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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Autour du dernier livre de Lyonel Trouillot (1)

Publié par Elsie HAAS sur 25 Septembre 2008, 09:56am

Catégories : #AYITI ACTUALITES



"Dernier repas de cannibale  »

 Autour du dernier livre de Lyonel Trouillot, Lettres de loin en loin, Une correspondance haïtienne, actes sud.

 Dans les bacs des libraires en France, un livre traîne  goguenard et choque l’entendement tant par sa pestilence et sa désinvolture. Une œuvre puérile qui donne la double  preuve du dilettantisme et de l’indifférence dans  lesquels s’enlise l’intellectuel haïtien, nouvel acteur  autoproclamé dans cet enlisement accru du pays. C’est un  camouflet que s’autorise celui qui est dans tous les débats «intelligents» sur Haïti sur les chaînes  françaises. La sortie du dernier livre de Lyonel Trouillot,publié en France chez actes sud cet été : un affront.

Comment celui qui se fait passer pour le chantre de la  rébellion intellectuelle haïtienne en Europe, surtout en
 France, depuis la célébration de ces fameux 200 ans de la  première République noire, qu’il marqua avec la sortie présomptieuse  de son Bicentenaire, actes sud 2004,  n’hésite pas aujourd’hui à publier son dernier livre
 en collaboration avec son égérie et celle de l’ONU, et  faire par ricochet, l’éloge de l’occupation d’un pays
par un tantinet amoureux « publié » ?
 Il est vrai que cet écrivain engagé hors les murs, ne nie  nullement son attachement aux pouvoirs, politique et
économique, tant par son passé lointain que récent. N’ayant jamais, à quelque occasion que ce soit, hésité  à louer ses services pour aider à alimenter les terreaux  des gouvernants et riches entrepreneurs, de loin en loin orthodoxes, dans un pays où il écrit, gouverne, organise,  collabore en première ligne.

Si par ses anciens livres, jusque-là buvables,  l’écrivain repu de succès, chercherait à aujourd’hui agir par provocation, qu’il en soit bien quiet, il a réussi son coup. Cette fiction bafouillée : un tantinet littéraire qui amenuise l’entendement et proclame l’avènement de l’esprit fatigué.

 Devant ces pages volantes d’une amourette livide d’un  écrivain quinquagénaire qui voudrait avoir vingt ans, nous sommes choqués et déçus ; mais plus déçus encore que choqués de la découverte d’un quelconque sens caché d’effronterie dans ce récit de fortune.

 Nous espérons que l’auteur se ressaisira pour l’an  prochain avec sa nouvelle sortie, comme il est maintenant  prévu depuis 2004, avec succès, dans les kiosques. Ou  s’il le souhaite encore, nous n’ignorons pas son opiniâtreté, continuer à louer les valeurs probantes du  pouvoir hégémonique mondial, de l’argent accompagnant le bien pensant et qui asservit l’esprit ; s’il le souhaite  qu’il concocte encore ses mêmes romans sur l’Etat des lieux exacts, l’éloge de la souffrance ; aligne ses  pamphlets dans les journaux peu orthodoxes ; brasse l’audimat ; saccage l’opinion ; loue les méfaits des dégâts matériels et humains ; répande son goût du malheur et poursuive à sacrifier l’esprit dans le vain  combat de la société du spectacle qui mange à froid les  tribulations d’une île.

 Que Lyonel Trouillot s’ajoute, à sa convenance, dans ce pays sacrifié pendant près de trente ans par un ex-poète, devenu grand dictateur éternel, au rang des béotiens pour acclamer haut et fort «son dernier repas de cannibales»,  nous dérange.

 On n’exige pas d’un écrivain, d’un poète, d’opter  à tout prix pour l’humanisme. L’art humain, la poésie, étant l’estampe fidèle du socii malorum. L’éthique  d’un Knut Hamsun, d’un Céline, reste aujourd’hui  encore à prouver. Mais un poète qui s’inscrit dans l’engagement et se désigne par conséquent grand défenseur de la pensée moderne démocratique, grand  ambassadeur de la pensée progressiste haïtienne, ne peut  se permettre un tel mépris pour un pays qui jusque-là, a  toujours compté sur ses intellectuels, ses artistes pour  faire bonne figure malgré son dévalement continuel dans le rang des nations.


Guy Mondésir

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