Numéro 11
Janvier 2011
LA SENTINELLE DU PEUPLE
La Sentinelle est devant, elle éclaire le chemin de la libération du peuple
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Editorial
Les événements les plus marquants du mois de janvier ont été labanalisation du premier anniversaire du tremblement de terre, le retour de l'ancien dictateur Jean-Claude Duvalier et la publication du rapport d'enquête malhonnête de l'OEA au sujet des résultats contestés des élections-sélections. Il apparaît qu'un fil rouge relie ces divers événements : il s'agit de maintenir le pays sous la tutelle des Etats-Unis à travers la MINUSTAH, de maintenir le pouvoir économique et le pouvoir politique entre les griffes de l'oligarchie et de ses acolytes sur la scène politique et de continuer à piller les ressources du pays tout en captant l'aide internationale dès sa
source.
Tandis que plusieurs acteurs du secteur démocratique se mobilisent pour forcer le gouvernement à prendre ses responsabilités et à conduire J.C. Duvalier devant la justice afin de répondre de crimes et de détournement de l'argent public, la communauté internationale s'entend en cachette avec le pouvoir Préval-Unité pour départager les candidats des élections-sélections : le parlement sera pour l'Unité, tandis que la présidence reviendra aux impérialistes. C'est ainsi que l'impunité est consacrée, que la démocratie est infectée et que la corruption et le vol peuvent continuer de plus belle.
Les choses sont claires. Il n'y a plus place pour la démagogie ou le mensonge ! Les secteurs populaires, démocratiques, patriotiques et progressistes n'ont pas d'autre choix que de rassembler leurs forces,
s'organiser pour combattre les forces réactionnaires, ceux qui vendentle pays, ainsi que pour lutter contre l'occupation.
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*** I. Le retour de la queue du singe : une gifle pour le mouvement social de 86, une victoire partielle pour le système d'impunité.*****
Baby Doc a pu entrer en Haïti sans prendre le chemin de la prison parce que cette opération a été préparée et qu'il a des complices à la tête du pouvoir en place en Haïti, dans le gouvernement français et dans celui des Etats-Unis. Jean-Claude Duvalier est un grand criminel politique et économique ; c'est aussi l'un des symboles forts d'un régime répressif qui a fait beaucoup de mal au pays et est responsable des épreuves difficiles qu'il traverse aujourd'hui.
1.1. Un régime totalitaire et sanguinaire que Préval et les impérialistes cherchent à dédouaner dans nos esprits.
Le régime duvaliériste était l'hériter direct d'une lignée de funestes régimes autoritaires, qui a pris souche en Haïti en 1818 avec le président Boyer, qui s'est perpétuée avec les autres chefs d'Etat, qui a traversé toute la période néocoloniale, qui s'est réorganisée à partir de 1915 avec l'occupation américaine, pour aboutir à Duvalier
père et fils. Tous ces régimes avaient les mêmes caractéristiques.Presque tous sont arrivés au pouvoir à la suite d'un essoufflement de mouvements démocratiques ayant voulu donner à l'Etat une autre orientation et retirer l'économie des griffes des négociants de l'import-export. La plupart ont été installés au pouvoir par les
puissances étrangères, les élites économiques, l'armée et les politiciens traditionnels, soit en manipulant le peuple, soit en employant la force. Tous ces régimes ont livré le pays aux puissances étrangères et à l'oligarchie, même si certains d'entre eux se sont fait passer pour des "nationalistes". Tous ont réussi à renforcer leur pouvoir en recourant à la ruse, à la violence, à la corruption et à un ensemble d'idées rétrogrades.
Parmi tous ces régimes, c'est celui des Duvalier qui remporte la médaille d'or pour son caractère sanguinaire et pour avoir transformé son pouvoir répressif en pouvoir totalitaire. A eux deux, Papa et Baby Doc ont passé 29 ans à la tête de l'Etat. Durant tout ce temps, ils ont piétiné la constitution, ils ont mis en place la milice des tontons macoute pour faire régner l'arbitraire, et ils ont domestiqué l'armée pour renforcer ses capacités en matière de répression, ce qui passa par une formation donnée par les Américains. Ce régime a écrasé tous
les partis politiques, les associations sociales et culturelles qui échappaient à son contrôle, et il a tué ou envoyé en exil tous les opposants politiques. Il n'a pas toléré la presse parlée ou écrite qui ne faisait pas sa propagande. Sous le prétexte de combattre le communisme, et avec la complicité des Américains, ils ont macoutisé
les lycées et les universités, ils ont placé les Eglises catholiques et protestantes et les péristyles du vaudou sous le contrôle d'hommes à leur botte. Pour imposer leur domination, les Duvalier ont fait
régner la peur et l'impunité dans le pays, ils ont tué plus de vingt mille femmes et hommes et ont forcé plus de quarante mille cadres et intellectuels à quitter le pays. C'est sous leur régime que les spéculateurs de denrées et les grands propriétaires terriens ont renforcé et durci leur pouvoir ; c'est à cette époque aussi que l'oligarchie de Port-au-Prince, en partageant les fruits du pillage avec la famille Duvalier, a commencé à prendre le contrôle de toutes les richesses du pays. Ce sont les Duvalier également qui ont permis à la mafia internationale de la drogue de prendre pied dans le pays,avec les familles Luciano, Ganbino, Bonanno, Labay, Escobar etc.
Ce dictateur, le mouvement social de 86 l'avait chassé en tapant du poing sur la table ; et voilà que l'administration Préval joue au Ponce Pilate, et déclare le jour de son retour, le 16 janvier 2011,que ce pilleur criminel n'est sous le coup d'aucune condamnation judiciaire. L'ambassadeur des Etats-Unis nous dit de ne pas nous occuper de lui, l'important étant le résultat des élections-sélections. Quant à la France, qui avait mis le dictateur sous haute surveillance, elle affirme qu'elle ignorait que c'est vers Haïti que se dirigeait ce monsieur.
1.2 Presque toutes les équipes qui se sont succédées au pouvoir depuis 1986 ont été complices de la corruption, de la répression et de l'impunité.
Les mouvements populaires et démocratiques qui ont renversé la dictature duvaliériste ont été experts dans l'organisation de la mobilisation ; en outre, les revendications qu'elle portait étaient en lien avec les crises structurelles auxquelles le pays était confronté; c'est ce qui a alarmé les impérialistes. De 1986 à 1988, le pouvoir militaire des CNG (Conseil national de gouvernement) a fait semblant de mettre l'action publique en mouvement contre le régime duvaliériste pour détournement de l'argent public. Il a fait semblant de juger deux
ou trois criminels comme Luc Désir et Samuel Jérémie. Il a été obligé de laisser passer la constitution ; mais, après avoir stoppé toutes les enquêtes et levé toutes les poursuites contre les Duvalier, il a écrasé les élections de novembre 1987 dans un bain de sang. LeslieManigat a accédé au pouvoir en marchant dans le sang du peuple, main dans la main avec les militaires et un secteur de l'oligarchie. Avec Prosper Avril et Ertha Trouillot, ce fut du pareil au même. Depuis qu'en 1986, le plan néolibéral s'est mis en place, les mouvements populaires et démocratiques ont été victimes de la répression, l'oligarchie a saccagé l'économie du pays et l'impunité a gagné du terrain. Le mouvement social et politique de 86 était très fragile en termes de vision stratégique : il n'était pas bien organisé, il était divisé et comme il n'a pas défini d'objectif et de stratégie de lutte, ce mouvement est tombé dans les pièges que lui ont tendus les puissances impérialistes et l'oligarchie.
Lors des élections de décembre 1990, le peuple a réalisé un soulèvement électoral. Les forces de l'obscurité ont été obligées de quitter le pouvoir et de laisser Aristide s'installer, mais elles ont négocié avec lui en coulisse pour qu'il ne fasse pas dévier de sa course le plan néolibéral mis en marche dans le pays. Lorsque les
secteurs populaires et démocratiques ont commencé à exiger l'institutionnalisation du processus démocratique et la satisfaction des revendications populaires, les impérialismes, l'oligarchie, les politiciens réactionnaires et les militaires ont réalisé le coup d'Etat de septembre 91 pour faire disparaître les forces
démocratiques, populaires et progressistes du pays. Plus de cinq mille personnes ont perdu la vie, plus de dix mille membres des secteurs populaires ont été obligés de quitter le pays. Lorsque les forces qui
se trouvaient derrière le coup furent certaines que l'Etat était bien affaibli et que la correction "démocratique" avait réussi, elles ont fait revenir le pouvoir Lavalas afin qu'il vienne continuer la deuxième manche du coup d'Etat.
Aristide et Préval, dans leur deuxième version, sont apparus comme de bons élèves des Duvalier : tout comme eux, ils se sont associés à l'oligarchie et à la mafia nationale comme internationale, et ils se sont mis aux ordres des impérialistes tout en prenant des allures de rebelles. Pour faire taire les secteurs populaires et démocratiques,les pouvoirs Lavalas ont recouru aux mêmes techniques employées avant eux : la ruse, la corruption, le mensonge et les bandes armées, lorsqu'ils ne faisaient pas appel aux mêmes duvaliéristes et aux mêmes anciens tontons macoute. Ce sont toutes ces raisons qui expliquent que Jean-Claude Duvalier a pu se permettre de rentrer au pays maintenant.
Tous les pouvoirs qui se sont succédés après lui ou bien ont été ses complices ou bien ont mené la même politique que lui. Et ils ont travaillé pour le même maître.
****II. Les familles et les groupes qui contrôlent les richesses et la politique d'Haïti (7e partie).***
Dans les pays où un soulèvement général a permis que le peuple prenne le contrôle du pouvoir politique, les gens font de la politique pour défendre une cause collective, pour protéger et défendre l'intérêt de la nation, pour que la population bénéficie des services dont elle a besoin et pour renforcer le processus de démocratie participative.
Dans un pays sous domination, où fleurissent la dictature, la corruption et l'exploitation, faire de la politique devient un moyen pour l'oligarchie et les politiciens aux ordres de moissonner sans peine les biens et les richesses du pays, en collusion avec les puissances étrangères. La politique est alors un moyen de piller le
pays, de pressurer la population et de la maintenir dans la confusion afin de mieux l'exploiter. C'est ce type de conception qui a guidé le régime duvaliériste et qui est à la base de tous ses crimes économiques ; c'est lui aussi qui a servi de socle au régime Lavalas, sous Aristide comme sous Préval.
En février 1986, le CNG a nationalisé par décret tous les biens et l'argent de la famille Duvalier, et il a pris en même temps un autre décret affirmant que ces biens étaient placés sous séquestre. En avril 1986, le CNG a pris un arrêté, selon lequel les banques et toutes lesautres institutions devaient remettre à la Direction générale des impôts tout l'argent et tous les biens de Jean-Claude Duvalier et de 75 de leurs complices les plus importants ayant participé au vol des richesses du pays. Parmi eux se trouvaient Michèle Bennett, Mario Théard, Auguste Douyon (Ti Pouch), Jean-Robert Estimé, Jean Sambour, Jean-Claude Sanon etc. Tous ces pilleurs se trouvent aujourd'hui dans le pays ou bien font des allers-retours. De la même manière qu'en 2006, en dépit de toutes les plaintes et enquêtes visant Aristide, Préval avait levé les poursuites lancées contre lui pour vol et drogue, aujourd'hui, en 2011, il ouvre la porte à Jean-Claude Duvalier afin qu'il puisse revenir au pays régler ses affaires et partager ce qui doit l'être avec ses associés, tout en se préparant à redonner des forces aux duvaliéristes.
Dans ce numéro, nous donnons un coup de projecteur sur les crimes économiques des Duvalier, et plus tard nous partirons sur les trace des militaires de facto, du régime Lavalas et du gouvernement Boniface-Latortue.
1 – Le massacre des porcs créoles : ce fut le plus gros coup asséné à l'économie paysanne dans le cadre du projet PEPADEP, que l'agence de financement américaine USAID avait mis sur pied dans les années 1980-1983, avec la complicité de responsables de l'Etat haïtien, dont Jacques Edouard Alexis. Les paysans subissent jusqu'à présent les conséquences de ce crime. La misère, la faim et la pauvreté s'étalentdans tout le pays. Dans le système d'élevage paysan, les porcs créoles servaient à labourer la terre ; ils constituaient une forme d'épargne qui permettait aux paysans de faire face rapidement à une série de problèmes urgents.
2 – La collusion avec la famille Mevs pour lui permettre de s'emparer de l'usine Hasco : l'usine HASCO faisait travailler sept mille personnes – pour s'en tenir aux employés et aux ouvriers – sans compter les gens qui vivaient de la culture de la canne en milieu paysan. Dans les années 1985-1986, la HASCO produisait 800 000 sacs de sucre. C'était donc une usine qui marchait bien, même si son rendement n'était pas comparable avec ceux des usines de sucre de Cuba ou de la République Dominicaine. Au début des années 70, Jean-Claude Duvalier et sa mère se sont associés à Fritz Mevs pour soi disant acheter la HASCO. En 1987, la famille Mevs a démantelé l'usine, a vendu la ferraille à la Jamaïque et s'est mise à importer du sucre et du ciment. Un des dossiers que Jean-Claude Duvalier est venu régler en Haïti est celui de l'argent sale des Duvalier dans l'affaire de la HASCO, dont l'emplacement est aujourd'hui occupé par la SHODECOSA.
3 - L'usine de sucre de Darbonne et l'usine SODEXOL-ENAOL, ce sont deux autres crimes : l'usine de sucre de Darbonne a coûté 50 millions de dollars américains à l'Etat, mais elle n'a jamais réussi à fonctionner vraiment, car la plaine de Léogane n'a pas la capacité de produire la quantité de canne que l'usine avait besoin de broyer.
Jean-Claude Duvalier et Frantz Merceron, son ministre des Finances, avaient magouillé avec les experts de la Banque mondiale pour que l'Etat haïtien achète cette usine fabriquée pour l'Ouganda. Tous les potentats se sont rempli les poches en jouant un rôle d'intermédiaire; l'usine n'a jamais vraiment fonctionné à la mesure de ses capacités.
Dans le cas de la SODEXOL, ce fut la même histoire. Gilbert Bigio, qui s'était associé à Jean-Claude Duvalier, a présenté ce projet dans les années 80. L'usine a été achetée, les commissions et les frais de courtage ont été payés, mais l'usine n'a jamais reçu assez d'arachides, d'olives et de soja pour produire de l'huile.
4 – L'installation d'un parc industriel à côté de l'aéroport de Port-au-Prince. Ce fut un autre mauvais choix que le régime des Duvalier a fait avec la complicité de la mafia internationale et de l'oligarchie locale à ses ordres. Le choix d'installer des usines travaillant en permanence pour la sous-traitance n'a pas aidé l'Etat à développer un secteur industriel générant à la fois du travail et des techniciens qualifiés. En outre, ce choix a déstabilisé le milieu rural en encourageant de nombreux paysans à fuir la campagne pour aller chercher de meilleures conditions de vie à la capitale, alors que l'Etat avait les moyens d'organiser autrement le pays en encourageant la décentralisation et le développement de la production nationale. L'organisation Transparency International évalue le montant détourné par les Duvalier entre 300 et 800 millions de dollars. De son côté, l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime l'évalue entre 500 millions et 2 milliards de dollars.
Ce pillage s'arrêtera lorsque les patriotes et les progressistes qui ne se laissent pas abuser et qui croient en la capacité du peuple à donner ses réponses vont réussir à s'unir à la population dans le cadre d'une organisation assez solide pour porter le changement, et qui nous guidera dans la mise en place d'un Etat national démocratique et populaire ; un Etat qui s'occupera des problèmes fondamentaux et qui utilisera les ressources disponibles pour la construction du pays dans l'intérêt de tous ses enfants.
*** III – Les manoeuvres des impérialistes et de l'oligarchie pour prendre le contrôle du pays ruinent les classes moyennes défavorisées et les masses populaires.***
Lorsque François Duvalier (Papa Doc) a mis Jean-Claude Duvalier au pouvoir avec la complicité des grands pays impérialistes et des agences de coopération, les vannes de l'aide internationale se sont
ouvertes. A cette époque, la dette d'Haïti augmenta beaucoup. Mais tout cet argent a été dilapidé, il s'est envolé vers les coffres de banques étrangères tandis que le sort des masses populairess'aggravait chaque jour. Le problème jamais réglé de l’insécurité foncière s'ajoutant à la dégradation continuelle de l'environnement et
à la répression exercée par les tontons macoute, les paysans ont fui en nombre le milieu rural pour échouer à Port-au-Prince où ils ont sué sang et eau dans les ateliers d'assemblage. Pendant ce temps, le gouvernement de Jean-Claude élaborait un code du travail pour permettre aux investisseurs américains et à l'oligarchie locale entrée dans la sous-traitance de pressurer légalement les ouvrières et les ouvriers.
3.1 La combinaison d'une crise structurelle et d'une crise conjoncturelle a fait que l'économie du pays a touché le fond.
A la fin des années 70, lorsque les pays impérialistes eurent fini de placer Haïti en situation de totale dépendance financière, ils ont décidé de lui imposer un programme d'ajustement structurel ; avec ce programme, l'argent de l'Etat et de l'aide internationale a été transféré au secteur privé au détriment, une nouvelle fois, des
couches les plus faibles des classes moyennes et des masses populaires. L'Etat va alors être obligé de faire des coupes sombres dans les services essentiels et de se désengager du milieu rural. Le chômage commence à s'aggraver, chaque jour des paysans quittent le milieu rural pour se jeter dans le secteur informel ou se planter
devant les ateliers d'assemblage, ce qui donne plus de latitude à l'oligarchie pour mettre à la porte les ouvriers avisés qui veulent monter des syndicats dans les usines. Nombreux sont les pauvres de la campagne comme de la ville qui ont alors perdu la vie en tentant leur chance dans une embarcation qui devait les mener à Miami ou ailleurs dans les Antilles.
C'est cet exode de paysans, chassés par la misère du milieu rural vers les principales villes, qui a procuré à l'oligarchie une force de travail bon marché. Mais, d'un autre côté, c'est ce phénomène aussi qui a alimenté les mouvements populaires. Rappelons-nous que les quartiers populaires des villes furent le moteur des mobilisations contre le régime répressif de Jean-Claude Duvalier au début des années 80 ; et c'est ce qui a fait que l'oligarchie et les pays impérialistes, en particulier les Etats-Unis, ont laissé tomber ce pouvoir, de manière à bloquer la mobilisation populaire et à l'empêcher de renverser le système.
L'impérialisme américain, le FMI, la Banque mondiale et l'Union européenne ont également profité de la nouvelle situation politique pour renforcer le plan néolibéral, en affaiblissant l'Etat, en détruisant la production nationale, en commençant à liquider les entreprises d'Etat qui existaient alors. C'est également dans ce contexte que les familles de l'oligarchie possédant des usines produisant des biens de première nécessité les ont fermées pour se reconvertir dans l'importation de sucre, d'huile, de riz, de farine et de ciment. La conséquence en fut que la crise a empiré dans le domaine du logement, de l'eau, de la nourriture et de l'hygiène ; toutes les villes importantes de province ont éclaté; le chômage s'est développé dans les classes moyennes défavorisées ; à Port-au-Prince, les bidonvilles ont poussé comme des champignons ; les pauvres et les personnes ayant de maigres ressources sont tombés dans la misère et ont quitté le pays en masse pour tenter leur chance à l'étranger.
3.2 Le renforcement du contrôle du pays par les impérialismes et le comportement de rapace de l'oligarchie augmentent la misère et démobilisent le peuple.
A l'occasion du coup d'Etat militaire de 1991, les pays impérialistes, les Etats-Unis en tête, ont profité de l'embargo passoire pour mettre le pays carrément à genoux. Beaucoup d'entreprises ont dû fermer, ce qui a augmenté le nombre de chômeurs. Les enfants ont été plus nombreux à ne pas aller à l'école, et de même beaucoup d'étudiants n'ont plus été en mesure de fréquenter l'université. La situation sanitaire est devenue plus dure pour les masses populaires, car les institutions agissant dans le domaine de la santé avaient des
difficultés pour fonctionner. Par ailleurs, beaucoup de cadres et de techniciens ont recommencé à quitter le pays.
Le retour d'Aristide en 1994 allait changer totalement la donne. La libéralisation à outrance de l'économie du pays a accru encore davantage la dépendance : elle a disloqué l'Etat, et les réseaux de trafiquants de drogue ont profité de son affaiblissement pour s'établir dans les quartiers populaires, qui ne cessaient de s'étendre. Les grands problèmes économiques que le plan néolibéral a légués au pays ont permis à ces réseaux criminels de disposer d'une multitude de jeunes prêts à pratiquer toutes sortes de trafics. Ces réseaux ont également récupéré une série de partis politiques et de candidats, ce qui a cassé la combativité et la résistance des masses populaires. Même si ces quartiers continuent à avoir un grand poids dans les mobilisations, ils sont manipulés au profit des puissants qui pillent le pays. Songeons aux mobilisations qui ont suivi la publication des résultats provisoires des élections-sélections du 28 novembre.
En réalité, depuis le milieu des années 90, l'engagement citoyen et les convictions ont commencé à disparaître des mobilisations populaires, car beaucoup de gens descendent dans les rues à cause de l'argent que cela leur rapporte. De même que l'embargo passoire a bénéficié à l'oligarchie, qui a profité de la prétendue rareté des
produits pour les vendre à un prix élevé, aujourd'hui ce sont les mêmes, ainsi que les ONG internationales et les entreprises étrangères installées sur place, qui profitent de la crise humanitaire sévissant dans le pays depuis le séisme pour amasser de l'argent ; en outre, elles favorisent la montée des prix et la population souffre encore
davantage de la vie chère. En ce sens, aussi bien au niveau social qu'économique et politique, le plan néolibéral a fait autant de dégâts que le tremblement de terre, si ce n'est pas plus. Le contexte actueldémontre chaque jour davantage la nécessité de construire un instrument politique solide, car c'est la seule façon de mettre un
coup d'arrêt au processus de délabrement que les impérialistes et l'oligarchie imposent au pays.
A bas l’occupation déguisée en tutelle !
A bas les élections bidon ! A bas le pouvoir servile !
Vive la mobilisation de longue durée pour la libération du peuple !
Sentinelle du peuple
Janvier 2011
santinelpep@yahoo.fr
http://www.santinel.webuda.com
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