Haiti: L'aide humanitaire clouée au pilori
Par Nancy Roc * --- Alors que le pays est en état d'urgence et que le gouvernement haïtien a lancé un nouvel appel à l'aide internationale, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) et ses organisations membres en Haïti publient un rapport alarmant sur l'insécurité humaine qui persiste en Haïti malgré l'aide humanitaire exceptionnelle apportée après le séisme du 12 janvier 2010.
« Vivre à l'abri de la peur et du besoin »[1] : cette définition de la sécurité humaine qui traduit l'aspiration fondamentale de tout être humain à vivre dans la dignité et à jouir de ses droits fondamentaux n'est aujourd'hui pour l'immense majorité des Haïtiens qu'une utopie lointaine. C'est par cette affirmation impitoyable que débute le rapport de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), intitulé, « Haïti: La sécurité humaine en danger »[2], publié le 12 novembre en cours, en collaboration avec ses partenaires locaux que sont le Réseau national pour la défense des droits humains (RNDDH) et le Centre oecuménique des droits humains (CEDH).
Près de trois ans après le séisme du 12 janvier, ce rapport constate que plus de 80% de la population vit encore en dessous du seuil de pauvreté, dans une situation de précarité extrême que la tempête Sandy n'a fait qu'aggraver. « Pour les quelques 370 000 victimes du séisme qui vivent encore dans les camps de déplacés, la situation empire de jour en jour : les conditions de vie y sont indignes et se dégradent, les expulsions forcées se multiplient dans les camps implantés sur des terrains privés, les populations sont abandonnées par les ONG et se trouvent dans une situation de vulnérabilité extrême. Dans l'environnement dégradé et dégradant de ces camps, les violences ne font que croître et les femmes et les filles continuent à être particulièrement exposées aux violences sexuelles », soulignent les auteurs.
Ce rapport d'une cinquantaine de pages est le résultat d'une enquête réalisée en Haïti par FIDH, du 16 au 25 mai 2012, au cours de laquelle elle a visité cinq camps et deux sites de relocalisation à Port-au-Prince et à Jacmel ainsi que la prison de cette dernière. La FIDH a également rencontré, au cours de cette mission, des membres de la société civile haïtienne, des membres du gouvernement, des représentants des agences des Nations unies et le corps diplomatique.
Le rapport déplore que les solutions apportées jusqu'à présent aux victimes du séisme soient insuffisantes, précaires
et aient repoussé les problèmes, dans le temps et dans l'espace, plutôt que de les résoudre. Pour la FIDH, ce constat est d'autant plus choquant que la communauté internationale s'était engagée à apporter un soutien massif à la reconstruction du pays au lendemain du tremblement de terre meurtrier qui a ébranlé la nation tout entière. « L'aide d'urgence, n'a malheureusement pas conduit à renforcer les capacités des Haïtiens eux mêmes à prendre en main la reconstruction du pays. Et c'est bien là l'échec principal », affirment les auteurs de ce document.
Pour la FIDH et ses partenaires locaux, les causes de cet échec sont multiples et complexes : « Elles incombent à ceux qui détiennent le pouvoir en Haïti, mais ne l'ont pas exercé en faveur des besoins de la majorité, et aussi aux divers acteurs internationaux, publics et privés, qui ont imposé leurs « solutions » dans la confusion et l'incohérence et sans la participation des principaux intéressés aux décisions qui les concernaient », dénoncent-ils.
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