Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Aimer Haïti…

Publié par Elsie HAAS sur 19 Janvier 2010, 10:14am

Catégories : #AYITI SEISME

 Cet article a été écrit par Pierre Mouterde, le 16 janvier. Cet article est arrivé comme une bénédiction pour calmer la colère face à la propagande anti-Haïti qui envahit la télé et les radios, ici en France. La marée de contre vérités, de clichés, de mensonges déversés dans les media pour occulter tout simplement une réalité intangible, incontournable, sûre et certaine, celle qui montre que l'ancienne mère patrie : la France, les puissances occidentales, et les USA au premier rang, ont tout fait de 1804 à aujourd'hui pour miner les bases de la construction de ce pays.

Les zentellectuels haïtiens, ceux  qui ont fait de la propagande pour le "dechoukaj(déracinement) de la dignité" en 2004, ont repris du service sur les radios de France et de Navarre, France inter, France Culture, RFI,..Ce sont les mêmes têtes de gondole invitées à expliquer comment les Haïtiens sont nuls, incompétents,etc.  C'est triste mais il faut constater que se sont les penseurs occidentaux, qui n'ont rien à perdre ni à gagner , tels que par exemple, Chomsky, Chossudovsky, Naomi Klein, pour les plus connus, qui sont capables d'apporter une autre version que celle de l'histoire unique et manichéenne que les zentellectuels haïtiens francophones et primés diffusent sur les ondes.

Le grand malheur qui a frappé le peuple haïtien a permis, paradoxalement,  d'éclairer sur des réalités occultées et/ou déformées. Même si les zentellectuels haïtiens "nègres d'exception" squattent les média et y déversent généralement ce que la pensée unique et officielle occidentale autorise à dire, internet joue un rôle formidable qui permet de contrer cette propagande anti-Haïti, pro-colonisation positive. Sur de nombreux  sites en anglais, espagnol, français et même arabe, sont repris  des résumés de l'histoire d'Haïti de 1804 à aujourd'hui, les rapports de force entre la jeune République noire et les puissances esclavagistes, l'occupation américaine, etc., y sont décrits de manière objective. Et surtout, sont mis en avant l'appui constant  des occidentaux aux dictatures, de même que leur  lutte constante contre tout ce qui s'approche de près ou de loin à de la démocratie, c'est-à-dire au droit du peuple haïtien à choisir ses dirigeants et la politique qui lui paraît la plus adéquate au développement de son pays.

Ce qui fait que les zentellectuels de 2004, le lobby puissant  des GNBI$$$, les Groupe 184, Collectif NON, Collectif 2004, les duvaliéristes endurcis,  même s'ils sont revenus 5 ans après avec le même package d'idées à "vendre", ne sont plus aussi frais. Ils n'ont plus, en France du moins, face à eux le public désinformé de 2004, prêt à croire aux ragots diffusés par ces "belles âmes" . Il suffit d'un clic sur google pour avoir accès à une pluralité de discours sur Haïti, dont ce regard de M. Pierre Mouterde.

Il est des événements qui par leur impact et les déluges de réaction médiatiques qu’ils suscitent, forcent à s’arrêter, obligent à « garder la vue qui porte au loin ». Ne serait-ce que pour échapper à la fascination des images qui tournent en boucle ou des émotions brutes qu’elles emportent avec elles. Tel pourrait bien être le cas du terrible tremblement de terre qui vient de dévaster Haïti. Oui ! : garder la vue qui porte au loin; non pas pour oublier ou se détourner, mais justement pour aimer, aimer mieux Haïti…

 


Cela ne veut pas dire évidemment qu’il faille s’enfermer dans sa tour d’ivoire ou vaquer à ses occupations comme si de rien n’était. À fortiori quand on a pu- ainsi que j’en ai eu la chance—vivre en Haïti, participer à ses rêves de seconde indépendance, travailler au Palais national. Ce Palais national aujourd’hui défait, et dont les dômes d’un blanc immaculé se sont brutalement effondrés, broyant tout sous leur passage, jusqu’à ces vestiges de grandeur et dignité qu’ils incarnaient envers et contre tout. Sous fond de grisaille, de poussière et de dénuement, quel symbole !

 


Qui --à vivre en Haïti et à se confronter aux contradictions que ce petit pays ne cessait de lui renvoyer-- n’a pas fini par s’y sentir profondément attaché ? Sous le soleil lumineux du Sud, ce mélange d’insouciance et de tragédies, de dignité et de défaites, de chaleureuses proximités mais aussi d’incompréhensibles distances. Tout indissolublement lié : « Haïti chérie » !

 


Plus de 50 000 morts, 80 % des édifices détruits, peut-être un million de sans abris… la mort, la faim, la peur, comme titrait à la une Le Devoir, il n’est pas difficile de se laisser aller à imaginer…

 

 

Regard biaisé

Mais d’abord ce qu’il ne faudrait jamais oublier : ce regard biaisé qui est le nôtre et duquel il est si difficile de se déprendre; ici et maintenant, au prisme des images télévisuelles, ce regard de « blancs », de « gens du  Nord » qui nous appartient en propre et qui n’échappe que difficilement aux logiques institutionnalisées de la dépendance et de l’inégalité. Qui resterait aveugle à ce facteur déterminant ? Par exemple quand on réalise comment René Préval, le président en exercice du pays, après avoir lui-même échappé de près à la mort, se retrouve à essayer de gérer un pays en état de choc, du fond d’un petit commissariat de police, sans rien, sans même l’aide de la Minustha, elle-même déstabilisée, à la merci complète de la bonne (ou mauvaise !) volonté de puissances étrangères. Ou quand on apprend que George Anglade, ex ministre, en fut réduit à appeler sur son portable des amis de Montréal pour qu’on vienne –en vain!-- le sauver sous les décombres de sa maison de Port-au-Prince. Ou encore quand on découvre à peine deux jours après la catastrophe que l’aéroport est passé tout naturellement sous contrôle militaire américain. Sans même parler de cette profusion d’images que seuls, depuis le Nord, nous avons le privilège de multiplier et de faire circuler massivement. Comme si la découverte de la réalité du malheur des Haïtiens ne dépendait que du pouvoir virtuel de nos propres images. Si Haïti est le pays le plus pauvre de l’hémisphère, s’il est à ce point dépossédé de lui-même, il l’est aussi parce que s’y sont perpétuées –sous l’égide d’un colonialisme tenace et revanchard—d’implacables politiques de dépendances économiques. Des politiques qui durent encore aujourd’hui et qui expliquent pour une part non négligeable l’état du pays… ainsi que –par contre coups-- la façon dont nous le regardons !

 


 

Catastrophe naturelle ?

Une catastrophe n’est jamais une catastrophe en soi, et si ce tremblement de terre est bien une catastrophe naturelle, avec ces 7 degrés à l’échelle de Richter et son épicentre situé à moins de 10 kilomètres d’une capitale de près de 4 millions d’habitants, il n’en demeure pas moins qu’elle est aussi indéniablement sociale et politique. Ses effets ont été renforcés démultipliés par tout ce qu’était déjà Haïti : économie exsangue, État anémique, pauvreté endémique, infrastructures chancelantes, etc.


Et qu’on n’aille pas, pour se dédouaner, nous dire que si Haïti est restée pauvre, elle le doit surtout à ses élites, égoïstes, rapaces et corrompues incapables d’investir ou de s’impliquer généreusement dans leur propre pays. Car si ces dernières sont effectivement de cette eau et continuent à empiler outrageusement richesses et privilèges, elles n’y sont parvenues que grâce aux complicités actives des grandes puissances (USA, Canada, France, Brésil, etc.) qui président d’une manière ou d’une autre au destin de ce pays, très directement au moins depuis juin 1994, lors du retour d’Aristide contrôlé par l’administration étatsunienne de Bill Clinton.

Alors ne vous faites pas trop d’illusions quand même, si vous voyez ce dernier –visage amène-- prendre en charge pour les États-unis les secours à Port-au-Prince ! Et si l’on peut bien sûr, vibrer à cette campagne spontanée d’aide d’urgence à laquelle tant d’entre nous ont répondu si généreusement, il reste à ne pas oublier les implacables rapports de force sociopolitiques qui sous-tendent les intentions de nos gouvernements. Certes Barack Obama met le paquet, poussé peut-être en cela par ses origines africaines, mais il le fait aussi –real politique oblige—parce qu’on craint aux USA comme la peste ces « boat people » qui ne manqueraient pas de débarquer massivement sur les côtes de la Floride et auxquelles il serait bien difficile de refuser –dans de telles conditions—le statut de réfugié.

 

La dépendance maudite

Et au-delà, que faire ? Devant une telle dévastation, tout paraît devoir être reconstruit et les plus clairvoyants parlent déjà d’une sorte de plan Marshall pour Haïti. D’évidence, on aura besoin de moyens financiers considérables dont, soit dit en passant, on se surprend à voir comment maintenant on paraît soudainement les trouver, alors que dans le passé tant de fois Haïti a frappé des murs à ce sujet. Mais au delà, il reste à répondre à une question autrement compliquée : comment profiter du défi de la reconstruction pour briser cette dépendance maudite ? Car s’il y a une malédiction, elle gît là et seulement là.


Au-delà même de cette aide d’urgence si vitale à faire parvenir aujourd’hui, aider Haïti c’est en effet s’attacher à promouvoir un type d’aide et de développement radicalement différent. Un type d’aide qui voudrait rompre avec la dépendance et chercherait moins à pactiser avec les élites enrichies du pays qu’à s’appuyer sur les formidables ressources d’un peuple oublié et appauvri. Un peuple qui s’est jusqu’à présent toujours senti « d’en dehors » justement parce qu’il n’a jamais été vraiment pris en compte par ses élites et les puissances occidentales. Comme s’il n’existait pas ! Lui qui pourtant n’a cessé de vivre et résister dans un contexte si difficile, et aujourd’hui s’acharne à survire dans les conditions les plus tragiques. Oserons-nous faire confiance à ce tissu d’organisations paysannes, syndicales, communautaires, à ces ONGs de base qui n’on cessé de se développer en son sein et à partir desquelles il tente, depuis si longtemps, de s’auto-organiser et de se faire entendre, d’exister tout simplement ? Oserons-nous soutenir un développement pensé à partir d’en bas, à partir de lui ? Oserons-nous enfin ? Aimer Haïti, ce n’est rien d’autre que cela !

 


Pierre Mouterde

Québec, le 16 janvier 2010

Auteur de Apre bal tanbou lou, 5 ans de duplicité américaine en Haïti (91-96), Paris, Austral 96 (en collaboration avec Christophe Wargny); Pour une philosophie de l’action et de l’émancipation, Montréal, Écosociété, 2009.

 

 

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents