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Bernard Honorat Gousse
Le malheur de l’Homme, écrivait Frantz Fanon, est d’avoir été enfant. L’avènement au pouvoir de Michel Martelly, en tant que « chef suprême », est l’aboutissement d’un cheminement sordide emprunté dès l’âge de 15 ans, lorsqu’il s’est enrôlé dans le corps des Tontons Macoutes. Après un bref détour à l’Académie Militaire, Martelly a pu donner libre cours à ses pulsions homicides en participant aux exactions des Escadrons de la Mort, pendant la période du coup d’Etat de 1991. Enfant gâté de la pègre duvaliériste et grand manipulateur de drogues dures, Sweet Micky essaie désespérément de se refugier sous le masque transparent de Martelly. Dans la chaleur de l’été, il sue de grosses gouttes de sang et de crack liquide. « On pouvait me remarquer la nuit, certes, mais je ne portais pas de cagoule… » Pas si vite. Pas de conclusion hâtive, s’il vous plaît. Cette confession n’est pas de Micky Martelly. On pourrait facilement s’y tromper. Elle vient plutôt de son Premier ministre désigné Bernard Gousse. Le Ministre de la justice de Gérard Latortue procédait personnellement à des arrestations nocturnes pour le « bien » et la « protection » de ses victimes. « Qui veut faire l’ange fait la bête. » Avocat de son état, M. Gousse s’enfonce nuit après nuit dans les fanges de la culpabilité. Sa diction de robot cynique se perd dans l’engrenage des contra/dictions. A chaque fois qu’il ouvre la bouche, c’est un tortionnaire qui parle. Voilà ce que, candidement, il a confié à la Presse au sujet de l’arrestation, en mars 2004, de l’ancien Ministre et actuel Sénateur Jocelerme Privert : « …Si nous l’avions relâché et laissé retourner dans la nature, sa sécurité ne serait pas assurée. Je lui ai donc dit que le seul endroit où je pourrais assurer sa sécurité, c’était au Pénitencier national. » Vrai/ment ? « Retourner dans la nature » ? Eh, oui. La jungle. Homo homini lupus. L’État sauvage de Latortue (mieux connu sous le sobriquet inquiétant de « Gros Gérard »). Sa crédibilité réduite en lambeaux par les coups de boutoir de la Presse, Bernard Gousse n’a pas voulu déposer à temps ses pièces à la Chambre. Tergiversations. Dilatoires attentatoires à l’attente des habitants de la République des tentes. Trouver un terrain d’entente ? Impossible. Il tue le temps. Il prend son sang en attendant la sûre motion de censure. Il cherche partout des pièces et accessoires de rechange pour sa machine à remonter le temps. Un bataclan hétéroclite pour violateur récidiviste. Rétroviseur à miroir déformant. Œillères. Vitres tintées pour masquer les malversations. Chapeaux de roue. Crazy Glue pour rapiécer les songes et les mensonges d’une nuit d’été. Boîte à gants pour mandats d’arrestation illégale. Mandats de comparution aux Pompes funèbres Paret Pierre-Louis, au cimetière ou aux fosses communes. Certificats de décès du docteur en Droit de vie et de mort. Tapis couleur rouge/sang. Plumes de colombe pour oiseaux de mauvais augure et pintades pris au piège. Miroir aux alouettes. Kit de maquillage. Faux cils, sourcils et moustaches de bandit. Pare-chocs. Radio FM, haute fidélité à la cause perdue d’avance. Emetteur de fumée rose. Journal intime. Antennes haute fréquence. Courroies de transmission et de distorsion des faits réfractaires. Différentiel. Chocs absorbeurs. Vilebrequin. Bielle-manivelle. Compresseur. Pinces coupantes des vérités embarrassantes. Feu arrière. Bougies d’allumage pour arrestations nocturnes. « La mémoire, c’est la faculté d’oublier » répétait à tue-tête le prof de philosophie. Oublier les détails pour retenir l’essentiel. Pourtant, c’est l’impunité totale qui a été décrétée d’Utilité Publique en Haïti. Bernard Gousse aurait pu continuer à en profiter en toute tranquillité. Mais voilà que derechef il s’est mis en tête de devenir Chef de gouvernement. Nouvelle mission et promotion en 2011 après la démission forcée en 2005 pour excès de zèle dans la chasse aux sorcières. En vol de première classe, l’épouvantable réputation de Bernard Gousse a fait le tour du monde. De WikiLeaks à MickyLeaks, nouveau scandale international. Levée de boucliers. Quand on a tant de boucles d’oreilles chez l’orfèvre, il vaut mieux se faire oublier. On connaissait le côté salaud/sado de Bernard Gousse sous Latortue. Maintenant, il révèle son côté salaud/maso dans le goulot d’étranglement du gros bozo. « Mon père, c’est mon père et moi, c’est moi » a confié Bernard Gousse au journal Le Matin. Il voulait astucieusement se démarquer du lourd héritage politique de Pierre Gousse, ancien Ministre de l’Information de Baby Doc. En réalité, Bernard Honorat Gousse est un réactionnaire beaucoup plus coriace que son père Pierre Gousse. De père en paire, B. Gousse a ajouté au dossier de ses affiliations macoutiques ses deux oncles : Lamartinière et Jean-Jacques Honorat. Mamma mia ! Ces détails intéressants permettent de mieux cerner le profil inquiétant du personnage. On ne devient pas B. Gousse par accident. Le malheur de Bernard, c’est d’avoir été Honorat Gousse. Au lieu de se démarquer de son héritage macoutique, il devrait plutôt l’embrasser. Là au moins, il pourrait trouver des circonstances atténuantes. Les liens de sang ? Evidemment, on ne saurait tenir Bernard Gousse pour responsable des crimes et des convictions politiques de ses parents. Ce qu’on lui reproche surtout, c’est d’avoir réussi à excéder leurs exactions. La persistance dans la voie sanglante du macoutisme pur et dur. Et, il ne semble pas vouloir s’arrêter. Avec Micky Martelly, c’est déjà la catastrophe. Le pays ne peut pas se payer le luxe d’avoir un tortionnaire comme Premier ministre. Ce serait donner un sens trop littéral au mot « Exécutif ». Ce serait transformer l’Exécutif en un monstre à deux têtes. Tableau de chasse : têtes de prêtre, de Ministre et de Premier ministre accrochées au mur. Pleine lune. Ricanement lugubre du chasseur sachant chasser. Nuit d’insomnie. Le sicaire sinistre à la gâchette sensible s’ennuie sur son lit. Il n’arrive pas à dormir sur ses lauriers. Quelques petites arrestations pour se dégourdir les jambes. Interview de parlementaires à la radio ? Encerclez la station ! Sous ce gouvernement, seul le silence sera un droit sacré. État de choc. Terrorisme d’état. C’était ça, le climat. Dans le même temps, des ruisseaux de sang sortaient du Palais de Justice. C’était Louis Jodel Chamblain qu’on essayait désespérément de laver de ses crimes. S’il était permis d’avoir un seul doute sur la perfidie de B. Gousse, on n’aurait qu’à se référer à l’affaire Chamblain. Ministre de la Justice du Gouvernement de facto, B. Gousse a manifesté une affection ouverte et très particulière pour ce criminel notoire, précédemment condamné par contumace à la prison à perpétuité. Apparition publique avec un Louis Jodel Chamblain souriant, en tenue de gala, sûr d’être acquitté. Obstruction à la justice. Billets doux. Lune de miel entre Cocotte et Figaro. « M. Chamblain n’a rien à cacher. » Il faut dire que Gousse avait une dette de reconnaissance. Sans les Chamblain, il ne serait pas devenu Ministre en mars 2004. D’où la multiplication des déclarations incongrues jusqu’à la mascarade de jugement nuitamment perpétrée. « M. Chamblain devrait être pardonné pour services rendus à la Nation ». Bernard Gousse aurait dû ajouter : La Nation, c’est moi. Dans une interview accordée en 1997 à Miami NewTimes (His music rules in Haïti) Michel Martelly a confié à Elise Ackerman que s’il devenait président, la première chose qu’il ferait, ce serait de dissoudre la Chambre des Députes et du Sénat. Nous savons aujourd’hui que, politiquement, ce serait suicidaire. Le Sénateur Beauplan a eu la courtoisie de signifier au chanteur président qu’une telle mesure « entraînerait sa propre chute 24 heures plus tard. » Evidemment, le président tet kale essaie de crâner. Il essaie de renverser la va/peur. Il fait le gros dos. Il montre les dents de carnivore (cadavres exquis) et d’herbivore (ganja, marijuana) à un public affamé et impatient. Dans le même temps, le mot « démission » revient comme un refrain dans ses nouvelles compositions. Et, ce n’est pas bon signe. Serait-ce déjà le chant du cygne ? Les inquiétudes de la pintade rose donnent la chair de poule. En fin de compte, l’ancien tortionnaire Bernard Gousse va tenter sa chance à la Chambre comme candidat à la Primature. Etrange scenario où le bourreau est offert en victime expiatoire à la cérémonie sacrificielle. Devenu impotent, le chasseur qui « chassait seul sans son chien » est réduit aujourd’hui à l’état de gibier de potence. Les Parlementaires vont-ils vendre leur âme au Diable pour un plat de lentilles ou une bouteille de vodka Gray Goose ? On attend avec impatience le dénouement de la saga de Gousse. Entretemps, Micky Martelly n’est pas trop pressé. Sans la présence encombrante d’un gouvernement, il a les mains libres. N’ayant pas déclaré ses biens meubles et immeubles, comme le réclame la Constitution, il peut tranquillement s’enrichir en collectant les dividendes sur les appels téléphoniques et les transferts d’argent de la Diaspora. |
| Posted on:7/20/2011 |
| Vol. 5 No. 1 • Du 20 au 26 Juillet 2011 |
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