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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


les enjeux autour de la chute de Duvalier Jcl.Premières élections

Publié par siel sur 21 Octobre 2010, 09:30am

Catégories : #PEUPLE sans mémoire...



Le 29 mars 1987, la Constitution est proclamée. Un événement. Ce jour sera désormais férié en Haïti. Il marque l'avènement d'un régime mixte, à la française, mi-parlementaire mi-présidentiel. Les élections sont programmées pour novembre 1987. Namphy et ses associés, l'armée et la vieille élite, sont déterminés à respecter ce calendrier. En ville, les tontons macoutes se réorganisent. La terreur s'étend. En juillet, des massacres particulièrement odieux témoignent de la résurgence de leurs actions de commandos.


En guise de riposte, des manifestations sont organisées pour rappeler au nouveau régime qu'il doit tirer un trait sur les pratiques du passé. Les manifestations sont violemment réprimées. Le peuple déchante. Dans les quartiers populaires, on s'interroge sur la nature du nouveau pouvoir. Le soir, l'heure des palabres, les hommes cachent mal leur désespoir. La plupart songent à boycotter les élections. Seuls les hommes politiques y croient encore. Ils encouragent les électeurs à aller voter.


Namphy, qui n'a pas oublié d'amasser une fortune personnelle, prépare sa retraite. Il ira couler des jours paisibles en république Dominicaine. Ce qui le rend peu soucieux de soigner son « image » auprès du peuple. Le général perd son surnom de « Chouchou », on l'appelle désormais « Cinq Étoiles ». Rien à voir avec les galons du général. Ce surnom fait référence aux cinq étoiles qui décorent les bouteilles de rhum Barbancourt. Son attrait peu dissimulé pour la dive bouteille n'est un secret pour personne...


Entre deux soirées arrosées, le général mise sur les candidatures d'anciens notables duvaliéristes. Il espère pouvoir garder sans grandes difficultés quelque temps encore ses privilèges, auxquels il prend un goût certain. Mais c'est oublier la rigueur et la vigilance du CEP (Conseil électoral provisoire) qui invalide - début novembre -douze candidats sont exclus en raison de leur passé durant la dictature. Se référant ainsi à l'article 291 de la toute nouvelle Constitution qui exclut, pour une période de dix ans, les anciens duvaliéristes de toute participation à la vie politique.


Parmi eux, les favoris du régime, par exemple, Claude Raymond, chef macoute notoire sous Papa Doc et Baby Doc. Ce complice mais aussi rival de Roger Lafontant, qui le barrait pour le poste convoité de ministre de I'Intérieur, fait régner la terreur sur Port-au-Prince et sa région. Ces dernières semaines, sa maison est devenue l'un des QG des commandos de la mort.


Lors de son dépôt de candidature à la présidence, il affirme que « les élections se dérouleront » avec lui « ou ne se dérouleront pas 2 ». Trois ans plus tard, lors des dépôts de candidature à l'élection de décembre 1990, qu'il effectue le même jour que Marc Bazin, il dira que « l'article auquel se référait le CEP était anticonstitutionnel et antidémocratique' ». L'homme ne dit pas si l'utilisation des armes est une pratique « démocratique »...


La campagne électorale est ouverte le 8 octobre 1987. Elle débouche très vite sur la violence. Les vieilles forces duvaliéristes instaurent un climat d'insécurité. Opportun pour perturber le processus démocratique... Dès le 13 octobre, un candidat à la présidence, Yves Volel, est assassiné en plein jour.


Il sort du quartier général de la police, près du Champ-de-Mars, lorsqu'on lui tire dessus. Sous le regard des journalistes haïtiens et de Pierre Hurel, l'envoye spécial de Paris Match. Nos confrères rapportent que l'exécution semble « naturelle » aux policiers qui restent « calmes », presque amusés par cet horrible crime.

 

Dans les rues, la mort redevient un spectacle ordinaire. Les nuits sont dangereuses. Surtout, à quelques jours du scrutin, la violence monte encore d'un cran. Des attentats à la grenade se produisent à plusieurs reprises. De quoi réduire au silence trois radios de l'île. Des journalistes étrangers sont agressés. ' Des commandos n'hésitent pas à ouvrir le feu sur les voitures de presse. Militaires et macoutes cautionnent l'escalade de la violence qui atteint son paroxysme lors du scrutin.

 

Une journée de massacres.
Lorsque le jour se lève, le chant du coq est couvert par le crépitement des armes automatiques. La nuit, des incendies criminels ont ravagé plusieurs habitations de la capitale. Le message est clair. Pourtant, le dimanche matin, les Haïtiens sont heureux de pouvoir aller glisser leur bulletin de vote dans l'urne Dès six heures du matin, heure d'ouverture des bureaux de vote, les files s'allongent. Le taux de participation promet d'être très élevé. Les Haïtiens ont surmonté leur peur. Dans leur naïf espoir, ils ne se doutent pas que des tueurs les attendent. Les élections, premier scrutin démocratique depuis trente ans en Haïti, durent trois heures. Dont deux de massacres.


Vers sept heures dans la plupart des quartiers, des jeeps surgissent. Les bureaux de vote sont pris pour cible. Les victimes tombent par dizaines. Un terrorisme aveugle. Les commandos macoutes ouvrent le feu sur les électeurs, n'épargnent personne, y compris les journalistes et les observateurs étrangers. Les voitures de presse sont systématiquement visées. Un cameraman dominicain ne se relèvera pas. Dix autres personnes sont blessées parmi les journalistes, qui évoquent Beyrouth pour caractériser la violence des combats.


Les rues de Port-au-Prince se vident. Restent des registres maculés de sang et des cadavres à chaque coin de rue. À 9heures, le CEP annonce que les élections sont annulées.
L'illusion démocratique a fait long feu. Tout comme leurs « amis » macoutes, les militaires portent la responsabilité de ce terrible gâchis. En guise de riposte, les Américains décideront d'interrompre l'aide militaire qu'ils accordent depuis le début du siècle.


Comble du cynisme, le général Namphy parle sur les ondes et à la télévision. « Devant les menaces qui pèsent sur les familles haïtiennes, déclare-t-il, le CNG est obligé de sortir de sa stricte réserve. » Accusant le CEP d'avoir « invité les puissances étrangères à s'ingérer dans les affaires nationales », le général Namphy annonce sa dissolution. Il ajoute qu'il « respectera le processus démocratique et que les élections auront lieu avant février prochain ».


L'homme est épaissi par ses vingt-deux mois de pouvoir. « Cinq Étoiles » est à l'aise dans son fauteuil confortable. Il n'a plus très envie de rentrer dans le rang.
« Je suis triste et je n'ai pas envie de parler. » Dans l'exil doré de sa villa de Mougins, où il vient d'entendre le récit de l'effroyable carnage, Jean-Claude Duvalier répond à son avocat, Me Sauveur Vaisse, qui lui demande de se démarquer de ce coup d'État qu'on risque de lui imputer. Un communiqué est envoyé à la presse : « J'exprime, dit-il, mon immense tristesse devant les affrontements qui ont lieu en Haïti. Tous ceux qui me connaissent savent ma profonde aversion pour la violence, et nul ne saurait invoquer mon nom pour expliquer celle qui sévit en ce moment. »


« Ces quelques lignes signées d'un ex-dictateur, au coeur sensible, dont le nom, croyait-on, résumait à lui seul tous les malheurs d'un peuple, et qui pleure aujourd'hui sur la démocratie bafouée, c'est tout le tragique et l'invraisemblable de l'histoire d'Haïti. »

Leslie Manigat et les militaires : « Je t'aime, moi non plus... »

Le peuple haïtien est foudroyé dans son élan. Son rêve démocratique s'est envolé. Les élections promises, que les militaires préparent pour le 17 janvier 1988, n'intéressent plus grand monde. Namphy et le CNG sont discrédités. Dans quelle mesure pourraient-ils, en effet, organiser un scrutin sans violences, sans tricherie ? Les grandes puissances ont beau inciter les représentants des partis politiques à participer au scrutin, la plupart déclarent forfait.


Président du RDNP, le Rassemblement démocratique national progressiste, Leslie Manigat raisonne différemment. L'homme est intelligent, cultivé. Ses détracteurs disent que le pouvoir l'attire et que, pour y parvenir, il est prêt à composer avec les militaires. Mais il a condamné les massacres du 29 novembre. Il perçoit surtout l'urgence de faire respecter la nouvelle Constitution.


« Arrêter l'histoire d'Haïti au 29 novembre, c'est une grossière erreur. Certains peuvent le faire, pas les hommes politiques. La Constitution dit que les militaires doivent passer le pouvoir le 7 février. C'est une nécessité. » Au terme d'un mois de réflexion, le 30 décembre, Manigat s'explique publiquement, au nom de son parti. « Si nous n'allons pas aux élections, les militaires garderont le pouvoir. Ou alors, un candidat dévoué aux militaires sera élu. Nous prenons donc le risque calculé d'aller aux élections. »


Manigat invite les autres formations politiques à faire de même. Il n'est pas entendu. Il est le seul des candidats crédibles à se présenter. Les autres favoris, Marc Bazin, Sylvio Claude et Louis Déjoie refusent de participer. Un isolement qui le fait passer pour « le » candidat des militaires. « C'est faux, rétorque Manigat, agacé par ces accusations. Je n'ai eu aucun contact avec les militaires haïtiens avant ma décision d'aller aux élections. Je n'ai jamais répondu aux invitations des militaires. Les hommes parvenus au pouvoir à la chute de Duvalier n'avaient aucunement à l'esprit l'idée que je pouvais devenir "Président". »


Il n'empêche. quelques jours du scrutin, les jeux sont faits. En l'absence de candidats crédibles, Manigat ne peut être battu. Ces élections sont une mascarade. Il n'y a pas 10 % de votants... Même s'il l'emporte largement, Manigat arrive au palais dans les pires conditions. Il doit rétablir la confiance avec le peuple qui ne se reconnaît pas derrière ce professeur francophile. Les grandes puissances sont embarrassées. Elles ne soutiennent pas le nouveau président. Les Américains, notamment, n'apprécient pas beaucoup cet homme qu'ils ne peuvent contrôler.

 

Très vite, Manigat apparaît comme un président isolé. Pour y remédier, il entame des « causeries » avec le peuple, retransmises par les médias. Une communication qui irrite les militaires. Mais le plus grave à leurs yeux est ailleurs. Manigat a nommé son Premier ministre sans les consulter. «J'ai voulu affirmer la suprématie du pouvoir civil sur le pouvoir militaire, raconte l'ancien président. Ça été une surprise pour les militaires '. » Nainphy adopte alors une position de plus en plus critique vis-à-vis du gouvernement. D'autant que Manigat pose la question de la dissociation de la police et de l'armée. Il s'engage aussi à lutter contre la contrebande. Des propos inacceptables pour les militaires, et pour Namphy en particulier. « Son entourage, ce n'étaient pas des intellectuels, mais des copains de boisson. Ils le poussent à intervenir' », raconte Manigat. Un nouveau coup de force de Namphy se profile. Toutes les forces duvaliéristes s'agitent. Les rumeurs reprennent. Les parlementaires s'inquiètent. À Saint-Domingue, Frantz Merceron en réunit quelques-uns. Les partisans de Manigat vont-ils lâcher leur président sous les pressions de l'ancien ministre des Finances de Jean-Claude Duvalier? Une chose est certaine, le camp des anciens duvaliéristes a le contrôle de la situation.
Manigat prend l'initiative. Il limoge le général Namphy. Joli coup. Mais il ne tient pas trois jours. Le 20 juin, le chef des forces armées d'Haïti reprend le pouvoir. Il démet Leslie Manigat de ses fonctions. Après seulement quatre mois d'exercice de son mandat de président.


Aujourd'hui, entre deux cours à la Sorbonne, le professeur Manigat s'interroge sur les conditions de sa chute. « Quand on a été chef de l'État, on peut difficilement redevenir chef des armées... » Namphy avait effectivement pris goût au pouvoir. Mais Leslie Manigat reconnaît aussi qu'il allait à contre-courant. « Les duvaliéristes sont une force dans le pays. Le jeu de l'armée, d'une partie de l'Église et des États-Unis a été de maintenir en place des personnalités de l'ancien régime pour éviter une révolution. Ils ne voulaient rien changer. Moi, j'avais décidé d'introduire le changement... » Namphy de retour, les militaires occupent tous les postes du gouvernement. On entre dans une folle dérive totalitaire. Les atrocités des militaires et des macoutes se multiplient.

 

Symbole de la résistance, l'église Saint-Jean-de-Bosco devient aussi la cible des agresseurs. Ce 11 septembre 1988, la messe du père Aristide ne dure pas vingt minutes. L'homélie est interrompue par une attaque a main armée. Une centaine de « sans-maman » sont mobilisés pour cette opération commanditée par Franck Romain, le maire de Portau-Prince. De sa voiture blanche, ce baron du duvaliérisme dirige la manoeuvre.


« Les macoutes sont plus libres que jamais, depuis la chute de Jean-Claude Duvalier », rapporte Jean-Bertrand Aristide 9. Leur attentat fait treize morts. Soixante blessés gisent dans la cour. Réfugié chez les pères salésiens, juste à côté de l'église, Aristide et ses frères attendent d'éventuels secours. En état de choc, le père Aristide pleure. Pendant ce temps, les macoutes incendient l'église. S'il sort, Aristide se fait assassiner. Mais des militaires interviennent. Les macoutes s'en vont. Les hommes du lieutenant-colonel Qualo, un proche du général Prosper Avril, permettent à Aristide de quitter les lieux. Ils viennent de lui sauver la vie. Trois amis dont une religieuse l'attendent dans une voiture qui quitte en trombe Saint-Jean-de-Bosco, d'où coule une véritable rigole de sang.


Le dimanche suivant, le 18 septembre 1988, nouveau putsch. Un de plus. Les Américains qui voient surgir le danger d'une nouvelle dictature à la Duvalier n'y sont pas étrangers. Ils font appel à un de leurs agents pour reprendre les choses en main. Le général Avril prend le pouvoir par la force, Après trente ans de duvaliérisme, les États-Unis font leur grand retour dans la vie politique haïtienne. Et désormais, les Américains placent leurs hommes. Ne l'ont-ils pas déjà fait un peu plus tôt ? Leslie Manigat accrédite cette thèse ` : « C'est Avril qui a fait le coup d'État contre nous, au profit de Namphy d'abord, puis pour lui-même. »


L'interventionnisme américain va plus loin. La situation politique haïtienne inquiète réellement Washington qui voit d'un mauvais oeil toute instabilité dans la région. Pragmatiques, les États-Unis conviennent qu'il faut mettre un terme à l'oppression du peuple par les forces macoutes.


Un rapport confidentiel d'un membre du Congrès, Walter E. Fauntroy, en date du 3 mars 1989, destiné au président Bush, résume parfaitement l'analyse américaine. Il permet de mieux comprendre pourquoi il est urgent qu'un de leurs hommes, en l'occurrence Avril, prenne le contrôle de la situation.

 

Le rapport Fauntroy identifie les cinq grandes familles « qui contrôlent le haut de l'économie haïtienne ». Les Brandt, Mews, Biggio, Accra et Behrmanns. Leur puissance émane « des monopoles et de la corruption ». Ces personnalités et leurs associés ont été identifiés comme étant en première ligne dans le financement de la terreur pour intimider le peuple haïtien et les forces démocratiques.


Le rapport est des plus précis sur les intentions de ces barons de l'économie. « Ils ont fait comprendre clairement qu'ils souhaitent à tout prix maintenir une économie étranglée, basée sur des concessions gouvernementales, franchises et monopoles. Ils craignent qu'un gouvernement élu librement, redevable au peuple haïtien, s'ingère dans leurs privilèges et les force à concourir dans une économie ouverte. Un tel changement menace leurs intérêts à court terme. Pour bloquer cette évolution, ils continuent à financer un dispositif de terreur. »


En aucun cas, les États-Unis ne peuvent accepter ce statu quo imposé au pays par les grandes familles. Les champions du libéralisme se font fort de faire entendre raison à ces puissants perturbateurs, « cerveaux et bailleurs de fonds de l'agitation antidémocratique en Haïti ». Ces derniers s'activent en outre à la reprise du pouvoir par l'ancien ministre des Affaires étrangères de Jean-Claude Duvalier, Jean-Robert Estimé. Les Américains doivent agir et vite. Comment vont-ils s'y prendre?


Ils décident de « signaler aux cinq familles que nous connaissons leurs activités contraires aux intérêts américains et les prier d'y mettre un terme ». Le message va passer « par l'intermédiaire de réseaux appropriés et crédibles ».

Le rapport Fauntroy estime qu'il faudra « seulement dix jours pour entrevoir une réduction des incidents terroristes et une quinzaine de jours pour une chute quasi totale des dispositifs terroristes ».


Les Américains disposent de moyens de pression sur les grandes familles. Des mesures efficaces peuvent être prises pour confisquer leurs biens aux États-Unis. Officiellement, dans le but d' « assister le gouvernement d'Haïti dans ses efforts pour récupérer, sous des procédés légaux, les biens dont le gouvernement d'Haïti soutient qu'ils furent volés par l'ancien président à vie Jean-Claude Duvalier et quelques individus associés au régime Duvalier ». En cas de résistance, « tous les visas américains des membres de ces familles devront être résiliés et leurs noms mis sur liste rouge », prévoit le rapport Fauntroy.


Les grandes familles comprennent mal cet acharnement à leur égard. « Nous faisons des affaires, mais nous n'avons pas cessé d'investir en Haïti, explique Gilbert Biggio. Contrairement à ce que la plupart des gens, les Haïtiens comme les étrangers, nous reprochent Il. »


« Miraculeusement », le calme revient à Port-au-Prince. Avril parvient à freiner les ardeurs des macoutes. Mais, scénario imprévu pour les Etats-Unis, Avril trouve la position présidentielle plutôt confortable. L'homme est censé conduire le pays aux élections. En fait, il ne fait rien pour accélérer le calendrier électoral. Rien ne se dessine au cours de l'année 1989. Sauf trois tentatives de coups d'État. Tantôt, c'est le commandant de l'unité d'élite des « Léopards », le colonel Himler Rébu, qui s'amuse avec ses proches amis à vouloir renverser le général Avril. Tantôt, c'est le bataillon « Jean-Jacques Dessalines » qui se soulève. Lors de ce putsch, l'état d'urgence est décrété. Après plusieurs jours d'incidents violents, la garde présidentielle du général Avril décide que la « plaisanterie » a assez duré. L'assaut de la caserne est fatal pour plus de quarante soldats. L'étonnante contagion démocratique en Europe de l'Est ne gagne pas les Caraïbes. « 1989 serait en fait pour 1990 », rapporte Jean-Bertrand Aristide.


Les mouvements populaires montent en puissance, et les macoutes sont dans une phase d'hibernation prolongée. Une nouvelle fois, les communautés chrétiennes manifestent pour un changement. La persécution des opposants continue, mais sous Avril, le sang ne coule quasiment plus. Mais trois responsables d'organisations populaires sont passés à tabac. Étienne Marine, Jean-Auguste Mesyeux, secrétaire exécutif de la Centrale autonome des travailleurs haïtiens (CATH), et Evans Paul, opposant de toujours au duvaliérisme, sont accusés d'être les instigateurs d'un complot destiné à faire chuter le régime.


Suite à ces arrestations musclées, de nombreuses pressions limitent et contrôlent l'action du général Avril. Il démissionne le 10 mars 1990.


Pendant quelques jours, le général Abraham assure l'intérim. Il remet le pouvoir aux civils afin de relancer le processus démocratique. Mme le juge Ertha Pascal Trouille devient présidente provisoire. Elle n'a pas tout pouvoir. Un conseil de régence, composé de douze responsables politiques représentant les mouvements démocratiques, veille. Des élections sont annoncées. Les duvaliéristes s'y preparent. Roger Lafontant rentre au pays ...

 

A suivre

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