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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Edito de Mélodie FM autour de la catastrophe de Nérette

Publié par Elsie HAAS sur 21 Novembre 2008, 10:06am

Catégories : #EFFONDREMENT écoles


CATASTROPHE DE NERETTE
Une question aussi de transfert de technologie !
PORT-AU-PRINCE, 12 Novembre –
Les événements de l’école qui s’est effondrée nous ont permis, mine de rien, d’assister aux difficultés auxquelles se heurte le processus dit de transfert de technologie quand il est appliqué sans suffisamment de préparation.
Nous ne saurions même pas dire d’un monde plus avancé à un autre, étant donné que ce qui marche ici ne marche pas automatiquement ailleurs, tandis que les méthodes traditionnelles n’ont pas forcément dit
leur dernier mot.
Mais les blocs de béton se révélaient infranchissables. Et le bâtiment n’a pas d’autre ouverture que la porte d’entrée principale. Pas de fenêtre. Pas une seule. Pas d’escalier de secours. Insensé ! Ensuite il commençait à faire nuit. Et c’est là qu’on en vient à la nécessité de disposer d’équipements pour suppléer à la bonne volonté de nos jeunes hommes et femmes mais bonne volonté qui a ses limites si elle n’a point d’autre support.
Lundi les recherches ont été abandonnées et la décision a été prise de déblayer les décombres pour
en extraire les derniers cadavres.
Mais tout le monde reste sur un profond sentiment de frustration. Les volontaires haïtiens (et le peuple avec eux) demeurent persuadés qu’ils auraient pu sauver encore des vies.
Les techniciens venus de l’étranger resteront certainement sur l’impression que quelque chose n’a pas tourné rond.
Face à la tâche de dégager les dizaines de corps emprisonnés dans les décombres de l’école « La Promesse Evangélique » qui s’est écroulée vendredi dernier 7 novembre dans le quartier de Nérette, à Pétionville, le gouvernement a obtenu l’aide de techniciens de la Martinique et des Etats-Unis qui sont venus armés d’équipements électroniques et de chiens renifleurs.
Mais ces méthodes modernes n’ont pas obtenu les résultats escomptés. Du moins aux yeux de la population.
Les caméras à infra rouges n’ont détecté aucune vie humaine. Les chiens ont fouiné partout mais sans résultat.
Pourtant les jeunes secouristes haïtiens qui avaient été les premiers à opérer sur les lieux ont juré qu’ils avaient entendu des voix de dessous les décombres et cela 24 heures encore après le terrible accident, soit samedi. D’ailleurs samedi on a dégagé encore 4 enfants vivants, dont une fillette qui portait à peine une égratignure au front. En effet, les volontaires ont eu beaucoup de résultats au début de l’opération. C’est le vendredi, jour de l’accident, que le plus de survivants ont été retirés. Plus d’une trentaine. Ces jeunes gens étaient accourus tout seuls de différents endroits de la commune de Pétionville et de la capitale, et sans attendre qu’on le leur demande, se sont mis à l’oeuvre.
Armés d’instruments de fortune (pelles, piquois, gros marteaux) ou simplement de leurs propres mains, ils ont grimpé sur le toit effondré et ont entrepris, sans peur et sans reproche, de briser l’horrible carcasse à coups de masses.
Après plus d’une heure d’efforts acharnés, des têtes ont commencé à surgir. Suspense. Un premier. Bravo. Il est vivant (ou elle est vivante). Mais le second était déjà mort. Tandis que le troisième était grièvement blessé mais respirait encore. On peut dire que sur chaque dix corps sortis des décombres vendredi, au moins trois étaient toujours en vie.
Jusque-là même les officiels gouvernementaux ne s’étaient encore rendus sur place. Le pays commençait à peine à prendre conscience de l’ampleur du désastre. Cependant la majorité des corps dégagés jusqu’ici sont ceux qui avaient été emprisonnés après l’effondrement des étages supérieurs du bâtiment.Ce fut autre chose d’essayer d’arriver à ceux qui étaient plus en-dessous, principalement les enfants de la classe maternelle. Les volontaires entendaient leur voix crier désespérément de venir à leur secours. d’équipes spécialisées dans le sauvetage post-désastres.
Tôt le lendemain samedi matin, les sapeurspompiers venus de Martinique étaient sur place.
Tout le monde retint son souffle lorsqu’on lâcha dans le bâtiment un chien pit-bull apparemment bien entraîné qui se mit à renifler partout.
Mais quelques minutes après, on apprit que le chien n’avait rien détecté. Comment cela ? Même les enfants dont les secouristes et même des officiels du gouvernement affirmaient la veille qu’on avait entendu leur voix et qu’on avait glissé pour eux de l’eau et de la nourriture.
Un technicien français aurait expliqué que le chien n’avait pas l’habitude de travailler dans un environnement aussi survolté et bruyant et que l’animal était confus.
Voilà !
Quant aux équipements électroniques audio, vidéo et co. amenés aussi par des experts américains de Virginie, ils n’ont eux non plus accompli aucun miracle.
Même quand samedi après-midi, le fameux volontaire haïtien nommé Ronaldo arrivait encore à sortir un enfant vivant des décombres. Ce fut le dernier.
Mais pendant ce temps, les mêmes jeunes volontaires qui la veille avaient sauvé plus d’une trentaine de personnes d’une mort certaine, piaffaient d’impatience. Ruaient dans les brancards. Ils protestaient même violemment d’avoir été tenus à l’écart depuis l’arrivée des techniciens étrangers.
D’autant que ces derniers n’obtenaient aucun résultat. A la vérité, on est passé trop brutalement d’un extrême à un autre – d’un côté ces jeunes haïtiens armés de leur seule volonté mais capables de faire des miracles et cela depuis des générations, et de l’autre une technologie de pointe mais appliquée dans un environnement qui n’était pas prévu.
La première chose que les étrangers ont demandé une fois sur place, c’est où est le plan de la maison ?
Voilà pourquoi la presse étrangère répète à l’envi que le pasteur propriétaire directeur de l’école « La Promesse évangélique » avait construit lui-même son établissement.
De plus, les matériaux qui ont été utilisés dans la construction ne valent rien. Et selon des jeunes du voisinage, c’est peut-être le niveau trop élevé des décibels du système stéréo (c’était jour de fête vendredi à l’école, ce qu’on appelle « jour de couleurs », une sorte de « prom » et on avait fait venir un DJ) qui aurait pu provoquer un ébranlement de tout l’édifice …
En tout cas, voilà une démonstration fort symbolique de la difficulté d’utilisation de technologies importées sans avoir pris le temps de les adapter un tant soit peu aux conditions du milieu.
Naturellement personne n’aurait aimé que cela se passe dans de telles conditions.
Mais la leçon est néanmoins à retenir.
Car il n’y a pas que le pit-bull à y perdre son latin !

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