Je vous signale dans la dernière parution du journal Haïti en Marche
un excellent article intitulé : Elections françaises Entre Marine Le Pen et Haïti.
J'y ai appris un certain nombre d'informations notamment celles autour du ciment Lambert (dont la famille Le Pen a hérité de la fortune) et de la bétonnisation d'Haïti commencée sous Duvalier François.
Justement, en Guadeloupe, une des choses qui m'a choquée c'est l'envahissement du béton.
L'ïle étant petite, ça saute aux yeux.
L'île étant volcanique et sujette à des tremblements de terre, on reste étonné d'un tel choix politique- d'autant plus qu'à l'inverse d'Haïti, le bois ne manque pas.
Ensuite, dans cet article est mentionné la relation particulière entre les 2 Duvalier et leur entourage avec la France de droite et tout particulièrement ses ressortissants de Martinique et Guadeloupe.
Cette relation particulière qui allait jusqu'à favoriser les personnes issues de ces deux îles françaises, a été rapportée par tous les chroniqueurs de cette période des 2 dictatures duvaliériennes.
A la Guadeloupe (je ne sais pas pour la Martinique) j'ai entendu souvent certaines personnes vanter la période des 2 Duvalier.
Ce sont bizarrement, ou peut-être logiquement, des personnes qui, par ailleurs, disent tout le mal qu'elles pensent du peuple haïtien, celui qui se trouve sur place en Guadeloupe, comme celui qui est en Haïti.
Généralement, elles ne connaissent rien de l'histoire d'Haïti (très peu de leur propre histoire - demandez-leur qui est Delgrès ou Ignace qui ont été à la tête de la lutte contre le retour du système esclavagise en Guadeloupe, elles n'en savent rien) et se contentent de répéter ce qu'elles entendent dans les média, à savoir que Duvalier était un "noiriste" qui luttait contre le monopole des mulâtres.
Laquelle fausse opinion, flatte à bon prix, une sorte de nationalisme de pacotille qui fleurit sur l'île et autorise de surconsommer tout ce qui vient de la "métropole" comme ils appellent la France là-bas, tout en râlant quotidiennement contre les "blan peyi", comme ils appellent les békés, descendants des colons.
Ce que l'oeil nu de l'observateur peut apercevoir, sans en tirer de conclusions hâtives, c'est que le discours des Le Pen, loin d'être majoritaire, a de nombreux sympathisants, paradoxalement à la fois chez les "blan péyi" comme chez les "locaux" qui dans le "menu" offert par le FN, prennent chacun ce qui les arrange.
Pour les "blan péyi" c'est le discours sur la race supérieure, pour les "indigènes" c'est celui sur l'envahissement de l'île par les étrangers.
Lesquels étrangers sont en priorité les Haïtiens qui, de leur point de vue, comme ici avant les Juifs, maintenant les Arabes, seraient responsables de tous leurs malheurs.
Comme ici, l'économie, pour les partisans du FN, est totalement enfouie sous des considérations idéologiques, populistes, xénophobes, voire racistes.
Parce qu'on se demande ce que les Haïtiens ont à voir avec le prix d'une voiture ou d'un yaourt trois fois plus cher içi qu'en "métropole" ou sur le fait que les Guadeloupéens préfèrent les pâtes aux racines (igname,malanga manioc,etc.)
Un exemple, il aura fallu que les vertues de l' eau de coco soient vantées, ici en "métropole", pour que tout soudain, sa vente explose en Guadeloupe.
Bien sûr, ce discours pro-FN, n'est pas majoritaire, mais sa présence, compte tenu des thèses qu'il défend et l'histoire de ce pays, a de quoi surprendre et de rendre mal à l'aise.
Je me dis toujours, et à raison, que des populations qui ont été victimes et le sont encore de l'intolérance devraient porter une attention particulière aux discours qui divisent et prônent la haine de l'autre et, à l'inverse, être attentifs à éviter des maux dont ils souffrent eux-mêmes.
Mais hélas, en Guadeloupe, comme en Haïti d'ailleurs, dans certains milieux, il est toujours plus facile et plus jouissif d'obéir à ceux qui désignent les boucs émissaires et "satanisent" le plus pauvre, plus vulnérable.
Combien de Guadeloupéens savent qu'après l'indépendance Haïti a ouvert ses bras à tous les Noirs de la Caraïbe, d'A. Latine et des USA qui voulaient fuir l'esclavage ?
Il aura fallu que je lise les livres de voyageurs français de la "métropole" datant du 19ème siècle et du début du 20ième pour, moi-même, apprendre via leurs témoignages cette présence de petits artisans, de lavandières, de jardiniers, de cuisiniers originaires des antilles françaises travaillant pour les familles bourgeoises haïtiennes.
Les Haïtiens, eux-mêmes, lettrés ou pas, ignorent tout ça; parce que cette histoire-là n'est pas donnée mais qu'il faut aller la chercher en plongeant son nez dans toute la somme des récits faits par les étrangers qui ont visité le pays depuis son indépendance.
C'est de cette manière qu'est arrivé le père ou l'oncle de Duvalier François qui commença sa carrière en tant que cireur de chaussures, puis deviendra au faîte de son ascencion, juge.
Son fils ou neveu, lui, deviendra président d'Haïti avec la bénédiction de la dite "métropole" qui voyait là une porte ouverte pour asseoir son influence face à celle des USA, de l'Allemagne et de la Grande Bretagne.
Et on en revient aux ciments Lambert, à la bétonnisation d'Haïti commencée sous Duvalier François et au nombre élevé de victimes du séisme de janvier 2012, dû à cette bétonnisation anarchique .
Et, évidemment, à ce que nous vivons actuellement, le revival des prédateurs duvaliéristes affairistes et sans scrupules en Haïti et de l'extrême droite en France.
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