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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Réhabiliter Le Paysan haïtien. Par Nicolas-L. Pauyo

Publié par siel sur 2 Décembre 2013, 17:23pm

Catégories : #AYITI ACTUALITES


   Date: Wed, 3 Aug 2011 14:10:23 -0700 (PDT)

 

Réhabiliter le Paysan haïtien

Par Nicolas-L. Pauyo

 

"Le colonialisme qui a perdu le pouvoir en 1804 n’a pas renoncé à Haïti

et l’a reconquise par la corruption des élites afin qu’elles ne

s’identifient pas au peuple des cultivateurs, déstabilisant ainsi le

projet de construction nationale."- LESLIE PEAN

 

Le paysan haitien a trop souffert. La classe moyenne des villes et la

bourgeoisie haitienne ─ces deux classes soudées à une autorité abusive

de l’Etat et à une influence persistante des puissances étrangères─

sont responsables des plus de deux cents ans que le paysan a passé au

bas de l’échelle sociale haitienne en plus des trois cents ans

d’esclavage dans la géhenne de Saint Domingue. Et pourtant “les

classes paysannes” –pour le dire comme les sociologues néo-griots–

ont une importance stratégique de premier ordre, une importance telle

que ces mêmes sociologues se réfèrent aux paysans comme formant la

vraie nation haitienne.

 

Comme on le sait, une école a paru vers la fin des années quatre-vingt

où se sont illustrés le docteur Henri Robert Sterlin, Volny Augustin

et d’autres intellectuels haïtiens. L’écho se serait répercuté jusque

dans l’œuvre du grand universitaire haïtiano-américain Wolf Trouillot

qui voit dans son livre Silencing the Past que la vraie nation

haïtienne est la paysannerie.

 

Le docteur Sterlin écrit lui, dans Bonjour Haïti, que « la mission

des classes moyennes d’Haïti et du tiers-monde, au titre de réservoir

de cadres, de techniciens et de penseurs, est de concourir au

développement d’une stratégie politique reposant sur l’hégémonie des

classes paysannes. » Il fait l’apologie d’ « une Démocratie paysanne

progressiste fondée sur les grands principes du tiers-mondisme

radical. » Finalement et résolument Sterlin veut « poser tous les

problèmes nationaux en fonction de la prise en charge révolutionnaire

de la Paysannerie en tant que principal sujet historique ».

 

Volny Augustin intervient vite pour ajouter qu’en cela « il convient

de les éduquer pour qu’elles aient un destin à la dimension de leur

appel ».

 

Malgré le ton quelque peu gauchiste, extrémiste même, de cette

assertion, l’on pourrait dire que cette ascension de la paysannerie

dans le cadre de celle de la classe moyenne est une idée généreuse et

même méritoire surtout s’il est convenu d’éduquer adéquatement ladite

strate du « pays en dehors ». Mais elle fait trop penser à Evo Morales

et à sa suprématie bolivienne paysanne dont on attend de voir

l’évolution et surtout les résultats, (sans parler des postulats déjà

posés par Mao, par Mussolini et dans une certaine mesure par Marx à

propos de la strate paysanne.)

 

[Je ne sais pas si j’irais jusqu’à hisser la seule paysannerie à ces

hauteurs car j’ai peur de toutes les hégémonies et de toutes les

suprématies. Je ne veux pas, comme le disait Mandela, qu’on remplace

une suprématie blanche par une suprématie noire, (amérindienne pour

Morales), ou, dans le cas haïtien, une domination urbaine par une

domination paysanne, ni une hégémonie mulâtre par une hégémonie noire.

Il faut tout simplement récuser les hégémonies, les dominations, les

suprématies, et recourir à une démocratie haïtienne où tout mounn

jwen, où tout le monde, citadins ou ruraux, mulâtres, noirs, sacatras,

sang-mêlés, griffons ou marabouts, sortent plus ou moins satisfaits.]

 

Comme l’a montré Blancpain dans son livre La Condition du Paysan

Haïtien : Du Code Noir aux Codes Ruraux, depuis « ce Livre de la loi

esclavagiste » édicté par les soins de Colbert et renfermant les

instructions sur la condition, la discipline et la surveillance des

esclaves, jusqu'à ce jour, on n’a assisté qu’au règne d'une élite

dirigeante et d'une masse cultivatrice asservie.

 

Blancpain montre que le paysan est venu après le cultivateur, de ses

propres initiatives d'insoumission à la loi des législateurs; et que

le cultivateur des codes ruraux n'a point les caractéristiques du

paysan. Ces codes, au lieu d’amollir le paysan haïtien l’ont plutôt

endurci et acculé à la résistance. Après la Libération générale des

Esclaves, cette résistance de tous les instants a commencé avec

Toussaint et plus tard avec les généraux qui voulaient rétablir le

régime de la grande propriété où le paysan aurait à travailler pour le

compte des généraux propriétaires et grands planteurs. Les paysans ont

refusé ce projet et ce modèle de société fondé sur un caporalisme

agraire; ils ont préféré le marronnage vers des montagnes escarpées

au lieu d’être de nouveau asservis.

 

C’est ce que Jean Fouchard démontra dans Les marrons de la liberté

(1972) quand il a insisté sur l’importance du rôle des marrons dans

les luttes de l’indépendance d’Haïti. Il indiqua au dire de C.R. James

son préfacier, que « sans les marrons, il n’y aurait pas eu de

fondation solide pour un nouvel Etat; peut-être même pas un nouvel

Etat.» En effet ce marronnage économique a réussi à créer la pénurie

de la main-d’œuvre. Selon les vues de Franck Laraque, professeur

emeritus à la City College de New York, ce marronnage atteignit son

objectif politique en déstabilisant l’économie du système

esclavagiste et plus tard, celui du caporalisme agraire post

esclavagiste.

 

Dans la clémence des régions montagneuses, ces marrons initièrent la

culture vivrière de subsistance, modèle de l’agriculture haïtienne

jusqu'à ce jour. Ils voulaient avoir leurs propres terres même s’il

s’agissait de simples lopins. C’est la première fois en effet que le

nègre paysan allait être propriétaire de quelque chose. Ces structures

agraires injustes, ces législations foncières inadéquates et ces

conditions inégales expliquent le sort actuel du paysan. Pour toutes

ces raisons Edouard Francisque dans son livre Perspective du

développement économique en Haïti a eu raison d’écrire que « le

développement de l’agriculture a été inhibé par le pullulement des

petites exploitations ».

 

 

Mais pourquoi le paysan haïtien a-t-il été maintenu au bas de

l’échelle sociale pendant si longtemps ? Plusieurs réponses s’offrent

rapidement. L’une d’elle –et sans doute la plus importante– est la

pauvreté de son éducation jointe à la précarité de ses moyens de

réaction. Nous l’avons vu : toutes les fois qu’un paysan ou un de ses

fils a pu échapper aux affres de l’ignorance pour s’émanciper par

l’éducation, il a presque toujours changé sa manière de voir les

choses. Tous se sont ainsi émancipés d’une manière ou d’une autre mais

très peu, malheureusement, se sont montrés reconnaissants à l’égard

de la campagne. On connait en effet d’authentiques fils de paysans qui

sont devenus présidents de la République et n’ont jamais rien fait

pour réhabiliter leur lieu d’origine. Pas une école, pas un

dispensaire. Pas même quelques toilettes publiques !

 

Bien sûr, ce n’est pas un homme qui doit réhabiliter une région et il

ne doit guère réhabiliter qu’une seule région. On le sait. Un

président qui ne s’occuperait que de son lieu d’origine afficherait

un régionalisme égoïste et serait ainsi répréhensible aux yeux des

autres régions. Toutefois, un président, un sénateur, un quelconque

responsable de l’Etat, devrait toujours être l’avocat d’un mieux-être

pour sa région natale comme il l’est pour le reste de la nation. En

fait, le paysan n’aurait pas besoin d’émigrer vers la ville pour

trouver un mieux-être ; il devrait pouvoir le trouver chez lui.

 

Comme déjà dit, c’est par l’école qu’il faut commencer. Mais quelle

école? Non point une école anémiée, avec des instituteurs mal

entrainés, une école sans structure, sans livres, sans budget et

réunie souvent sous des tonnelles.. Mais plutôt une école viable

comme le système scolaire des grandes villes.

 

Et quand on sait que le paysan vit de la culture de la terre, son

éducation devrait inclure le plus activement possible, un versant sur

les meilleures techniques agricoles, et le meilleur rendement. Qu’on

envoie donc à la campagne d’excellents instituteurs et professeurs,

d’excellents agronomes et techniciens agricoles. Et que ceux-ci soient

bien rémunérés pour être incités à accepter un poste en province et y

rester pour travailler dans la dignité. Qu’ils forment des pépinières

au sein desquelles sortiront demain leurs remplaçants qualifiés. Quand

les paysans pourront trouver chez eux tout ce qu’ils vont chercher en

ville aujourd‘hui, ils resteront chez eux et seront fiers de leur

milieu. En tout ce qui vient d’être dit, il faudra avoir les yeux

ouverts contre la corruption. Car l’Etat pourrait faire tout cela sans

que le bénéfice aille vraiment au paysan. Nous savons trop dans quel

pays nous vivons !

 

Comme nous l’avons souligné dans notre chapitre sur l’agriculture et

l’élevage, (activités qui représentent le fort du paysan), l’Etat

responsable doit pourvoir à l’aide technique nécessaire en mettant

des tracteurs et d’autres machines à la disposition des agronomes et

des paysans. L’Etat se doit d’inciter la société civile de l’endroit

à jouer sa partition de la même façon que cette société civile devra

être prompte à inciter l’Etat à jouer la sienne. Etat et société

civile en interaction permanente sont les piliers de l’émancipation

paysanne. Dans le même sens, les décideurs devront mettre dans les

villes de province l’infrastructure nécessaire (ressources humaines

qualifiées, routes, électricité, téléphone, Internet, eau potable,

etc.) et inviter les investisseurs étrangers à y installer leurs

compagnies, leurs usines, leurs entreprises agricoles, créant ainsi

des dizaines de milliers d’emplois dans l’avantage d’une paysannerie

enfin éduquée et bien entrainée.

 

Le Sort du Paysan Haïtien

 

Le paysan d’aujourd’hui a faim. Naguère il avait tant de produits

qu’il en faisait cadeau à ses visiteurs de la ville. La province était

un lieu de villégiature et une corne d’abondance où l’on allait pour

bien manger. Maintenant quiconque sort de la ville et va au pays « en

dehors » doit emporter sa propre nourriture pour lui-même et pour le

paysan et sa famille toujours nombreuse. Les champs sont clairsemés

parce qu’en beaucoup d’endroits il ne pleut pas. Les rivières et les

sources se dessèchent par suite du déboisement. L’érosion et la

déforestation et autres facteurs, font que le paysan ne peut plus

compter sur son lopin de terre pour produire. Il est acculé à la

décapitalisation. Il vit dans une coexistence « pacifique » avec le

grand don. Mais le grand don n’est pas un paysan, même s’il habite à

la campagne ; s’il travaille la terre il le fait indirectement, il

achète la force de travail du paysan ou organise des coumbites où il

distribue force bouillon-patate et clairin.

 

Le drame du paysan haïtien est que dans la plupart des cas il n’a pas

de terres, ou du moins pas suffisamment, alors que les grands dons eux

ou les bourgeois absentéistes en possèdent trop. L’on se rappelle ce

Mouvement de Revendication des Paysans sans Terre de Verrettes qui

est allé occuper 450 carreaux de terre appartenant à un seul bourgeois

de Port-au-Prince ; de son côté, le Mouvement des Petits Paysans Tèt

Kolé en a fait autant dans le Nord-Ouest, en y occupant plus de 800

carreaux.

 

Dans les endroits où le paysan peut encore travailler pour son

compte, il ne dispose que de ses muscles, de sa houe, de sa machette,

de sa serpette et de sa pelle. Aucune technologie. Pas d’engrais. Pas

de pesticide. Le rendement donc est toujours réduit. Comme le révèle –

chiffres à l’appui– une étude du Professeur Dufumier, le paysan

haïtien est obligé d’accepter une rémunération 100 fois moindre que

celle de l’agriculteur qui dispose de moyens de production

performants.

 

Le paysan est alors réduit à dépendre de l’importation des produits

que pourtant il faisait et exportait avant. En raison de cette

dépendance, sa culture de résistance, sur laquelle d’ailleurs la

nationalité haïtienne était fondée, est en train de s’évanouir. Après

quelques années d’un travail musculaire éreintant et ingrat, le

paysan haïtien, si preste et si avenant dans sa brève jeunesse est vu

le visage racorni, la bouche édentée, les muscles rabougris quand il

ne projette pas plutôt un portrait émacié de zombi. Il ne faut plus

que cela continue ainsi !

 

Le paysan d’aujourd’hui ne peut guère envoyer ses enfants à l’école.

Longtemps il ne savait peut-être pas l’importance de l’école.

Maintenant il en a pris conscience mais le sol qui ne produit rien le

laisse au chômage et incapable d’endosser efficacement ses

responsabilités. Mais malgré son incapacité réelle, le paysan tâchera

de sauver au moins un de ses fils en investissant dans son éducation.

Il ne pourra peut-être pas en sauver deux. Ou, s’il le fait, un

troisième n’aura sans doute aucune chance. Le paysan espère qu’un

jour, l’éducation scolaire d’un de ses enfants servira comme

institution familiale de sécurité sociale. Cette épargne pour

l’éducation est préférée à l’épargne destinée à l’acquisition de biens

de production.

 

 

Quant aux autres enfants, les infortunés du sort, ils grandiront sans

instruction et iront grossir la foule déjà innombrable des

demandeurs d’emplois en ville, ceux qui constituent le

lumpenprolétariat ; ils feront le petit commerce des coins de rue,

deviendront gérants-lakou, servantes, brouettiers, chagnes (cireurs de

chaussures), domestiques, laveurs de voitures, porteurs des rues,

mendiants, voleurs, « brasseurs » racketteurs, kokoratts etc.. Il

arrivera même que quelques jeunes filles se laisseront sexuellement

abuser pour pouvoir survivre. Ainsi exposées à l’émigration paysanne,

les villes haïtiennes, sont devenues des guêpiers bourdonnants et la

capitale une ville immaitrisable, ingérable…

 

 

Le paysan d’aujourd’hui est malade Il n’a pas d’argent pour se faire

soigner mais aussi il n’y a pas assez d’hôpitaux de dispensaires et

autres dans sa zone. Seul Port-au-Prince est doté d’un Hôpital

général. Les villes moyennes ne disposent souvent que d’un maigre

dispensaire qui ferme à 2h de l’après-midi. Dans beaucoup d’endroits

la femme enceinte en état de travail ne trouvera aucun service de

maternité dans sa zone. Une brave matrone du quartier est celle qui

sauvera cette femme. Si celle-ci présente des complications…on sait

déjà ce qui arrivera.

 

Les femmes paysannes souffrent d’inanition ne pouvant se donner qu’un

seul repas par jour. Et quels repas puisqu’elles doivent presque tout

servir à leurs maris d’abord (la part du lion) et aux enfants ensuite.

Souvent ces mères ne trouvent que le gratin ! Quant à l’eau potable,

le paysan, en de trop nombreux endroits, est forcé de boire un

liquide pollué que des petites filles innocentes vont chercher

parfois de très loin quand on n’habite pas près de la source ou de la

rivière. Ainsi le paysan est la proie de maladies infectieuses et

diarrhéiques importantes comme la typhoïde et la dysenterie qui sont

parfois mortelles surtout dans le cas des tout-petits. Le choléra qui

a surgi vers 2011 dans le fleuve Artibonite a trouvé ainsi un cadre

favorable pour se reproduire.

 

La paysanne haïtienne, femme vaillante et d’une beauté plutôt

éteinte par la misère, travaille très dur dans les champs (quand

ceux-ci existent encore) ; elle s’exténue dans son petit commerce au

marché. En plus, elle est soumise à l’oppression constante d’un homme

chômeur souvent aux nerfs à fleur de peau, qui la roue de coups,

impunément.

Le paysan haïtien est un de ces damnés de la terre, de ces forçats de

la faim, un homme exilé dans son propre pays !

 

Le paysan haïtien est physiquement opprimé.- En plus d’être maintenu

dans l’ignorance pendant cinq cents ans, le paysan haïtien a toujours

été opprimé dans sa chair et sa personne même. Opprimé par le chef-

section, le choukett-larouzé, le gendarme, le policier et autres

bourreaux toujours prêts à le matraquer ou même le tuer. Cela aussi

doit cesser. Certes, le système CASEC qu’on a mis en place est de

loin moins inhumain que les modèles anciens mais on doit aller plus

loin dans le processus de réhabilitation du paysan. Il est question

maintenant de lui faire justice en le restaurant dans l’éminente

dignité de son être.

 

On doit aussi cesser de voir dans le paysan un cheval de bataille

qu’on va seller toutes les fois qu’on en a besoin.

 

Très jeune, nous étions témoins des méga manifestations de F.

Duvalier en face du Palais, et de ces masses humaines qu’il faisait

charrier des provinces vers le palais pour crier « Vive ! »,

 

Ces malheureux paysans arrachés à leurs champs ou de la corde de

leurs bêtes pour venir à Port- au-Prince, faire la foule et être

photographiés par les plus grandes chaînes de télévision du monde, –

oui ces hommes baignés de sueur, sentant la feuille et l’ail, et

dépourvus de tout…ont été forcés de rester dans la capitale car la

bascule est retournée sans eux. C’est cette population qui a posé la

première pierre de nos bidonvilles cruels. Tout cela pour un simple

cri : « A Vie ! ».

 

Aujourd’hui, toutes les fois qu’on a désespérément besoin de votes à

l’occasion des élections, les candidats vont de recoin en recoin

dépister les paysans leur offrant bouillons populaires, clairin à

gogo et quelques gourdes pour qu’ils aillent voter pour eux et gagner

les rues quand le candidat risque de perdre. Après les élections –

comme dans Le Renard et le Bouc– le gagnant va son chemin oubliant et

même vouant à l’anathème toute la classe paysanne. Cette situation a

perduré dans la périphérie du territoire haïtien simplement parce

que le centre, détenteur du pouvoir et des richesses, s’est ingénié à

maintenir les masses paysannes dans l’obscurité épaisse de

l’ignorance. La déchéance paysanne a donc été programmée,

institutionnalisée. Il faut aujourd’hui une déconstruction du système

anti paysan.

 

Le cheval de bataille en quoi on transforme le paysan n’est pas tout

simplement sellé pour aller aux votes ou faire la foule devant le

Palais. Il est aussi sellé et baboukété pour payer de lourds

impôts. Dans le système fiscal haïtien le paysan est celui qui

contribue le plus, en y étant forcé.

 

Tout ceci ayant été dit, l’émancipation paysanne est aujourd’hui une

urgence. Elle requiert l’apport fécondant de tout l’Etat haïtien et

de la société civile. Seul l’Etat, en effet, a le pouvoir de faire

passer les vœux ici exprimés au stade de réalité. Il le fera en

faisant passer au Parlement toute une législation visant ladite

émancipation.. Un tel cadre légal soutenu par l’Exécutif et défendu

par le Judiciaire permettra à la société civile (les groupements

paysans structurés et autres instances) d’écrire, de faire passer

leurs projets et leurs revendications et en assurer le suivi.

 

Depuis The Haitian People de James Leyburn,1941 ; depuis Paul Moral

dans Le Paysan Haïtien 1961 ; depuis Peasants and Poverty de Mats

Lundahl, 1979, le paysan de chez nous est resté le même. Il est

aujourd’hui temps qu’il soit réhabilité. Qu’on le fasse vite car le

cheval de bataille sait aussi se fâcher, lancer en l’air sa docilité

coutumière, se mettre à pomper, à tirer les pattes arrière et tout

renverser. On l’a vu avec les Piquets, les Cacos, les Jean-Jacques

Acaau, les Charlemagne Péralte, les Benoit Batraville et tant d’autres

ayant vécu avant ou après ces illustres va-nu-pieds tout le long des

cinq cents ans de notre histoire.

 

Dr Nicolas-L. Pauyo

 

voir : La Vallée de l’Artibonite, quel développement? Par Éternel Victor. Rediff.

Voir :link 

 

 

 

 

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