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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Paris Match. AMAZONIE, TERRE PROMISE DES HAÏTIENS

Publié par siel sur 23 Février 2012, 11:51am

Catégories : #AYITI ACTUALITES

Après s’être extraits gauchement du canot à moteur, ils posent un pied hésitant sur les planches disjointes du ponton, frottent leur estomac révulsé par onze heures de navigation sur l’Amazone et contemplent, médusés, l’étendue de leur déroute. Le port de Tabatinga, sas d’entrée de l’Amazonie brésilienne, se résume aux cahutes où des Indiens Ticunas troquent de l’essence de contrebande contre la cachaça, l’eau-de-vie des Blancs. Sur les quais, des monceaux de ­papayes achèvent de se gâter sous des nuées de moustiques, entre les échoppes de viande veillées par un alignement de vautours impassibles. Et toujours ce fleuve dont on ne sait jamais où il commence et où il finit. C’est donc cela la terre promise, le Brésil, ce géant dont ils attendent tout ? Un enfer mou dont on ne s’échappe pas, cerné par la forêt, strié par ce fleuve maudit. Le choc est d’autant plus violent que le Graal a été atteint au prix d’un marathon durant lequel ces Haïtiens, qui, pour la plupart, n’avaient jamais quitté l’île d’Hispaniola, ont conjugué trois éléments. Partis en bus de Port-au-Prince, ils ont rallié Saint-Domingue par la route pour s’embarquer sur un vol à destination du ­Panama, puis du Pérou. De Lima, ils ont gagné Iquitos avant de descendre l’Amazone sur le « rapido », sorte de Bateau-Mouche pourvu de puissants moteurs. « Je n’avais jamais pris l’avion ni le bateau, mais le pire a été l’arrivée, raconte ­Wilson Baptiste, 32 ans, originaire de Fonds-des-Nègres. J’avais en tête d’autres images du Brésil : les stades de football, les gratte-ciel de São Paulo, la baie de Rio. En débarquant, j’ai découvert que les Brésiliens pouvaient être aussi pauvres que nous. » Tabatinga, ville frontalière de 52 000 habitants, nichée dans une courbe de l’Amazone, n’est pourtant pas le Brésil. C’est un hypothétique entre-deux, ou plutôt un « entre-trois ».

L’ancien comptoir de colons ne possède rien de remarquable, si ce n’est sa position géographique. En moins d’une heure, on peut y boire une bière glacée dans une taverne du port puis déguster un ceviche de l’autre côté du fleuve à Santa Rosa, la péruvienne, avant d’aller danser au Boa, la boîte huppée de Leticia, la colombienne, reliée à sa voisine brésilienne par l’avenue de l’Amitié. Les touristes latino-américains qui viennent ici jouer à saute-frontières rentrent chez eux ravis, convaincus d’avoir visité à bon compte trois pays. Mais pour les milliers d’Haïtiens en route vers le rêve brésilien qui échouent dans ce triangle des Bermudes amazonien, c’est une autre histoire. « Les “coyotes”, les passeurs, leur ont vendu un paquet “tout compris”, explique sœur ­Patricia, une ursuline italienne qui, dans son église du Divin Saint-Esprit, s’efforce de pallier la précarité des naufragés de l’Amazone. Ils leur assurent qu’à Tabatinga ils obtiendront leur visa en trois jours et qu’il ne leur restera plus qu’à gagner Manaus pour trouver aussitôt du travail. Résultat : beaucoup arrivent avec très peu d’argent, ayant tout sacrifié au voyage, pour découvrir que les formalités prendront au mieux trois ou quatre mois. » Encalminés au bord du fleuve, seule porte de sortie vers l’intérieur du pays – avec l’avion, hors de prix –, ils sont aujourd’hui près de 1 400 Haïtiens à attendre que le gouvernement brésilien leur accorde le précieux ­sésame.

Extrait 2

 A MANAUS, POUR LA COUPE DU MONDE…

Comme beaucoup de ses compagnons d’infortune, ce gaillard de 37 ans a travaillé au sein des ONG accourues en Haïti au lendemain du tremblement de terre. Il a été assistant logistique pour Médecins du monde et magasinier pour Handicap international. Mais, l’émotion dissipée, beaucoup d’organisations humanitaires ont plié bagage ou réduit la voilure. Sur un coup de tête, Jean-François a confié toutes ses économies, 2 300 euros, à un coyote de Cap-Haïtien. « La plupart des passeurs sont de Cap, confie-t-il. Ce sont eux qui s’occupent de tout. Ils donnent rendez-vous par téléphone au consulat de Saint-Domingue, où il faut débourser 100 euros pour le visa. Le reste va aux billets d’avion, aux bateaux et à leurs bénéfices. A chaque étape, quelqu’un nous attend pour nous conduire à la suivante. Parfois, il faut rajouter de l’argent. » Les tarifs pratiqués oscillent entre 2 000 et 4 000 euros selon la destination. Manaus est la plus prisée : la capitale amazonienne est devenue le nouvel eldorado des Haïtiens, qui sont déjà plus de 3 500 à y vivre. Les hommes travaillent le plus souvent dans la construction, notamment du stade qui sera mis en service lors de la prochaine Coupe du monde ; les femmes se font engager dans la restauration ou comme domestiques. La Guyane, elle, ne fait plus rêver : moins de 10 % des migrants envisagent de rallier le département français. Mais, en raison de la distance, c’est la route la plus chèrement facturée. Pour s’acquitter des sommes demandées, les candidats au départ ont souvent sollicité leurs familles, avec promesse d’un « retour sur investissement ».

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