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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


MALAISE DANS LA LITTÉRATURE… Par Robert Berrouët-Oriol

Publié par siel sur 10 Mars 2012, 11:54am

Catégories : #AYITI ACTUALITES


Robert Berrouët-Oriol 

Linguiste-terminologue 

Montréal, le 4 mars 2012 

 

 

Le Festival littéraire Étonnants voyageurs, dont la dernière édition a eu lieu en Haïti du 1er au 4 février 2012, a donné lieu à des questionnements qui méritent d’être pris en compte avec attention et sérénité.   

Dans un premier temps, les poètes et éditeurs James Pubien et Jean François T. 

 

Toussaint, des Éditions Bas de page, dans une «Lettre ouverte au festival Étonnants voyageurs Haïti (La pesanteur contre l’oubli) » et diffusée sur Internet, ont critiqué la gestion « haïtienne » de l’événement en mettant l’accent sur des pratiques sélectives de cooptation à l’œuvre dans une certaine République de la complaisance littéraire. On s’invite entre petits copains dont on se sait redevable et, à l’inverse, on exclut de la liste des « élus » et des invités des écrivains majeurs, entre autres les écrivains qui, vivant et écrivant au Québec, font eux aussi honneur à la littérature haïtienne. L’histoire retiendra que le poète Anthony Phelps, qui vit à Montréal, a participé au festival sur intervention hospitalière, depuis la France, de son éditeur français… Les « critères » de sélection/exclusion n’étant pas publiquement affichés par Étonnants voyageurs Haïti, il 

importe de bien apprécier et de soumettre au débat public l’opinion des jeunes poètes haïtiens. 

 

Dans un second temps, et dans le droit fil d’une critique sérieuse et responsable de la gestion « haïtienne » du Festival Étonnants voyageurs, le jeune poète Claude Sainnécharles, depuis Port-au-Prince, signe cette fin de semaine un texte courageux et percutant : « Contre l’impertinence casterienne et trouillotienne ». Il le dit sans détours : « Nous sommes des jeunes écrivains résistants, nous ne croyons en aucune forme d’imposition, surtout cette dictature littéraire, nous ne fléchirons pas les genoux devant cette autorité dictatoriale, népotique

 

J’assume ouvertement qu’une large diffusion du texte de Claude Sainnécharles relève de la liberté d’expression et qu’il s’agit là d’une éclairante  contribution à la compréhension du malaise qui sévit actuellement dans l’espace littéraire haïtien, malaise d’ailleurs vécu en silence, en Haiti, par nombre d’écrivains…  Alors même que nous assistons à une accélération du dépérissement des institutions nationales, au moment où la liberté d’expression elle-même, en Haïti, semble de plus en plus taraudée tant dans la presse que dans l’espace rachitique des débats publics, il importe au plus haut point d’accueillir et d’apprécier avec objectivité la libre parole des jeunes poètes haïtiens. Ils interpellent d’incontournables volets de notre littérature et il faut souhaiter que Étonnants voyageurs Haïti participe lui aussi, et librement, et hors toute langue de bois autojustificatrice, au nécessaire débat initié par les jeunes poètes d’Haïti.  

 

 

 

 

CONTRE L’IMPERTINENCE CASTERIENNE ET TROUILLOTIENNE 

Claude Sainnécharles 

Port-au-Prince le 3 mars 2012 

 

 La première journée de la troisième édition du festival Étonnants voyageurs, festival consacré en hommage au poète vivant Georges Castera autour de la thématique : « L’encre est ma demeure », a commencé avec Francketienne, le géant de la littérature haïtienne. Sa prise de parole a profondément ému le public composé de lecteurs haïtiens avisés et d’étrangers dont les yeux étaient rivés sur lui. Il nous a fait voyager avec étonnement par ses propos éloquents, par ses expériences littéraires et artistiques. 

   

Dans la soirée, cette journée allait se terminer avec une pléiade d’écrivains haïtiens : Georges Castera, Lyonel Trouillot, Syto Cavé, Bonel Auguste, Claude C. Pierre. Cette soirée a été animée par Lyonel Trouillot et introduite, avant tout, de manière musicale, par la voix du chanteur Jean Coulange. Lyonel Trouillot, avec sa voix grave de haut parleur et imposante, a su charmer plus d’un ; beau parleur comme il est ! Tout se déroulait autour de l’important poète en question, Castera. L’hommage rendu à ce dernier est justifié, il le mérite, car il a apporté un souffle moderne dans la poésie créole haïtienne, et surtout il est le premier. Il fait de sa militance politique une force habitant sa poésie, ce qui fait de lui un poète engagé selon certains.  

       

La prise de parole de Claude C. Pierre à l’égard de Georges Castera a été épatante dans le sens qu’il a fait une analyse sémiotique, très rigoureuse, du vers “l’encre est ma demeure” qui est le titre de l’anthologie dudit poète et un autre intervenant, en l’occurrence Bonel Auguste, a fait une approche intéressante de l’apport moderne dans la poésie créole haïtienne… et ainsi de suite !  

 

Au milieu de cette soirée élogieuse ce qui allait chavirer mon humeur en amertume fut leur déclaration choquante. Je dis ‘’leur’’ je fais allusion à Lyonel Trouillot, Syto Cave (lui, il a été quand même quelque peu modéré) et Georges Castera. Celui-ci, arrogant de trempe, sans modestie aucune. Et Lyonel Trouillot despote. Ils font comprendre qu’ils tiennent la clef de la littérature haïtienne, et quiconque parmi les jeunes qui écrivent de nos jours, s’ils ne viennent pas à eux, ils ne feront pas de la bonne poésie. Ils se disent être maîtres de la littérature haïtienne. Spécialement Georges Castera a dit avec outrecuidance, sans réserve aucune devant plusieurs vingtaines de personnes que les jeunes qui publient de nos jours publient sous leur supervision, en dehors de ce privilège, ils ne publient que de la merde.

 

Certes, il est des jeunes qui s’amusent à publier n’importe quoi. Mais ce n’est pas une raison juste pour que cette junte de tyrans littéraires dise n’importe quoi. À ceux qui ne le savaient pas, je tiens à vous informer que ces messieurs écrivains sont des papes, ils n’agissent qu’en chefs de clan. Si vous n’êtes pas des leurs ils vous étouffent. Ils s’érigent en « Legba », maîtres des grands chemins dans la littérature haïtienne si vous ne vous joignez pas à eux, ils ne vous laissent pas passer ni percer. Moi, je brise le silence pour dire à cette milice qu’elle se trompe et qu’il est des jeunes écrivains poètes qui n’ont jamais participé à leurs ateliers de poésie, —et ceci, certains ne les lisent même pas— qui réfléchissent beaucoup sur la littérature, qui lisent beaucoup, qui 

écrivent des choses ayant des valeurs littéraires hors pair, qui ont reçu des prix prestigieux internationaux sans pour autant avoir reçu aucune onction littéraire de leur part.

 

Nous sommes des jeunes écrivains résistants, nous ne croyons en aucune forme d’imposition, surtout cette dictature littéraire, nous ne fléchirons pas les genoux devant cette autorité dictatoriale, népotique. Nous sommes là, vivants ! Nous sommes le sel de la littérature ! Si ces Saints intouchables se comportent ainsi —ils ont les sens pointus en ce sens— c’est parce que les fantômes de leur prochaine chute les hantent par avance ! 

Ils refusent d’admettre que la relève nous la prenons déjà ; et que le génie ne brille que pour un moment.  C’est par une loi naturelle que la nuit cède la place au jour. Et l’on voit comment la nature se révolte contre ceux qui ne respectent pas ses lois. Alors ne pervertissez pas l’ordre naturel des choses, messieurs!  


Cette littérature, qui est la nôtre ou le bien commun de tout un chacun, n’est pas l’héritage de leurs grands-parents, nous ne permettrons pas ce hold-up. Moi avec tous mes amis poètes, nous continuerons à brandir nos plumes en faisant sept fois le tour clanique de cette muraille de Jéricho, non pas pour l’ébrécher, mais pour l’effondrer.  

 

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