Mais comment font-ils?
Tu marches dans les camps et c'est la question qui t'obsède?: comment font-ils pour vivre ici, dans ces campings sinistres, sales et surpeuplés?
Un million d'Haïtiens dont les maisons ont été rasées par bagay la, le séisme du 12 janvier, habitent désormais ces camps, à Port-au-Prince. Il y en a partout. Des gigantesques, des grands, des petits. Les petits semblent s'en sortir mieux.
Comment ils font?
Il y a une part admirable de résilience, bien sûr. Mais ce n'est pas tout. Il y a quelque chose comme la survie de l'espèce, à son état le plus brut, qui est en marche. Prenez Imacula, justement.
Elle exploite un micro-commerce qui consiste en trois grandes marmites. Dans ces marmites, elle prépare de la nourriture, qu'elle vend dans le camp. Ça semble facile, si je vous dis ça comme ça. Mais c'est un petit exploit quotidien qu'elle accomplit, Imacula. Il faut économiser des sous pour acheter la nourriture, l'équipement. Faire la cuisine. Cacher son argent. Déjouer les voleurs, ignorer les envieux. Et, le lendemain, recommencer...
Tout ça pourquoi?
«Pour envoyer mes deux enfants à l'école, dit-elle sans émotion particulière.
- Ça vous coûte combien, l'école?
- 800?$US par année.
- C'est cher...
- L'école, c'est l'avenir.»
Elle sait bien, Imacula, que pour elle c'est foutu. Il n'y aura pas de vie «meilleure». Mais elle sait que l'école, c'est la seule passerelle hors de la misère pour ses deux héritières. L'amour, seul moteur de la survie, chante Leonard Cohen...
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