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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Les enfants de Don Quichotte ont du boulot sur la planche… ! (suite)

Publié par Elsie HAAS sur 11 Janvier 2007, 15:37pm

Voici la suite de l'entretien avec Mike Davis concernant  ce qu'il appelle la "favélisation mondiale" sujet de son livre: PLANET OF SLUMS ( Une planète de bidon villes)
Cette favélisation est ce qui attend toutes les villes des pays du Sud si ces pays continuent à  foncer tête baissée dans une politique de logement qui méprise les besoins des habitants défavorisés.
 Ce que dit Davis: "Rio pourrait congeler les loyers et les valeurs de la propriété dans la favela, enlever la police et inviter les citoyens à poursuivre leurs rêves. Un bidonville converti en étude de cas, où les architectes et les urbanistes entrent et sortent, mais laissent le pouvoir de décision entre les mains des habitants. " pourrait parfaitement s'appliquer à Cité Soleil où il  existe une énergie créatrice extraordinaire. Les habitants de ces quartiers péfèreraient  assurément exprimer cette créativité et collaborer avec architectes et urbanistes pour améliorer leurs conditions de vie plutôt que  d'abriter des gangsters et des policiers.



Favelisation mondiale (2)


FSP - Comment expliquez-vous le paradoxe, présenté dans votre livre, de la croissance des villes du Tiers Monde malgré leur déclin économique ?

Davis - Personne ne peut expliquer totalement ce paradoxe, mais la réponse simple est la subdivision de la pauvreté - ce que j’appelle "involution urbaine". Au fur et à mesure que les personnes s’entassent dans des niches de survie informelle - travailleurs ambulants, journaliers, de la prostitution, des services domestiques, petits criminels, etc. - plus la masse devient pauvre. Je sais que [l’économiste péruvien Hernando] de Soto et autres populistes néo-libéraux croient que la micro-entreprise peut faire des miracles, mais cela n’est vrai que dans des cas isolés. Il sera toujours possible de trouver des mendiants devenus millionnaires, mais il ne faut pas négliger le nombre infiniment supérieur de personnes qui, hier, étaient ouvriers et employés publics et qui, aujourd’hui, sont des mendiants. A l’échelle macro, on ne saurait établir que l’économie informelle est un moteur de croissance ou un avenir viable pour les pauvres de la ville. Mon livre fait valoir, par contre, que les recherches montrent une convergence dangereuse des coûts croissants du logement (la fin de la frontière et de la terre occupable) avec la sursaturation de secteurs économiques informels (le problème de l’"involution"). Qu’arrive-t-il alors ? Le pire exemple est celui de Kinshasa (Congo, ex-Zaire), une ville de grand esprit, mais dans des conditions indescriptibles de négligence, où les enfants sont laissés dans la rue parce que les familles ne peuvent plus avoir un niveau minimal de survie.

FSP - Vous citez un programme de l’administration du PT à São Paulo pour montrer l’échec de la politique soutenue par la Banque mondiale (Bird) en vue d’améliorer les favelas. Pourquoi ce chemin n’est-il pas viable ?

Davis - Les recommandations contemporaines en matière d’habitat et de développement économique adorent une stratégie "de parfumerie". En laissant de côté les nombreux exemples où des "favelas-modèle" financées par la Bird sont devenues tout sauf un modèle, les succès de cette stratégie sont presque insignifiants à l’échelle macro : à ce rythme, cela prendrait des siècles pour atteindre la justice face au logement et au pouvoir. Dans le meilleur des cas, la Bird et les gouvernements réformistes fournissent seulement les ressources suffisantes pour promouvoir la mobilité économique d’une petite fraction de la classe travailleuse : récompenser des membres du parti, coopter de possibles activistes et gagner la prochaine élection (ou donner à des ONG collaboratrices des lettres de créance à restituer à leurs donneurs). C’est un monde de petites usines à philanthropie et d’aide mutuelle, qui font difficilement progresser la société.

FSP -. Malgré le vaste spectre idéologique des gouvernements du Tiers Monde, il semble que vous n’ayez pas trouvé de politique de logement efficace. C’est un signe de faillite partagée entre la gauche et la droite, ou la faute revient surtout au capitalisme globalisé ?

Davis - Je suis bien embarrassé pour répondre. La solution - dans l’abstrait tout au moins - doit être un système qui préserve tous les éléments créatifs de l’autoconstrution avec une augmentation radicale de l’investissement social (sous forme d’achat de matériaux, de services d’ingénierie et de développement d’infrastructures). Il n’y a nulle part aucune manière pratique de résoudre la crise urbaine sans une véritable imposition progressive, sans contrôle de l’inégalité et de la consommation ostentatoire et sans maîtrise draconienne de la spéculation immobilière. Cela s’est produit à Cuba au début (ensuite dévié par la croissante dépendance des modèles soviétiques et par l’embargo américain) et se produit aujourd’hui à Caracas, d’une certaine manière. Je peux me tromper, mais je ne crois pas que le PT (parti des travailleurs de Lula) se soit jamais prononcé en faveur de la volonté de faire une réforme fiscale radicale ou de limiter les privilèges des riches.

FSP - Vous montrez que la "manhattanisation" (verticalisation) des premières favelas de Rio de Janeiro procède d’une tendance mondiale au manque d’espaces dans les métropoles. Quels problèmes - sociaux et écologiques - cela cause-t-il ?

Davis - La densification est positive parce qu’environnementalement efficace. Elle est mauvaise quand elle s’accompagne de l’éparpillement et de la destruction de l’espace vert et des poumons de la ville. Rio et Istanbul sont des exemples fascinants où des favelas d’en bas et la "gecekondus" sont devenus des archipels de mini-Manhattans. C’est un défi pour le planificateur et l’architecte : la favela qu’on voudrait faire monter vers le ciel. Les problèmes sont immenses, mais les opportunités aussi. Toutes les villes ont besoin d’un laboratoire de l’avenir - un quartier où des enfants, des poètes et des utopistes puissent jouer avec l’avenir. Rio pourrait congeler les loyers et les valeurs de la propriété dans la favela, enlever la police et inviter les citoyens à poursuivre leurs rêves. Un bidonville converti en étude de cas, où les architectes et les urbanistes entrent et sortent, mais laissent le pouvoir de décision entre les mains des habitants. Avec le temps, les personnes vont développer des solutions et des projets fantastiques, que les autres pourront répéter ou améliorer. Peut-être même les riches seraient alors tentés de sortir de leurs complexes résidentiels fortifiés.

FSP - Selon vous, le racisme a eu un rôle important pour définir qui habite où. Quelle est l’importance de la discrimination raciale dans la "favelisation" ?

Davis - La race, toujours. Mais les bidonvilles, précisément à cause de leur énergie inter-raciale et interculturelle, sont les dynamos de notre culture planétaire. À Los Angeles, les industries de la musique et de la mode maintiennent des espions dans les ghettos et les "quartiers" pour identifier les tendances qui vont éventuellement s’éparpiller parmi les faubourgs et les classes moyennes. En outre, la sensibilité de la diaspora noire structure le sentiment envers la jeunesse pauvre urbaine (et de nombreux riches) dans des villes de presque partout. Les favelas et les taudis sont incroyablement locaux et paroissiaux, mais ils sont aussi universels.

Source : Folha de Sao Paulo

Traduction : Etienne Henry


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