Aujourd’hui ,consultations
A Etang-Rey
au-dessus de Paillant.
qui se situe, elle,
au-dessus de Miragoâne.
Dèyè mon gen mon.
Le curé d' Etang-Rey a sollicité
l’aide de l’équipe de Gamah
Pour soigner la population de sa commune
et des environs .
Nous partons de Paillant
avec quelque retard.
Une panne de voiture
aura empêché le chauffeur du curé
de venir chercher
l’équipe à l’heure prévue.
Le paysage que nous traversons
Pour nous rendre à Etang Rey
est de toute beauté.
Les étrangers sont admiratifs
Ah! Oh!
Et moi aussi, je m'exclame :
Ah! Oh!
Il faut dire que nous passons d’un micro climat à l’autre
Ici, c’est valloneux et brumeux comme la Suisse.
A peine plus loin, des pins élancés en terrain plat
qui rappelent aux Français de l’équipe ceux des Landes.
On flotte comme dans un rêve au milieu de tant de beauté
Malgré les soubresauts éprouvants pour les popotins de la « machine »
C’est que la route, -plutôt une piste-
comme toutes celles qui relient les villages de l’intérieur
se trouve dans un état catastrophique.
Et puis, on grimpe encore et on arrive à Etang-Rey
qui offre un panorama magnifique
d’où l’on aperçoit Miragoâne, l’île de la Gonave
et aussi les localités de Fond des Blancs, Fond des Nègres, l’Asile
Carrément époustouflant.
Sauf qu’il fait un peu frisquet et venteux.
Tout le monde a gardé sa petite laine.
A l'intérieur de l’Eglise, les patients attendent
Ils disent être là pour certains depuis 6h du matin.
Les deux médecins généralistes Christian et Françoise s’installent
pour commencer les consultations.
Christian apprécie de pouvoir se tenir droit.
C’est nettement plus confortable pour son mètre 90
que sous la tente dans la cour de l’hôpital Sainte Thérèse de Miragoâne.
Les deux praticiens se concentrent sur leur travail.
Même si le brouhaha ambiant semble gêner Françoise
Les patients de Christian et de Françoise sont des adultes.
Ceux d' Emmanuel, jeune médecin haïtien formé à Cuba
qui s’est installé lui dans le prébystère,
sont des enfants .
Emmanuel souhaite se spécialiser en pédiatrie
et cherche désepérément à obtenir une bourse.
Mais d'après ce que j'ai saisi,
il n’est pas facile pour ces médecins formés à Cuba,
qu’on appelle les médecins périphériques
parce qu’ils sont envoyés comme les médecins cubains dans des trous perdus
et ne sont pas intégrés ou peu intégrés dans le système de santé haïtien .
Allez savoir pourquoi !
Je n'ai pas du tout compris,
vu les besoins de la population en matière de soins de santé,
quels étaient les enjeux
pour le ministère de la Santé de payer pour la formation de médecins
qui, une fois diplômés, restent en attente d'affectations,
ou de possibilité de se spécialiser.
A l’intérieur de l’église, les médecins et les deux infirmières
Brigitte et Annie ont tenté, avec l’aide de vraiment gentils et serviables interprètes.
de mettre un certain ordre.
On doit faire la queue, prendre une fiche, puis voir les infirmières pour la tension, etc,
Puis, faire à nouveau la queue pour la consultation avec le médecin.
Après quelques petits remue-ménages, ça s’organise.
Mais, au détriment des plus vieux et vulnérables
Qui se font un peu bousculer
et qui n’ont pas les jambes pour rester debout dans la queue.
De temps en temps, je me permets d’entrer en contravention avec le règlement
en faisant passer devant tout le monde
telle grand-mère qui se fait doubler systématiquement dans la queue.
Régis, ne quitte pas sa caméra.
Il va et vient entre l’église, le prébystère
et l’extérieur, où devant le prébystère où consulte Emmanuel,
les mères et leurs jeunes enfants se pressent devant la porte.
Pour y pénétrer il faut slalomer entre les corps serrés
qui résistent à céder le passage.
Les enfants ne se plaignent pas.
Pourtant l'attente est longue, l'eau manque.
Mais pas de cris, pas de pleurs.
Et pas de coups non plus.
De 10h du matin jusqu’à 1h de l’après-midi les médecins n’arrêtent pas.
Tout le monde veut des médicaments .
Il n’y en a pas assez.
Il n’y a pas toujours ceux qui seraient nécessaires.
Les gens sont déçus.
Ils s’attendaient à une distribution de médicaments.
C’est assez surprenant de voir à quel point les
paysans haïtiens croient aux « graines » c’est-à-dire aux comprimés.
censés guérir immédiatement, magiquement
toutes leurs maladies et quelles qu'elles soient.
Me voci dans le rôle d'assistante.
aux gens qui ne savent pas lire
et me présentent leur ordonnance pour que je leur réexplique
ce que le médecin a dit.
Les médecins font une pause casse croûte.
En réalité un plantureux repas servi chez M. le curé,
avant de recommencer jusqu’à 17h.
Finalement la consultation
qui avait débuté dans une grande confusion
s’est déroulée selon un ordre impeccable.
On n’entend pas un mot plus haut que l’autre .
Les gens, parmi eux pas mal de réfugiés de Port-au-Prince,
sourient timidement malgré leur malheur.
Mais voilà, le nombre de patients est si élevé
Que les médecins ne peuvent pas voir tout le monde.
Grande déception de ceux qui se plaignent d'être là depuis le matin
Et d'avoir fait des kilomètres pour venir.
Donc, Christian accède à la demande du prêtre
Et reviendra lundi matin.
Ouf ! Tout le monde est rassuré.
Et nous on remballe.
On monte dans les voitures.
Mais ce n’est pas tout à fait fini parce que les techniciens
De l’association MARS doivent aller voir une source
qui se trouve tout en bas de la montagne
afin d' évaluer s’il serait intéressant de poser des
conduits pour faire remonter l’eau.
On crapahute sur la terre glissante
Une ou deux personnes se retrouvent au sol.
Les enfants, qui comme des cabris dévalent la pente, rient.
Vrai, il est beau ce peuple haïtien des campagnes !
Malgré la malnutrition
Et tellement aimable !
Malgré la misère.
Ca serre le cœur de voir
comment il est malmené.
Et à quel point,
il suffirait d’un peu d’humanité et de respect
et de moyens financiers, bien sûr,
pour que tout ce monde se développe sainement.
En tant qu'Haïtienne, je suis embarassée
devant ces étrangers
qui ne comprennnent pas, faute d'une connaissance
de l'histoire politique et économique d'Haïti,
l'abandon dans lequel se trouvent ces populations.
Et même quand, comme moi, on sait + ou - de quoi il en retourne,
on n'arrive pas vraiment à comprendre
comment on en est arrivé à un tel mépris des forces vives du pays.
La nuit tombe.
Nous croisons
sur le chemin du retour vers Paillant, des paysans
qui reviennent de leurs champs, houe à la main
machette à la ceinture et macoute à l’épaule.
Toujours, comme dans "Gouverneurs de la Rosée",
seuls, face à leur destin.
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