La mésinterprétation, volontaire ou pas, des paroles de M. Manning, Premier ministre de Trinidad, vient souligner cruellement ce douloureux déficit d’éducation chez les Haïtiens.
Les gens qui ont fait des études -ou en tous les cas prétendent en avoir fait- ne sont pas les derniers à propager des âneries.
L’image d’un pays, c’est d'abord celle que donne à voir ses élites.
Les élites haïtiennes semblent, bizarrement, tirer une jouissance particulière de ce qu’elles appellent, « le paradoxe haïtien ».
Ce « paradoxe haïtien » se décline, par exemple, comme suit :
-Première République Noire indépendante dans le monde/Pays refusant de célébrer le bicentenaire de son indépendance -Pays possédant le + d'écrivains dans la Caraïbe/Pays possédant le + haut taux d'analphabétisme dans la Caraïbe - Pays dont la population est à 90% créolophone/ Pays où la majorité des écrivians écrivent en français. -Première révolution anti-esclavagiste ayant réussie dans le monde/Unique Pays possédant des restavek et des "esclaves" dans les bateyes de la RD. - Pays le plus pauvre de l'hémisphère ouest/Pays possédant le + de millionaires dans la Caraïbe. - Pays où les agriculteurs ont un savoir faire le + évolué dans la Caraïbe/ Pays qui importe ses fruits et légumes.
La liste de ces "paradoxes" étant très longue, arrêtons-nous là.
Que montre ces quelques exemples du « paradoxe haïtien » ?
La première chose qui saute aux yeux c’est que cette liste reflète l'existence d' au moins 2 réalités différentes qui s'opposent.
La deuxième observation c’est que, ce soit disant paradoxe semble avoir bien des points communs avec ce qu'ailleurs, sous d'autres cieux, on n'hésiterait pas à considérer comme une histoire violente d’exploitation et de survivance de la société coloniale.
Si vous réfléchissez, à chacun de ces fameux paradoxes, vous vous apercevez que chacun d’eux reflète l’histoire de ce pays, qui s’est construite à partir de l’indépendance, de l’assassinat de Dessalines sur la marginalisation du plus grand nombre par une minorité.
La marginalisation du plus grand nombre/ Captation des ressources matérielles et intellectuelles par un petit nombre.
Ca, ce n'est pas un paradoxe.Mais purement et simplement, une lutte de classes.
Pardon du gros mot pas tout à fait aussi joli et élégant que le mot d'ordre révolutionnaire, grenn-nanbounda
Mais c'est Warren Beaty, en personne, lui-même, financier milliardaire des USA, gourou du monde économique international qui a déclaré : "La lutte des classes existe bien ...et c'est mon camp qui l'a gagné."
Tout au long de l’histoire d’Haïti, c’est cette marginalisation présentée sous la forme de « paradoxe » qui se poursuit.
François Duvalier est l’un parmi les présidents d’Haïti, dont la politique a le mieux incarné cette mystification dite "paradoxe haïtien"
Président noiriste/ Population Noire maintenue dans l’analphabétisme.
Président intellectuel/ Création des tontons macoutes qui répriment d'abord les intellectuels.
Président nationaliste/ Ouverture de l’économie à la mafia. Utilisation des finances de l’Etat à des fins personnelles.
Président défenseur des intérêts du peuple/ Vente sous contrat des travailleurs haïtiens aux planteurs de la RD, population abandonnée à la misère, analphabétisme, absence de soins, etc.
La plupart des hommes/femmes politiques haïtiens, des intellectuels qui traficotent depuis 1986 ont été éduqués à partir de valeurs prônant l'exploitation, le non-respect du peuple, la violence physique et verbale, la loi du plus fort, le mépris de la démocratie, l'intolérance, la délation, les affabulations, etc.
Ces valeurs sont les leurs. Ils/Elles les ont intégrées depuis l'enfance, en même temps qu'ils ont appris par coeur sur les bancs de l'école, les oeuvres essentielles de leur titanesque et nasillard maître à penser.
C’est pourquoi, + de 50 plus tard, il leur est impossible de rompre avec la papadocratie. Rompre avec l'idéologie et les valeurs de la papadocratie, serait remettre en question toute une partie de leur vie, de leurs croyances, de leurs manières de fonctionner, etc. C'est comme si on demandait à un drogué, de rompre brutalement avec ses habitudes. Sans l'apport d' une structure de soutien psychologique, affectif et matériel, le drogué retournera, comme le cheval à l'écurie, à sa drogue. De même pour les héritiers de la papadocratie.
En Haïti
Je pense donc je suis
A été remplacé par
Je suis lettré donc j’ai raison
Quand on voit, à partir de ce syllogisme, ce que ces lettrés élevés à la sauce du papadocquisme - école et universités borlettes, enseignants macoutisés suite à l'exil d'une majorité de cadres- ont fait d’Haïti.
Eh bien, on pourrait ajouter à la liste des paradoxes, celui-ci:
Un pays où les lettrés sont censés omniscients/ Un pays où les sciences de l'éducation brillent par leur absence.
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