Cet article a été écrit par Pierre Mouterde, le 16 janvier. Cet article est arrivé comme une bénédiction pour calmer la colère face à la propagande anti-Haïti qui envahit la télé et les radios, ici en France. La marée de contre vérités, de clichés, de mensonges déversés dans les media pour occulter tout simplement une réalité intangible, incontournable, sûre et certaine, celle qui montre que l'ancienne mère patrie : la France, les puissances occidentales, et les USA au premier rang, ont tout fait de 1804 à aujourd'hui pour miner les bases de la construction de ce pays.
Les zentellectuels haïtiens, ceux qui ont fait de la propagande pour le "dechoukaj(déracinement) de la dignité" en 2004, ont repris du service sur les radios de France et de Navarre, France inter, France Culture, RFI,..Ce sont les mêmes têtes de gondole invitées à expliquer comment les Haïtiens sont nuls, incompétents,etc. C'est triste mais il faut constater que se sont les penseurs occidentaux, qui n'ont rien à perdre ni à gagner , tels que par exemple, Chomsky, Chossudovsky, Naomi Klein, pour les plus connus, qui sont capables d'apporter une autre version que celle de l'histoire unique et manichéenne que les zentellectuels haïtiens francophones et primés diffusent sur les ondes.
Ce qui fait que les zentellectuels de 2004, le lobby puissant des GNBI$$$, les Groupe 184, Collectif NON, Collectif 2004, les duvaliéristes endurcis, même s'ils sont revenus 5 ans après avec le même package d'idées à "vendre", ne sont plus aussi frais. Ils n'ont plus, en France du moins, face à eux le public désinformé de 2004, prêt à croire aux ragots diffusés par ces "belles âmes" . Il suffit d'un clic sur google pour avoir accès à une pluralité de discours sur Haïti, dont ce regard de M. Pierre Mouterde.
Regard biaisé
Catastrophe naturelle ?
Une catastrophe n’est jamais une catastrophe en soi, et si ce tremblement de terre est bien une catastrophe naturelle, avec ces 7 degrés à l’échelle de Richter et son épicentre situé à moins de 10 kilomètres d’une capitale de près de 4 millions d’habitants, il n’en demeure pas moins qu’elle est aussi indéniablement sociale et politique. Ses effets ont été renforcés démultipliés par tout ce qu’était déjà Haïti : économie exsangue, État anémique, pauvreté endémique, infrastructures chancelantes, etc.
Et qu’on n’aille pas, pour se dédouaner, nous dire que si Haïti est restée pauvre, elle le doit surtout à ses élites, égoïstes, rapaces et corrompues incapables d’investir ou de s’impliquer généreusement dans leur propre pays. Car si ces dernières sont effectivement de cette eau et continuent à empiler outrageusement richesses et privilèges, elles n’y sont parvenues que grâce aux complicités actives des grandes puissances (USA, Canada, France, Brésil, etc.) qui président d’une manière ou d’une autre au destin de ce pays, très directement au moins depuis juin 1994, lors du retour d’Aristide contrôlé par l’administration étatsunienne de Bill Clinton.
Alors ne vous faites pas trop d’illusions quand même, si vous voyez ce dernier –visage amène-- prendre en charge pour les États-unis les secours à Port-au-Prince ! Et si l’on peut bien sûr, vibrer à cette campagne spontanée d’aide d’urgence à laquelle tant d’entre nous ont répondu si généreusement, il reste à ne pas oublier les implacables rapports de force sociopolitiques qui sous-tendent les intentions de nos gouvernements. Certes Barack Obama met le paquet, poussé peut-être en cela par ses origines africaines, mais il le fait aussi –real politique oblige—parce qu’on craint aux USA comme la peste ces « boat people » qui ne manqueraient pas de débarquer massivement sur les côtes de la Floride et auxquelles il serait bien difficile de refuser –dans de telles conditions—le statut de réfugié.
La dépendance maudite
Et au-delà, que faire ? Devant une telle dévastation, tout paraît devoir être reconstruit et les plus clairvoyants parlent déjà d’une sorte de plan Marshall pour Haïti. D’évidence, on aura besoin de moyens financiers considérables dont, soit dit en passant, on se surprend à voir comment maintenant on paraît soudainement les trouver, alors que dans le passé tant de fois Haïti a frappé des murs à ce sujet. Mais au delà, il reste à répondre à une question autrement compliquée : comment profiter du défi de la reconstruction pour briser cette dépendance maudite ? Car s’il y a une malédiction, elle gît là et seulement là.
Au-delà même de cette aide d’urgence si vitale à faire parvenir aujourd’hui, aider Haïti c’est en effet s’attacher à promouvoir un type d’aide et de développement radicalement différent. Un type d’aide qui voudrait rompre avec la dépendance et chercherait moins à pactiser avec les élites enrichies du pays qu’à s’appuyer sur les formidables ressources d’un peuple oublié et appauvri. Un peuple qui s’est jusqu’à présent toujours senti « d’en dehors » justement parce qu’il n’a jamais été vraiment pris en compte par ses élites et les puissances occidentales. Comme s’il n’existait pas ! Lui qui pourtant n’a cessé de vivre et résister dans un contexte si difficile, et aujourd’hui s’acharne à survire dans les conditions les plus tragiques. Oserons-nous faire confiance à ce tissu d’organisations paysannes, syndicales, communautaires, à ces ONGs de base qui n’on cessé de se développer en son sein et à partir desquelles il tente, depuis si longtemps, de s’auto-organiser et de se faire entendre, d’exister tout simplement ? Oserons-nous soutenir un développement pensé à partir d’en bas, à partir de lui ? Oserons-nous enfin ? Aimer Haïti, ce n’est rien d’autre que cela !
Pierre Mouterde
Québec, le 16 janvier 2010
Auteur de Apre bal tanbou lou, 5 ans de duplicité américaine en Haïti (91-96), Paris, Austral 96 (en collaboration avec Christophe Wargny); Pour une philosophie de l’action et de l’émancipation, Montréal, Écosociété, 2009.
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