Dès l'opération en 2004 de boycott de la commémoration du bicentenaire
de l'Indépendance de la première République
noire au monde, à savoir Haïti,
j'avais saisi le principal enjeu derrière ce coup de la droite
et de l'extrême droite nationale et internationale.
Il s'agissait de trainer dans la boue
le symbole fort et internationalement reconnu
de la lutte victorieuse des esclaves de Saint Domingue
qui a débouché sur l'indépendance de l'ancienne colonie, baptisée Haiti, en hommage
aux premiers habitants de l'île, les Taïnos génocidés par les Occidentaux.
C'est ce que j'ai appelé le "dechoukaj de la dignité".
2004 restera dans la mémoire de toutes les Haïtiennes et Haïtiens de bonne volonté,
au-delà de leurs appartenances de classe et de leurs idéologies,
comme l'année où l'histoire d'Haïti a été piétinée avec la participation enthousiaste
d'un groupe d'intellectuels réunis pour l'occasion dans un collectif.
Intellectuels rendus presque gagas par le soudain braquage
de projecteurs auxquels ils ont eu droit,
comme des insectes de nuit égarés par la lueur d'une ampoule électrique.
J'avais compris que le choix de faire le coup d'Etat, précisément en 2004
et le boycott de la commémoration
du bicentenaire de l'indépendance, n'était pas anodin;
que l'ensemble faisait partie d'une stratégie pour cracher sur la lutte
victorieuse des esclaves Noirs en 1804,
blesser profondément le peuple haïtien
et à travers lui, l'ensemble des peuples du Sud pour lesquels
cette lutte représentait un exemple.
.
En effet, les zentellectuels, VIP du boycott
de la commémoration du bicentenaire de l'indépendance d'Haïti,
ceux que l'on retrouvait sur tous les media de France et de Navarre,
ceux qui par la suite, ont été récompensés de leur collaboration
par un tombereau de prix sans queue ni tête,
tenaient un discours révisioniste, c'est-à-dire, un discours
qui réaménageait l'histoire en fonction des intérêts de ceux
qui avaient commandité l'opération "dechoukaj de la dignité".
Ainsi, non seulement, selon eux Aristide exerçait une dictature
pire que celle des Duvalier,
les "chimères" , comme ils appelaient les individus appartenant à divers gangs
étaient également pires que les macoutes.
Mais leurs mensonges ne s'arrêtaient pas là.
Ils ont poussé le cynisme jusqu'à présenter Dessalines, l'un des pères fondateurs d'Haïti
comme un plus grand tortionnaire que Rochambeau venu rétablir l'esclavage à Saint Domingue
et tous le colons réunis.
Un exemple anecdotique, une personne se réclamant de la gauche,
-attention pas de n'importe quelle gauche, de la gauche révolutionnaire-
pouvait déclarer , "tèt frèt " et à haute voix
qu'elle n'en avait rien à cirer de ce que pouvait représenter
l'indépendance d'Haïti pour les autres peuples
ni pour le peuple haïtien.
La seule chose qui lui importait c'était la réussite du boycot de l'indépendance
et la chute d'Aristide.
De telles assertions peuvent paraître grotesques, absurdes et même surréalistes
mais Frantz Fanon nous a expliqué par le menu le fonctionnement
de l'aliénation des colonisés qui finissent par adopter le point de vue de leurs mâitres;
et Chomsky celui de l'abêtissement des classes moyennes
qui adhèrent à la doxa diffusée par des média qui défendent des intérêts
contraires aux leurs.
J'avais compris qu'il s'agissait non pas seulement
d'un règlement de comptes autour de la mainmise de l'économie
haïtienne, initié par le Groupe 184, c'est-à-dire l'ensemble des commerçants qui ont le monopole
de l'import-export et qui sont patrons des ateliers d'assemblage,
justement nommés sweatshops, et des rares industries
existant en Haïti mais d'un rétropédalage aux années 1957.
J'avais compris que l'utilisation d'une meute d'intellectuels,
envoyés sur tous les fronts médiatiques
n'était pas anodine dans cette guerre contre le peuple haïtien,
contre sa volonté de se développer dans la paix, l'unité et la dignité.
Non seulement le peuple était sauvagement violenté et son histoire méprisée,
mais cette humiliation leur était faite par leurs propres, ainsi dénommés, intellectuels,
C'est-à-dire que ceux-là mêmes vers lesquels la population aurait pu se retourner
pour chercher sinon protection
mais du moins compassion et compréhension
étaient passés avec armes et bagages du côté des Duvalier,
des Guy Phillipe, des Jodel Chamblain, des Michel François, des Avril, Namphy
et toute la mafia qui avait terrorisée pendant de nombreuses années la population.
C'est dans ce contexte de révision de l'histoire par la réhabilitation de la colonisation
et de la dictature des 2 Duvalier
que s'inscrit le fameux discours de Dakar,
le retour de Duvalier Jean-Claude en Haïti
et in fine le retour des duvaliéristes, des fils et filles de duvaliéristes et de macoutes
à la tête de l'Etat haïtien.
Ce déni d'identité initié par le boycott du bicentenaire de l'indépendance d'Haïti
autorisera le nouveau président haïtien,
ancien macoute lui-même
issu de la mouvance droite/extrême droite
à déclarer, dans un entretien accordé à un média étranger,
que le peuple haïtien n'existe pas.
Déclaration qui se situe en continuité
avec la politique de son mentor Duvalier François
qui s'était donné pour objectif de reformater le peuple haïtien
à son image.
Le nouveau président a déclaré récemment à qui voulait l'entendre
qu'il serait cynique.
Et effectivement, il n'aura pas mis longtemps à passer de la déclaration d'intention à l'application.
-Les taxes sur les transferts et les appels venant de la diaspora sans aucun contrôle
-L'arrestation d'un député, sans respect de la Constitution
-La refondation d'une armée, plus connue pour sa cruauté
que pour son civisme, pour satisfaire
à la demande de ceux qui ont financé sa campagne
-L'intégration d'individus appartenant
aux groupes de paramilitaires dans le gouvernement, la police, les services de renseignement.
-Le choix systématique de fils et filles de duvaliéristes et de macoutes pour occuper les postes ministériels
et de secrétariats d'Etat
-Le recours à la violence verbale, à la vulgarité, à l'intimidation, à la peur
sont sans conteste des héritages des 2 Duvalier.
Ya pas photo.
Enfin, il faut noter ces 2 symboles retentissants de ce cynisme revendiqué
et de cette volonté d'écraser
le mouvement démocratique née en 1986 :
- Le choix d'un ancien ministre de Duvalier comme ministre des Haïtiens vivant à l'étranger;
quand on sait qu'une grande partie de ces Haïtiens de l'étranger
ont été des victimes de la dictature,
ou ont quiité le pays au cours de ces années 1957-1986 pour fuir l'oppression socio-culturelle,
l'arbitraire et la misère imposés par le régime fasciste des 2 Duvalier.
-Le choix de nommer son parti de droite "Repons peyizan" (Réponse des paysans ou Réponse aux paysans ?)
quand on sait que les hommes et femmes au pouvoir sont
soit directement impliqués dans la répression des paysans
soit sont les fils et filles de ceux qui ont commis des actes de tortures sur ces paysans.
Parce que, ce qu'on oublie fort souvent de signaler,
c'est que ce sont les paysans qui ont été
les principales victimes de la dictature des 2 Duvalier.
Ce sont eux qui ont été les plus pourchassés, tués, "disparus" également
pendant l'époque des militaires
soit 1986 à 1991;
et pendant celle du coup d'Etat de 1991-1994. Un portrait succint des nostalgiques d'avant " ces 25 dernières années"
Ironie tragique de l'histoire,
ce sont ces mêmes paysans fuyant la dictature des 2 Duvalier et des militaires
qui ont constitué le gros de l'émigration
aux USA, dans les Antilles françaises, en Guyane, en France métropolitaine
dès les années 1970
qui envoient de l'argent à leurs familles en Haïti,
qui sont aujourd'hui ponctionnés "cyniquement " par leurs anciens bourreaux.
qui de Fraph à Zenglendos se sont affublés
d'un nouveau sigle : "Repons peyizan."
Le comble du cynisme est que ce sont aujourd'hui les enfants des victimes
qui se retrouvent, manu militari, sommés de financer
les enfants des bourreaux.
Le comble du cynisme est que c'est cette même armée criminelle, les Fadh,
et ses alliés paramilitaires Fraph et macoutes
qui sont présentés comme garants de la sécurité du peuple haïtien,
de la population paysanne
qu'ils n'ont eu de cesse dans l'histoire passée et récente d'extorquer
de violenter, de pousser hors du pays.
A cynisme il faudrait ajouter : impudence, arrogance, imcompétence, imposture.
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