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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


La pratique décomplexée du cynisme, symbole du"dechoukaj de la dignité"

Publié par siel sur 14 Novembre 2011, 11:12am

Catégories : #AYITI EXTREME DROITE

Dès l'opération en 2004 de boycott de la commémoration du bicentenaire

de l'Indépendance de la première République

noire au monde, à savoir Haïti, 

j'avais saisi le principal enjeu derrière ce coup de la droite

et de l'extrême droite nationale et internationale.

 

 Il s'agissait  de trainer dans la boue

le symbole fort  et internationalement reconnu

de la lutte victorieuse des esclaves de Saint Domingue

qui a débouché sur l'indépendance de l'ancienne colonie, baptisée Haiti, en hommage

aux premiers habitants de l'île, les Taïnos génocidés par les Occidentaux.

 

C'est ce que j'ai appelé le "dechoukaj de la dignité".


2004 restera dans la mémoire de toutes les Haïtiennes et Haïtiens de bonne volonté,

au-delà de leurs appartenances de classe et de leurs idéologies,

comme l'année où l'histoire d'Haïti a été piétinée avec la participation enthousiaste

d'un groupe d'intellectuels réunis pour l'occasion dans un collectif.

 

Intellectuels  rendus presque gagas par le soudain braquage

de projecteurs auxquels ils ont eu droit,

comme des insectes de nuit égarés par  la lueur d'une ampoule électrique.

 

J'avais compris que le choix de faire le coup d'Etat, précisément en 2004

et le boycott de la commémoration

du bicentenaire de l'indépendance, n'était pas anodin;

que l'ensemble faisait partie d'une stratégie pour cracher sur la lutte

victorieuse des esclaves Noirs en 1804,

blesser profondément le peuple haïtien

et à travers lui, l'ensemble des peuples du Sud pour lesquels

cette lutte représentait un exemple.

.

En effet, les  zentellectuels, VIP du boycott

de la commémoration du bicentenaire de l'indépendance d'Haïti,

ceux que l'on retrouvait sur tous les media de France et de Navarre,

ceux qui par la suite, ont été récompensés de leur collaboration

par un tombereau de prix sans queue ni tête,

tenaient un discours révisioniste, c'est-à-dire, un discours

qui réaménageait l'histoire en fonction des intérêts de ceux

qui avaient commandité l'opération "dechoukaj de la dignité".

 

Ainsi, non seulement, selon eux Aristide exerçait une dictature

pire que  celle des Duvalier,

les "chimères" , comme ils appelaient les individus appartenant à divers gangs

 étaient également pires que les macoutes.

Mais leurs mensonges ne s'arrêtaient pas là.

Ils ont poussé le cynisme jusqu'à présenter Dessalines,  l'un des pères fondateurs d'Haïti

comme  un plus grand tortionnaire que Rochambeau venu rétablir l'esclavage  à Saint Domingue

et tous le colons réunis.

 

Un exemple anecdotique, une personne se réclamant de la gauche,

-attention pas de n'importe quelle gauche, de la gauche révolutionnaire-

pouvait déclarer , "tèt frèt " et à haute voix

qu'elle n'en avait rien à cirer de ce que pouvait représenter

l'indépendance d'Haïti pour les autres peuples

ni pour le peuple haïtien.

La seule chose qui lui importait c'était la réussite du boycot de l'indépendance

et la chute d'Aristide.

 

De telles assertions peuvent paraître grotesques, absurdes et même surréalistes

mais Frantz Fanon nous a expliqué par le menu le fonctionnement

de l'aliénation des colonisés qui finissent par adopter le point de vue de leurs mâitres;

et Chomsky celui de l'abêtissement des classes moyennes

qui adhèrent à la doxa diffusée par des média qui défendent des intérêts

contraires aux leurs.

 

J'avais compris qu'il s'agissait non pas seulement

d'un règlement de comptes autour de la mainmise de l'économie

haïtienne, initié par le Groupe 184, c'est-à-dire l'ensemble des commerçants qui ont le monopole

de l'import-export et qui sont patrons des ateliers d'assemblage,

justement nommés sweatshops, et des rares industries

existant en Haïti mais d'un rétropédalage aux années 1957.

 

J'avais compris que l'utilisation d'une meute d'intellectuels,

envoyés sur tous les fronts médiatiques

n'était pas anodine dans cette guerre contre le peuple haïtien,

contre sa volonté de se développer dans la paix, l'unité et la dignité.

 

Non seulement le peuple était  sauvagement violenté et son histoire méprisée,

mais cette humiliation leur était faite par leurs propres, ainsi dénommés, intellectuels,

 

C'est-à-dire que ceux-là mêmes vers lesquels la population aurait pu se retourner

pour chercher sinon protection

mais du moins compassion et compréhension

étaient passés avec armes et bagages du côté des Duvalier,

des Guy Phillipe, des Jodel Chamblain,  des Michel François, des Avril, Namphy

et toute la mafia qui avait terrorisée pendant de nombreuses années la population.

 

C'est dans ce contexte  de révision de l'histoire par la réhabilitation de la colonisation

et de la dictature des 2 Duvalier

que s'inscrit le fameux discours de Dakar,

le retour de Duvalier Jean-Claude en Haïti

et in fine le retour des duvaliéristes, des fils et filles de duvaliéristes et de macoutes

à la tête de l'Etat haïtien.

 

Ce déni d'identité initié par le boycott du bicentenaire de l'indépendance d'Haïti

autorisera le nouveau président haïtien, 

ancien macoute lui-même

issu de la mouvance droite/extrême droite

à déclarer, dans un entretien accordé à un média étranger,

que le peuple haïtien n'existe pas.

 

Déclaration qui se situe en continuité

avec la politique de son mentor Duvalier François

qui s'était donné pour objectif de reformater le peuple haïtien

à son image.

 

Le nouveau président a déclaré récemment à qui voulait l'entendre

qu'il serait cynique.

 

Et effectivement, il n'aura pas mis longtemps à passer de la déclaration d'intention à l'application.

-Les taxes sur les transferts et les appels venant de la diaspora sans aucun contrôle

-L'arrestation d'un député, sans respect de la Constitution

-La refondation d'une  armée, plus connue pour sa cruauté

que pour son civisme, pour satisfaire

à la demande de ceux qui ont financé sa campagne

-L'intégration d'individus appartenant

aux groupes de paramilitaires dans le gouvernement, la police, les services de renseignement.

-Le choix systématique de fils et filles de duvaliéristes et de macoutes pour occuper les postes ministériels

et de secrétariats d'Etat

-Le recours à la violence verbale,  à la vulgarité, à l'intimidation, à la peur

sont sans conteste des héritages des 2 Duvalier.

Ya pas photo.

 

Enfin, il faut noter  ces 2 symboles retentissants de ce cynisme revendiqué

et de cette volonté d'écraser

le mouvement démocratique née en 1986 :

 

- Le choix d'un ancien ministre de Duvalier comme ministre des Haïtiens vivant  à l'étranger;

quand on sait qu'une grande partie de ces Haïtiens de l'étranger

ont été des victimes de la dictature,

ou ont quiité le pays au cours de ces années 1957-1986 pour fuir l'oppression socio-culturelle,

l'arbitraire et la misère imposés par le régime fasciste des 2 Duvalier.

 

-Le choix de nommer son parti  de droite "Repons peyizan" (Réponse des paysans ou Réponse aux paysans ?)

quand on sait que les hommes et femmes au pouvoir sont

soit directement impliqués dans la répression des paysans

soit sont les fils et filles de ceux qui  ont commis des actes de tortures sur ces paysans.


Parce que, ce qu'on oublie fort souvent  de signaler,

c'est que ce sont les paysans qui ont été

les principales victimes de la dictature des 2 Duvalier.

Ce sont eux qui ont été les plus pourchassés, tués, "disparus"  également

pendant l'époque des militaires

soit 1986 à 1991;

et pendant celle du coup d'Etat de 1991-1994. Un portrait succint des nostalgiques d'avant " ces 25 dernières années"

 

Ironie  tragique de l'histoire,

ce sont ces  mêmes paysans  fuyant la dictature des 2 Duvalier et des militaires

qui ont constitué le gros de l'émigration

aux USA, dans les Antilles françaises, en Guyane, en France métropolitaine

dès les années 1970

qui envoient de l'argent à leurs familles en Haïti,

qui sont aujourd'hui  ponctionnés  "cyniquement " par leurs anciens bourreaux.

qui de Fraph à Zenglendos  se sont affublés

d'un nouveau sigle : "Repons peyizan."

 

Le comble du cynisme  est que ce sont aujourd'hui les enfants des victimes

qui se retrouvent, manu militari, sommés de financer

les enfants des bourreaux.

 

 Le comble du cynisme est que c'est cette même armée criminelle, les Fadh, 

et ses alliés paramilitaires Fraph et macoutes

qui sont présentés comme garants de la sécurité du peuple haïtien,

de la population paysanne

qu'ils n'ont eu de cesse dans l'histoire passée et récente d'extorquer

de violenter, de pousser hors du pays.

 

A cynisme il faudrait ajouter : impudence, arrogance, imcompétence, imposture.

 

 

 

 

 

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