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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Un poème à l'intention de Quichottine

Publié par Elsie HAAS sur 22 Août 2008, 09:52am

Catégories : #CULTURE



Le passeur d'eau
Le passeur d'eau, les mains aux rames,
 A contre flot, depuis longtemps,
 Luttait, un roseau vert entre les dents.
Mais celle hélas ! qui le hélait
 Au delà des vagues, là-bas,
 Toujours plus loin, par au delà des vagues,
 Parmi le brumes reculait.
Les fenêtres, avec leurs yeux,
 Et le cadran des tours, sur le rivage,
 Le regardaient peiner et s'acharner,
 En un ploiement de torse en deux
 Et de muscles sauvages.
Une rame soudain cassa
 Que le courant chassa,
 A vagues lourdes, vers la mer.
Celle là-bas qui le hélait,
 Dans les brumes et dans le vent, semblait
 Tordre plus follement les bras,
 Vers celui qui n'approchait pas.
Le passeur d'eau, avec la rame survivante,
 Se prit à travailler si fort
 Que tout son corps craqua d'efforts
 Et que son coeur trembla de fièvre et d'épouvante.
D'un coup brusque, le gouvernail cassa
 Et le courant chassa
 Ce haillon morne, vers la mer.
Les fenêtres, sur le rivage,
 Comme des yeux grands et fiévreux
 Et les cadrans des tours, ces veuves
 Droites, de mille en mille, au bord des fleuves,
Fixaient, obstinément,
 Cet homme fou, en son entêtement
 A prolonger son fol voyage.
Celle là-bas qui le hélait,
 Dans les brumes, hurlait, hurlait,
 La tête effrayamment tendue
 Vers l'inconnu de l'étendue.
Le passeur d'eau, comme quelqu'un d'airain,
 Planté, dans la tempête blême,
 Avec l'unique rame, entre ses mains,
 Battait les flots, mordait les flots quand même.
 Ses vieux regards hallucinés
 Voyaient les loins illuminés
 D'où lui venait toujours la voix
 Lamentable, sous les cieux froids.
La rame dernière cassa
 Que le courant chassa
 Comme une paille, vers la mer.
Le passeur d'eau, les bras tombants,
 S'affaissa morne, sur son banc,
 Les reins rompus de vains efforts,
 Un choc heurta sa barque, à la dérive
 Il regarda, derrière lui, la rive
 Il n'avait pas quitté le bord.
Les fenêtres et les cadrans,
 Avec des yeux béats et grands
 Constatèrent sa ruine d'ardeur,
 Mais le tenace et vieux passeur
 Garda tout de même, pour Dieu sait quand,
 Le roseau vert, entre ses dents.


Emile VERHAEREN, Les Villages illusoires (1895)

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Q
Bonjour...Merci pour ce poème que je ne connaissais pas et que tu me fais découvrir.Il est très beau... Merci pour tout ce qu'il me dit !
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