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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Portrait de Sebastian Piñera, président du Chili. Présenté par Reversus.

Publié par siel sur 20 Août 2013, 13:48pm

Catégories : #NUESTRA AMERICA

      Je vous ai présenté le  portrait fait par diverses rédactions de 4 présidents de l'A. Latine appartenant à la gauche. Portraits réalisés au moment où ces hommes accèdent au pouvoir.

Qui sont ces hommes ?

Comment en sont-ils venus à la politque ? Quelles sont les idées qui structurent leurs programmes politques ?

 

Portrait d'Evo Morales, Président de Bolivie. Par France Culture

Portrait de José Mujica, Président de l'Uruguay Par Piau/Carol Pires

Portrait du Président du Venezuela, Nicolas Maduro. Par Luis Hernández Navarro

CourrierInternational.Le président Mujica vu par Kusturica

 

Nous nous proposons de répéter l' exercice, cette fois avec des présidents issus de la droite

Portrait d'Horacio Cartes nouveau Président du Paraguay. Présenté par Lapresse.ca .


Sebastian Piñera, le Berlusconi chilien

pays toujours marqué par la dictature de Pinochet. Nico de Reversus revient sur l'histoire économique et sociale mouvementée du Chili afin de marquer les défis qui vont s'imposer à Piñera.


La droite chilienne est de retour au pouvoir. Sebastian Piñera (centre-droit) a finalement été élu avec près de 52% des suffrages en battant l'ex-Président issu de la concertation de centre-gauche, Edouardo Frei. Prenons le temps de nous attarder sur ce pays où l’économie est intimement liée au destin politique…

Le Chili est un symbole. D’une certaine façon il est le reflet de l’état du monde, dans ses triomphes comme dans ses déceptions. Dans ses triomphes quand, en pleine Guerre Froide, il ouvre la voie au socialisme par les urnes grâce à un homme, Salvador Allende. Dans ses triomphes encore quand, dans un pays dit « machiste », une femme devient présidente. Dans ses déceptions quand la dictature s’installe avec le soutien des Etats-Unis, refusant un socialisme légal dans le « monde libre ». Dans ses déceptions quand les bourreaux d’hier restent impunis.

LE CHILI ACTUEL S’EST BÂTI SUR LE COMPROMIS

Le Chili actuel s’est bâti sur le compromis « sans violence, sans vengeance » qui a permis le retour à la démocratie, au prix de l’amnistie des généraux, dont Augusto Pinochet. Ce dernier deviendra par la suite l’icône de la dictature sud-américaine et l’assassin d’une des trop rares démocraties d’Amérique du Sud à avoir bénéficié du soutien des grands pays occidentaux que sont les Etats-Unis et le Royaume-Uni (alors représentés respectivement par Henry Kissinger et Margaret Thatcher).

Aucun des anciens amis de Pinochet ne viendra le pleurer en 2006, mais le « Capitaine Général Bien-aimé de la Patrie » avait, lui, pris la peine d’assister en 1975 aux funérailles du général Franco, son idole national-catholique. Une leçon à méditer pour les chefs d’état qui veulent marquer l’Histoire : une fois qu’on a trahi tout le monde, soit on meurt seul comme Pinochet, soit c’est Pinochet qui vous enterre.

La démocratie chilienne est aujourd’hui de nouveau aussi solide qu’avant le coup d’état de 1973, même si la période 1970-1973 a été très tendue entre le gouvernement Allende et le Congrès, encore majoritairement de droite à l’époque. Le modèle politique était alors bipartisan, avec une gauche qui dès les années 1930 a fait du Chili le pays le plus avancé de la région d’un point de vue social.

LE BILAN SOCIAL LAMENTABLE DE PINOCHET

Flanqué le long de l’Argentine, coincé entre la cordillère des Andes et l’océan Pacifique, le Chili partage les caractéristiques de beaucoup de petits pays : un marché intérieur étroit et un modèle de croissance soutenu par des exportations (cuivre, produits de la pêche) et la soumission aux aléas de la macroéconomie mondiale, notamment via les cours mondiaux du cuivre. 

En 1973, dernière année du gouvernement Allende, l’inflation atteignait 500% et le déficit public 21%. Le « rêve socialiste » n’a pas suffi face à la réalité économique, ce qui servait une opposition de droite alors virulente contre le gouvernement.

Avec la dictature, le Chili est devenu le laboratoire de « l’ultralibéralisme » pour les expériences des « Chicago Boys », qui préconisèrent une politique d’austérité ainsi que la privatisation des fonds de pension et des entreprises publiques (hormis quelques banques et la Codelco qui exploite le cuivre chilien). Les acquis sociaux des Chiliens se dégradèrent terriblement. La libéralisation sauvage du secteur financier, en privant le système bancaire des garde-fous les plus élémentaires, jeta ainsi les bases de la crise de l’endettement privé de 1982.

La « foi dans le marché » céda peu à peu la place à une approche économique plus pragmatique, avec une politique de change visant à maintenir la compétitivité des exportations ainsi qu’une supervision très stricte du compte de capital, avec en point d’orgue une Banque Centrale indépendante, dont les statuts sont déposés en 1989. Le Chili devient alors un modèle de gestion macroéconomique et financière orthodoxe, ayant su tirer les leçons de la libéralisation trop brutale de l’économie pour créer une économie de marché à même de gérer les chocs externes.

C’est ce qu’on a appelé le « premier miracle chilien », avec une croissance de 3,3% sur la décennie 1980 alors qu’elle n’était alors que de 1,5% pour l’ensemble des pays latino-américains.

Cependant il ne faudrait pas oublier que durant la période 1970-1989 les inégalités se sont très fortement accrues, la part de la population vivant sous le seuil de pauvreté étant passée de 24% à 45%, et les salaires réels ayant baissé de 6% sur la décennie 1980. Sur la même période, le PIB du pays avait augmenté de 20%. En dépit de quelques progrès dans l’éducation et la santé, en matière d’espérance de vie et de mortalité infantile par exemple, le bilan social de la dictature est donc lamentable.

LA CONCERTATION A MENÉ « LE CHANGEMENT DANS LA CONTINUITÉ »

A la suite du plébiscite de 1989, durant lequel Sebastian Piñera s’élève contre le gouvernement en place, la dictature militaire quitte le pouvoir, non sans avoir assuré ses arrières quant à d’éventuelles poursuites judiciaires. 

Le retour de la démocratie aurait pu faire vaciller ce pays devenu stable : avec une forte croissance, la Concertation (coalition centre-gauche) a pourtant refusé de céder aux sirènes populistes qui auraient donné priorité absolue aux politiques sociales. 

La Concertation a mené « le changement dans la continuité » en rétablissant partiellement et progressivement le compromis sociopolitique, mais en maintenant le cadre libéral instauré par la dictature. En effet, le risque majeur à l’époque était le « choc de confiance » vis-à-vis des marchés financiers internationaux, et le but était de maintenir la crédibilité acquise durant la décennie 1980.

Force est de constater que le pari a dans un premier temps été tenu puisque le pays a échappé aux crises financières qui ont secoué l’Amérique Latine du Mexique jusqu’à l’Argentine en 1994-1995. Mais malgré une réputation de safe heaven, les effets de la crise asiatique de 1997, avec l’effondrement du prix des matières, ont été un coup dur pour l’économie chilienne, qui subit alors son réajustement macroéconomique le plus important depuis le début des années 1980.

Cependant, la rapidité de ce dernier met en évidence l’efficacité du modèle : une bonne ouverture commerciale, un système financier solide et des autorités monétaires compétentes qui ont su limiter la dollarisation du pays. 

Ainsi, le Chili évite les crises qu’ont vécu le Brésil en 1999 ou l’Argentine en 2001. Il subit certes les crises mondiales, comme en 2001 avec l’explosion de la bulle internet qui a encore ralenti la sortie de crise, mais il ne s’en trouve pas fondamentalement déstabilisé et ses politiques contra-cycliques sont des exemples de politiques vertueuses comme on aimerait en voir plus souvent.

En outre, le Chili a su profiter de l’environnement très favorable de la période 2003-2007, avec un rythme de croissance de 5% par an conforme à son potentiel. L’arrivée d’Andrès Velasco dans les valises de la présidente socialiste Michelle Bachelet en 2006 est marquée par la création de deux fonds souverains ayant pour but de gérer les excédents de la manne cuprifère. Un choix fortement contesté à l’époque mais qui s’est avéré judicieux à  l’apparition de la crise mondiale, puisqu’il permet aujourd’hui au pays de mener une politique de relance à moindre frais.

DES PROGRÈS SOCIAUX PAS À LA HAUTEUR

Après vingt années de pouvoir, la Concertation peut donc afficher un bilan très honorable puisqu’elle a su concilier un développement économique aux fondamentaux solides avec un développement des politiques sociales, ce qui a permis au pays de ne pas vivre de crises économiques violentes tout en augmentant les dépenses dans l’éducation et la santé. Cependant, les progrès sociaux n’ont sûrement pas été à la hauteur des espérances d’un pays qui reste marqué par de lourdes inégalités.

Les causes de l’élection de S.Piñera restent floues pour notre œil français, car Michelle Bachelet cède le pouvoir avec une côte de popularité record de plus de 70% d’opinion favorable, et on peut penser que la gauche aurait pu assurer sa réélection en capitalisant sur cette popularité et avec la même équipe gouvernementale. Pourtant cela n’a pas suffi.

En premier lieu, il faut noter que la gauche chilienne est divisée à tel point que le ralliement du candidat de gauche dissident, Marco Enríquez-Ominami, n’a pas été perçu comme crédible par les votants et il est estimé que Piñera a su attirer plus du tiers des voix de ce troisième homme du premier tour (qui avait atteint environ 20% des suffrages).

Ensuite, la défaite est probablement imputable à la personne même d’Edouardo Frei. D’une part, il a déjà été Président du Chili de 1994 à 2000, une période relativement compliquée où une certaine rigueur était nécessaire pour maintenir le cap d’un pays bien géré. D’autre part, il est le fils d’un ancien président, ce qui conforte le caractère dynastique de la politique que l’on voit aussi dans d’autre pays, et qui peut provoquer un certain rejet. Il paraissait difficile pour Frei de rivaliser avec les promesses de S.Piñera quand il était jugé sur son propre bilan au pouvoir.

PIÑERA, « LE BERLUSCONI CHILIEN »


Finalement, c’est aussi là l’essoufflement de la dynamique née du retour d’une démocratie compromise (pour les victimes de la dictature, le « sans violence, sans vengeance » avait tout de la compromission). 

Ceux qui ont lu La folie de Pinochet, écrit par le formidable écrivain chilien Luis Sepulveda, savent comment l’amnésie politique est perpétuée. La Concertation n’a pas su traduire en justice les généraux de la dictature, la droite n’y mettra certainement pas plus d’entrain. C’est sur cette base malsaine que la démocratie chilienne s’est solidement établie.

Bien qu’il ait fait fortune grâce aux privatisations de la dictature, le frère de Piñera était en fait un des Chicago boys ministres de Pinochet, mais cela ne semble pas avoir entamé les votes en faveur du candidat de centre-droit. Piñera apparaît aujourd’hui comme un modèle de réussite pour bien des Chiliens : « le Berlusconi chilien ». 

Il a participé au retour de la démocratie, il est donc démocrate, et qu’importe qu’il soit allié au parti nostalgique des temps sombres, ou qu’il ait avec lui la majorité des médias. D’ailleurs, les scandales glissent sur lui. Il faut dire que le contexte intérieur se prête aux promesses de droite, «l’unité nationale » étant un thème très cher aux Chiliens (Allende parlait lui-même d’une « voie chilienne » pour aller vers le socialisme par exemple). « La lutte contre la délinquance et le narcotrafic » et le populisme habituel des politiciens de droite sud-américain, « la préoccupation des plus faibles et de la classe moyenne » complètent le discours.

Quoiqu’il en soit, la victoire de S.Piñera ne révolutionnera le pays, car le nouveau président a affiché la ferme intention de rester ouvert à la « démocratie des accords », et qu’il ne fera pas table rase de la période antérieure comme ses prédécesseurs l’ont fait… S’il faut rester dans la continuité, l’alternance peut avoir un effet bénéfique pour le Chili si elle permet à la Concertation de souffler et de revenir à sa position première, de pragmatisme et de proximité du peuple, position qui s’est érodée dans le sentiment populaire, qui la voit de plus en plus idéologique et élitiste.

Espérons que S.Piñera saura perpétuer les succès de la Concertation tout en réussissant là où elle a échoué. Mais plus important que tout : il faut qu’à jamais la raison prime sur la force afin d’éviter de réediter les erreurs du passé…

Un article d'actualité sur le président chilien :

Chili: le président félicite une enfant violée qui souhaite garder son bébé
En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique/chili-le-president-felicite-une-enfant-violee-qui-souhaite-garder-son-enfant_1265613.html#obbl12Ji48EuXmsq.99 

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