Jacques Stephen Alexis qu'ils ont décidé de transformer en "icones" d'un passé révolu.
Bien que la réalité haïtienne ne peut être un copié/collé de celle de la Martinique, on retrouve la même volonté chez la classe moyenne de révisionisme pour être accepté dans la "haute demeure".
N'est-ce pas M. Gérard Latortue, ex-Premier ministre anticonstitutionnel, qui en visite à Paris, avait déclaré aux officiels français : "La France ne doit rien à Haïti" ?
C'est-t-y pas beau ça !
Quant à la critique faite par M. Surena aux écrivains de faire une littérature du XIXème siècle en plein XXI ème siècle.
Ca c'est du pareil au même en Haïti.
A croire qu'ils se seraient donnés le mot.
Ou bien échangé recettes et mode d'emploi.
Ou bien appris les mêmes leçons des mêmes maîtres.
Florilèges d'extraits de l'article dans le désordre :
"Ce n’est pas la première fois que les classes moyennes recherchent les faveurs de la caste blanche dominante, mais c’est peut-être la première fois qu’elles pensent avoir des chances de faire la noce de leurs fils chez ces gens-là, dans la « haute demeure »."
"Toute leur littérature consiste à faire le bilan de ce que les créoles ont fait dans ce pays. Ils se sont montrés livre après livre incapables de faire la critique de la notion de créole. Pour résumer : ils écrivent à la fin du XXème siècle et en ce début de XXIème siècle la littérature du XIXème siècle et du début du XXème siècle. Et les éditeurs français soutiennent cette imposture qu’ils n’accepteraient pas d’un français. L’opacité qui nous enveloppe excite l’éternel exotisme des occidentaux."
J'adore cette phrase : " L’opacité qui nous enveloppe excite l’éternel exotisme des occidentaux."
Le lecteur haïtien se souviendra à cette occasion de l'attaque en règle contre le Roi Christophe dans " Royal Bonbon" titre très "ya bon Banania" qui annonce la couleur d'un film qui sous le prétexte de "poésie" décrit un roi Christophe principalement et exclusivement dingue.
Pas même un de ces fous passionnants qui éveillent notre esprit, réchauffent notre âme.
Une des scènes la plus pénible, m'a paru annonciatrice des événements en préparation qui devaient aboutir au désastre de cette commémoration du bicentenaire de l'Indépendance.
C'est celle où l'on voit le personnage du roi Christophe (un fou qui se prend pour le roi) déambulant dans les rues de la ville, suivi et moqué par des enfants en uniforme d'écoliers, chantant l'hymne national.
Il y avait la-dedans un ramassis de paternalisme, de condescendance et de mépris pour l'histoire d'Haïti, pour la culture haïtienne et pour la population dont il était facile (politique du ventre) d'obtenir la participation à ce "ya bon banania".
En plus le film a été tourné sur les lieux mêmes des faits historiques, au Palais Sans Souci.
Et ceci en pleine "dictature aristidienne pire que Duvalier" dénoncée bruyamment par l'auteur du film sur tous les média de France.
J'aurais voulu voir qu'un scénario "passant en bêtise", ridiculisant l'histoire du pays obtienne l'autorisation de tournage, à Trinidad par exemple.
A Cuba, n'en parlons même pas.
Ce film a été primé en France.
Il a été diffusé en 2003, un an avant la commémoration du bicentenaire de l'Indépendance,
"Il y a plus de 35 ans, au début des années 70, une partie de la petite bourgeoisie intellectuelle s’interrogea, avec la gravité de fond de gorge qu’on lui connait depuis, sur la nécessité de faire des békés une bourgeoisie nationale pour bâtir l’Etat martiniquais."
"Les nègres, car c’est toujours contre les nègres que commence toute pensée dans ce pays, devraient « comprendre » les blancs créoles ; ceux-ci ne sont pas responsables du passé de leurs familles. Sauf que, eux, ils revendiquent leurs familles : portraits et albums de photos en témoignent."
J'aime bien ça aussi : "car c’est toujours contre les nègres que commence toute pensée dans ce pays," en Haïti il faut remplacer nègres par pauvres, ce qui est du blanc bonnet/bonnet blanc.
L'article:
http://www.madinin-art.net/socio_cul/guillaume_surena_tous_creole_non_merci.htm
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