Publié le 07/01/2012
Une tribune de Yves-Léopold Monthieux
Si la démocratie constitue un obstacle pour les vrais révolutionnaires, elle est un havre pour les gentils petits révolutionnaires de Martinique. Ceux-ci savent pouvoir prospérer sans risque, surtout pas celui de perdre leurs privilèges de classe. Mais au-delà des postures, de la phraséologie convenue et des commémorations diverses et variées, on ne voit rien chez ces disciples de Fanon qui pourrait ressembler à un engagement, une politique, bref, un début de commencement de mise en pratique des leçons du Maître ?
Avons-nous mis de côté le "noirisme" ou le "négrisme", que, suivi par Césaire, l’homme de Les Damnées de la terre avait dénoncés ? Avons-nous cessé d’être les esclaves de l’esclavage ? A toutes ces questions, c’est une réponse négative, globale, qui s’impose.
Qu’a-t-on fait pour ressembler un tout petit peu à Fanon ?
Existe-t-il en Martinique un seul fonctionnaire attaché aux idées de Fanon, un seul, qui se dise choqué par sa situation de privilégié aux 40% par rapport à l’ouvrier, l’agriculteur, l’employé de commerce ou le sans-emploi qui se retrouvent à la même caisse du même supermarché que lui ? Fanon qui a renoncé, lui, au confort d’une vie facile, et risqué sa vie pour les autres, aurait-il été complice de cette inégalité fixée par décret entre frères et sœurs martiniquais ?
En connaît-on un seul qui ait reversé tout ou partie de ce supplément de salaire qui n’a rien à voir avec un supplément de mérite, aux défavorisés ou à un parti ou mouvement politique guidé par les idées de Fanon ? Y aurait-il un seul enseignant « fanoniste » à proposer qu’en échange de cet avantage qui ne profite pas au peuple, la durée hebdomadaire de son enseignement soit prolongée au profit des enfants du peuple d’une heure ou deux pour rattraper le retard scolaire ? Toutes ces questions ont-elles été simplement posées dans les débats organisés au cours de l’une des manifestations de l’année 2011 dédiée à Fanon ? A-t-on pris des engagements concrets, dans quels domaines ?, pour ressembler un tout petit peu à Fanon ? Une fois de plus, nous connaissons la réponse : c’est non.
On comprend mieux pourquoi des générations d’élèves traversent le lycée Frantz Fanon sans connaître l’homme qui portait ce nom, et qu’il soit impossible de réunir quatre étudiants au cours d’un débat sur Fanon organisé dans l’amphi Frantz Fanon au campus de Schoelcher ?
Les psaumes à la gloire de Fanon ne suffisent pas.
Il ne suffit pas de psalmodier chaque matin un pater et un ave et participer de temps en temps à une grand-messe pour s’estimer quitte de sa foi en Dieu. Or on a beau regarder, on a beau écouter, on ne voit et n’entend que des « fanonistes » non-pratiquants, des « fanonistes » de plume, de faux disciples de Fanon. Je redis ce que j’ai écrit dans un article qui a choqué. Si les événements de décembre 1959 ont pu avoir des conséquences bénéfiques - je le redis, ils en ont eues -, sur la suite de la politique martiniquaise, il n’est pas contestable que l’incident du dimanche soir ainsi que les répliques des deux jours suivants n’avaient absolument aucun lien avec Fanon et n’avaient pas été inspirés par Fanon ou par les idées émancipatrices de l’époque. Le prétendre, le suggérer, le sous-entendre, le dire et, plus encore, inscrire ces contrevérités déconcertantes dans l’histoire martiniquaise ne sont pas dignes de Fanon. Défendre cette démarche n’est pas défendre Fanon, faire prospérer ces inexactitudes c’est instrumentaliser Fanon. C’est se cacher derrière Fanon.
Faire du Fanon c’est dire que Fanon s’était trompé sur ce coup-là, ou qu’il avait été abusé par ses correspondants. En effet, en affirmant que l’article du Moudjahid rapportant les fausses informations avait été diffusé dix jours après les faits, veut-on dire que Fanon avait pu être utilement informé au moment où il écrivait l’article ?
4 janvier 2012
http://www.politiques-publiques.com/Les-disciples-martiniquais-de.html
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