Cette interrogation/exclamation d'un intellectuel de la RD, dont je ne citerai pas le nom
pour ne pas l'embarasser, me trotte dans la tête depuis 2004.
Au delà de l'étonnement, de la nausée, reste l'incompréhension.
J'ai beau connaître le contexte de cette alliance entre les intellectuels
de la sphère franco-canado/haitienne avec les milieux les plus réactionnaires
d' Haïti et même avec les paramilitaires et autres Ninjas,
ça dépasse l'entendement humain.
Comme ça dépasse l'entendement humain, dans un registre plus atroce
que des Hutus se soient mis à massacrer à la machette leurs voisins Tutsis
obéissant à une propagande sur fonds de ressentiment historique
initiée par des intellectuels.
J'avais pu observer cette nouvelle tendance des intellectuels français
à blamer la victime au nom d'une lutte contre le populisme;
à refuser de se confronter aux conséquences du colonialisme
au nom d'un refus du "fardeau de l'homme blanc".
et à promouvoir la "colonisation positive".
"C'est pas nous," disent-ils "ce sont nos ancêtres.
Et puis, les Africains ont aussi vendu leurs frères.
Et puis, vous avez voulu votre indépendance, vous l'avez eu.
Nous ne sommes pas responsables du fait
que vous choisissiez de mettre des dictateurs à la tête de vos pays.
Et puis, la colonisation vous aura permis de sortir de la barbarie, etc."
Certainement que ces intellectuels n'ont pas de responsabilité personnelle dans les crimes
commis par leurs ancêtres;
pas plus que les jeunes Allemands d'aujourd'hui ne peuvent être
accusés des crimes commis par leurs grands -parents.
Mais, il n'empêche que l'on ne peut pas nier le génocide juif,
pas plus que celui des autochtones des Amériques
pas plus que celui des Africains.
De même que ces intellectuels français passent pour pertes et profits
le soutien des gouvernements de leurs pays aux dictatures,
et leur complicté dans les vols et les violences
de ces dictateurs sur leurs peuples;
de même, les intellectuels haïtiens de 2004
semblaient tout ignorer du dumping du riz Miyami
et de ses conséquences sur le paysannat haïtien,
des politiques du FMI et autres institutions internationales
de celle des commerçants spécialisés dans l'importation
et de leur confiscation par voie monopolistique de l'économie haïtienne
à leur profit et à celui de leurs familles.
Pour eux, la faillite de l'Etat haïtien à protéger sa population
était due exclusivement à l'anarcho-populisme, une terminologie qu'ils ont inventée
pour la circonstance,
et à son seul et unique représentant diabolique.
Cette nouvelle idéologie basée sur le déni
de l'influence de l'esclavage, de la colonisation
des politiques néo-coloniales post-indépendances,
des dictatures soutenues par l'Occident
sur le présent des peuples des ex-colonies
a, bizarrement, séduit bon nombre d'intellectuels
des pays d'Afrique, qui eux également entonnent
le refrain du " Seuls nos dirigeants corrompus et incompétents sont responsables"
Pour un peu, ils en viendraient à culpabiliser les autochtones des Amériques
de s'être faits génocider à cause de l'incompétence de leurs chefs.
Ils ignorent tout bonnement qu'avec la mondialisation
l'économique supplante le politique
et que les choix économiques de leurs dirigeants
sont soumis au diktat de ceux qui leur prètent de l'argent.
Voyons, il suffit de regarder aujourd'hui, l'Islande, la Grèce,
la Lettonie et les autres, pour s'en rendre compte.
Et, bien sûr, les intellectuels d'Haïti qui se sont lancés dans
cette croisade anti-célébration du bicentenaire,
prenant en otage l'histoire d'un peuple,
au prétexte de refus de compromission avec un "dictateur",
c'est- à- dire l'ex-président Aristide, ont
sauté à pieds joints dans ce courant du déni
et du révisionisme qui permet
de regarder l'histoire avec les lunettes de celui qui tient le cordon de la bourse.
Ce qui n'a pas empêché, rappelons-le,
ces mêmes intellectuels
de ne montrer aucun scrupule
à se "macquer" avec des
personnes comme Jodel Chamblain, meurtrier d'Izméry
et autres individus de pareil acabit.
Mais le plus pathétique,
c'est, ce que cette affaire de boycott
a révèlé du niveau d'analyse socio/économique,
de conscientisation politique
d'empathie et simplement d'humanité
de ces intellectuels en question.
L'affaire ayant été rondement menée,
les voix dissidentes marginalisées ou
forcées au silence manu militari,
il aura fallu le séisme du 12 janvier 2010
pour que des intellectuels du monde entier
apportent des analyses éclairantes
sur les raisons et causes de la
"malédiction" haïtienne,
loin de la vision
manichéenne en noir et blanc
véhiculée par les intellectuels haïtiens
et les média dominants.
Leslie Péan a parlé d'un autre séisme, celui de 1957.
Il aurait fallu également mentionné, celui de 2004
qui aura vu, la coalition entre les éléments les plus réactionnaires
de la société haïtienne et celle des intellectuels, artistes et autres
foulant au pied la dignité de tout un peuple,
méprisant un symbole qui n'appartient pas
seulement aux Haïtiens,
mais aux peuples du monde entier,
comme l'avaient pensé les fondateurs du pays.
Cette collaboration des intellectuels
avec le parti de l'argent et des armes
assez inédite, il me semble, de par son unanimisme dans l'histoire d'Haïti
marque un tournant,
dont nul
n'en a encore pris la mesure
sur l'avenir d'Haïti.
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