J'ai lu l'édito qui suit sur le web.
Il semblerait que les anciennes coutumes duvaliéristes
de traiter la population
comme des terroristes sur son propre territoire,
seraient de retour.
Haïti est un des pays de la Caraïbe
où l'on peut se balader à travers le pays
avec la plus grande sécurité.
Si vous ne me croyez pas, demandez au blanc (étranger)
Bien que les media aiment à raconter le contraire.
Ces média qui ont crié au loup
et se sont complus ad nauseam
dans la diffusion de zen (ragots, rumeurs) et autres histoires
à dormir debout et à faire peur, se retrouvent pris à leur propre piège.
A force de crier au loup, le loup s'est pointé avec ses grosses bottes et son kokomakak.
Ces média, cette société civile, ces zentellectuels frénétiques et immatures
doivent se rappeler que :
quand ils sont venus chercher mon voisin, je n'ai rien dit,
quand ils sont venus chercher mon médecin, je n'ai rien dit
quand ils sont venus chercher mon boulanger, je n'ai rien dit
et ainsi de suite
jusqu'a :
quand ils sont venus me chercher, il n'y avait plus personne.
N'est-ce pas précisément ces silences, complicités et lâchetés
qui ont permis à Duvalier et son fils d'installer leur régime de terreur ?
Peuple haïtien, des forces obscures venant de l'exrême droite
se sont rassemblées pour se liguer contre toi, contre ta liberté
contre ton désir de justice et de paix.
Bay yo vag.
Pa mele ak moun sa yo
Occupe-toi des tiens, de ta famille, de ton lakou, de ton pays.
Prépare l'avenir.
L'avenir n'appartient pas aux assassins
mais à ceux qui développent une culture de paix, de respect
basée sur la dignité.
Peuple haïtien, des villes, des mornes et des plaines
"Résister c'est créer, créer c'est résister"
Anaïse et Manuel de Gouverneurs de la Rosée
de notre généreux, beau et courageux Jacques Roumain
sont tes modèles
L'Edito des autres
Haïti: Circuler en Haïti, marche arrière
Par Hérold Jean-François
Circuler sans contrainte en Haïti n'est plus, semble-t-il, une garantie des lois et de la Constitution du pays, qui préconisent la libre circulation des citoyens sur le territoire sans aucune forme de contrainte. Aujourd'hui, au Cap-Haïtien, par exemple, tout arrivant en voiture est l'objet d'investigation de la part de la police à Barrière-Bouteille où, comme on le faisait sous la dictature duvaliériste, les plaques des véhicules et le nom du chauffeur sont consignés sur un cahier. On est revenu à l'État policé d'avant le 7 février 1987 et surtout d'avant la publication de la Constitution du 29 mars 1987 qui, en ses articles 27 et 27-1, condamne les violations de la liberté individuelle et octroie au citoyen les droits de recours contre les fonctionnaires de l'État violateurs de ces libertés, à quelque corps qu'ils appartiennent.
Par ailleurs, laisser le territoire haïtien par la frontière, qui était jusque-là une simple formalité, devient de nos jours plus compliqué. De nouvelles dispositions portant sur la fouille des effets personnels des voyageurs sont désormais de rigueur à la frontière. La police nationale fouille tous les passagers dans des conditions bancales. Deux bureaux (mobiliers) en mauvais état sont utilisés pour cette opération sur la cour de la douane de Malpasse. Qu'est-ce qui a changé pour que l'on revienne à ces pratiques qui rappellent l'époque des tracasseries dans les multiples avant-postes des Forces Armées d'Haïti avant l'entrée dans l'ère démocratique ?
Qui a passé l'ordre de revenir à cette pratique de fouille et d'enregistrement des documents des véhicules qui transitent d'un département à un autre ? Pourquoi la police nationale doit-elle faire le travail de la douane dominicaine à la sortie des voyageurs en Haïti ?
Conventionnellement, c'est le pays d'accueil qui s'assure que les voyageurs entrant sur son territoire ne soient porteurs d'aucune marchandise ni de produits illicites, la douane du pays de provenance s'occupant pour sa part des bagages et marchandises de ceux qui arrivent du pays voisin. Ainsi en est-il sur toutes les frontières. Pourquoi cette spécificité haïtienne ? Pourquoi la PNH doit-elle mobiliser son personnel pour faire le travail des douaniers dominicains alors que l'on se plaint du manque de disponibilité de policiers pour accomplir les multiples autres tâches de routine, de surveillance et de sécurité ? Paradoxalement, la douane dominicaine à l'entrée de Jimani est assez complaisante dans le contrôle des bagages des voyageurs arrivant d'Haïti. Le plus souvent, il ne s'agit que d'une simple formalité de routine, on dirait pour la forme.
Au départ d'Haïti, les passagers, traditionnellement, n'ont qu'à accomplir les formalités liées à l'immigration haïtienne pour le contrôle du mouvement du flux de sortie des citoyens et des étrangers résidant dans le pays.
La nouvelle administration Martelly veut-elle faire marche arrière sur les acquis démocratiques en prétendant restreindre à nouveau les libertés publiques ? Les anciens responsables des services de sécurité d'avant le 7 février 1986 autour du président Michel Martelly sont-ils les inspirateurs de ces nouvelles dispositions contraignantes ?
En tout cas, après plus de vingt-cinq années de jouissance des libertés publiques, la population, globalement, acceptera difficilement de revenir à des pratiques antidémocratiques réduisant sa liberté de circuler sans contrainte sur le territoire et au départ du pays, en violation de ses droits et des garanties constitutionnelles. Le nouveau pouvoir doit rectifier le tir et ne pas se laisser influencer par des conseillers mal inspirés, artisans de pratiques qui ont modelé la vie en Haïti avant l'ère démocratique et qui ont valu à nos anciens dirigeants toute la grogne qui a contribué à leur impopularité et au soulèvement qui les a chassés du pouvoir.
Ce texte a été diffusé sur Radio IBO le 12-10-11
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