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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


«Tou founish». Par Fanfan la Tulipe

Publié par siel sur 21 Septembre 2013, 14:01pm

Catégories : #AYITI ACTUALITES

 

      Au départ, je ne pensais pas à ce titre un peu drôle, plutôt curieux, déroutant, étonnant, surprenant, pour ne pas dire founishant. Mais je vais y arriver. J’avais autre chose en tête, se rapportant à ma première enfance. J’avais probablement deux ans. Ma grand-mère paternelle me jouait souvent de jolis tours, lorsqu’elle me donnait à manger. Bien sûr, je ne savais pas encore compter. Mais, Grand-Mère comptait avec moi pour me faire manger mon bol de maïzena. Quand elle m’avait filé sept cuillerées, elle disait : «Maintenant, avec cette prochaine cuillerée, ça va faire trois». Et moi, après un petit gloussement de discrète suspicion, je répétais : trois.


Grand-mère utilisait la technique du lolo pour me faire avaler tout mon bol. En soustrayant le nombre des cuillerées, c’était un peu aussi sa façon à elle de «remplir mon bol», pour me faire tout manger. Au départ, le titre de l’article devait être : lolo, pa lolo. L’idée était de comparer la façon de faire, lòlòte, de Gand-Mère, avec les manœuvres lolotantes de Martelly. En effet, chaque fois que l’opposition espérait en finir avec le démarrage du processus électoral, Martelly, lui, s’amusait à laisser croire aux opposants que tout allait bien se passer. C’était lolo après lolo, d’autant qu’après chaque nouveau lolo, les opposants se posaient la question lancinante et taraudante : lolo ou pas lolo ? Et ils restaient en attente de la prochaine lolotade.


Seulement avec la question du CEP provisoire versus un CEP permanent, Martelly en a fait avaler pas mal de cuillerées d’attente, de tergiversations, de déception aux opposants qui, de guerre lasse, se sont satisfaits d’une dernière grande cuillerée de maïzena électoral sous forme de Collège Transitoire du Conseil Électoral Permanent (CTCEP). Ces messieurs et dames ont certes fait la moue, mais ont quand même bu leur lolo, san dous, et ont éventuellement affiché un demi-sourire de satisfaction en croyant ou en feignant de croire que la perspective de tenue des élections à la fin de l’année était à l’ordre du jour.


Bien sûr, Pierre Simon Georges, Néhémy Joseph, Marie Clunie Dumay Miracles, représentants du Pouvoir Législatif ; Jean Marie Vianney Emmanuel Ménard, Gloria Margarette Girault Saint-Louis, Jacqueline Patricia Chantale Raymond, représentant le Pouvoir Exécutif ; Léopold Berlanger, Applys Félix et Marie Carole Innocent Floreal Duclervil, représentants du CSPJ, ne se doutaient guère, un instant, qu’ils étaient en train d’être instrumentalisés pour permettre à Martelly de lolofier les assoiffés d’élections. Tout le monde semblait avoir donné dans le panneau. Peut-être que Ménard, lui, savait. On prête, à tort ou à raison, une affinité spéciale, ménarde, pour le bonhomme.


La guillerette Marie Carole Innocent Duclervil, s’imaginant que Martelly  avait fait boire la dernière cuillerée à l’opposition, s’exaltait, s’enthousiasmait, s’échauffait, s’enfiévrait et exultait : « Haïti attend beaucoup de nous. La militance n’a pas été le critère de notre choix au CTCEP, mais plutôt notre compétence ; c’est pour cela que nous devons réaliser de bonnes élections dans le pays». Cette Duclervil n’est pas innocente ni pour un sou, ni pour un cuivre noir, elle qui fait partie du sérail de Martelly. Jean Marie Vianney Emmanuel Ménard, petit valet de Micky souris rose, a abondé et même débondé dans le même sens : «J’invite tous les secteurs, la classe politique en particulier, à jouer leur partition dans le processus qui doit aboutir à l’organisation des élections […], les membres du CTCEP sont prêts à offrir au pays des élections libres ».


Léopold Berlanger n’a pu ni se tenir, ni se retenir, voire s’abstenir de cautionner les lolotades de Martelly. Lâchant la bride d’une certaine retenue, il a lâché : « Nous prenons l’engagement d’organiser dans le délai qui nous est imparti par notre mandat et la constitution, des élections honnêtes, crédibles… pour renforcer le processus démocratique dans le pays. Les intérêts de la nation doivent primer sur les intérêts individuels et particuliers afin de respecter les règles du jeu démocratique». Était-il sincère ? Le croyait-il vraiment ? Était-ce juste pour se donner un peu de contenance ?  Simon Georges, représentant du pouvoir Législatif, s’est fait presque bouleversant : «Nous acceptons tous d’assumer pleinement cette responsabilité pour mener à bon port une entreprise aussi difficile, [celle d’] organiser des élections libres, démocratiques et crédibles». Les quatre ont parlé d’élections «libres et crédibles», mais aucun d’eux n’a mentionné l’adjectif «inclusives». Comme ils sont à l’odeur du fricot, peut-être qu’ils savent déjà que les fricotins du pouvoir comptent fricasser certains partis politiques trop frekan, trop entelektyèl à leur goût ou certaines couches sociales «indésirables» pour les tenir loin de la fricassade électorale. Qui sait ? Le mal existe…c’est ce que du moins disent les Haïtiens.


Entre-temps, Micky gardait dans les tiroirs de l’Exécutif l’avant-projet de loi électorale, un document de 246 articles, ma parole ! Quel fardeau pour le cerveau (endommagé à la naissance) du président ! Mais, quel cadeau et quel gâteau pour les cerveaux magouilleurs des deux conseillers du président, deux experts en basses manœuvres politiciennes, les mal nommés konpè Youri et Ti Djo Lanbè qui auront vite fait de réduire les articles à moins d’une cinquantaine ! Pour les membres de l’opposition  avides d’élections chaque jour qui passait était un vrai «casse-tête chinois» qui chinoisement leur cassait la tête à plus d’un candidat. Connaissant la nature malveillante du président, les opppositionnards ne se lassaient pas de se demander : qu’est-ce qu’il est en train de mijoter notre Micky : lolo ou pa lolo ?


Dans les intervalles, le sort judiciaire de Clifford Brandt est tombé dans l’oubli ; on ne sait plus où est passé Ernest Edouard Laventure, alias « Mòlòskòt », journaliste  poursuivi par la Justice haïtienne pour usurpation de titre, association de malfaiteurs et escroquerie ; le parquet danse au rythme de la valse des commissaires, le beau Danube bleu, arrangement de Sweet Micky ; on n’a aucune nouvelle des résultats des examens de toxicologie pratiqués sur le cadavre du juge Joseph ; y a-t-il eu un arrangement cassé-feuillant entre le pouvoir haïtien et les autorités canadiennes «couvreuses de ça» ? Le mal n’existe-t-il pas sous tous les cieux ? Finira-t-on par savoir toute la vérité ? Lolo ou pa lolo ?


Je m’en voudrais de faire du coq-à- l’âne, mais vous ne m’en voudrez pas de faire du lolo au tou founich. Mais avant, laissez-moi vous mettre dans le bain de cette founicherie. On sait que les appartements se louent « furnished » (meublés) ou «unfurnished» (non meublés). Les premiers en principe sont plus chers que les seconds. Ne voilà-t-il pas que cette dame, nouvellement arrivée à Brooklyn, se sent fatiguée de rester à «faire la descente» chez des amis. Femme depengèt, elle décide de se chercher un appartement. Elle le voudrait non meublé. Son anglais est sans doute très approximatif, mais elle finit par trouver un gîte «furnished» pour le prix d’un logis «unfurnished». N’est-ce pas magnifique, comme Toufique ? Elle se précipite, très fière, chez ses hôtes pour leur dire que, seule, elle a pu trouver, à très bon prix, un appartement «tou founish».


Ce qui m’amène à l’ambiance tou-founichante au sein de la classe politique haïtienne. L’insatisfaction avec le régime Martelly-Lamothe est à son comble. Le vase déborde, et avec, la vase morale pestilentielle qui caractérise la présidence. On n’en peut plus. On étouffe. Le monde politichien s’agite, se trémousse, se démène, se dépense, se tortille, sautille, gambille, frétille, de conclaves en rencontres stériles, du Cap-Haïtien à Léogane en passant par les Gonaïves et l’Arcahaie. Ça gigote, complote, parlote, déparlote, barbote dans les coulisses limoneuses de certaines ambassades, mais qu’on n’y prenne garde: ce sont les élections qui les mènent.


 Les rapports d’enquête des deux commissions parlementaires demandant la mise en accusation de Martelly et de Lamothe ne sont-ils pas des éléments d’une solution rationnelle, conséquente pour résoudre la crise ? Oui, excepté que le Blanc n’a pas encore dit son mot et que les affaires de classe se règlent entre copains de même classe. Pas question de faire appel à la force mobilisatrice des masses. Alors pour faire passer le temps, et donner le temps à l’International de trouver une solution, la sienne, le président du Sénat, Simon Dieuseul Desras, vient d’organiser trois rencontres : avec les partis politiques, la société civile et des membres du corps diplomatique. Bien sûr, tous ces conciliabules ont fini en queue de poisson, puisque tous préfèrent kite kò pou al kriye nan pye sèkèy. 

  

De dialogue en gwòg magòg, Desras finit par se livrer à une fuite en avant. De concert avec les autres magouilleurs, il crée  «une autre commission devant poursuivre le dialogue (sic) entre les acteurs politiques». Et quelles têtes voit-on au sein de cette auguste commission ? Celles d’un Paul Denis le transfuge, Turneb Delpé l’infatigable et infructueux promoteur d’un «Dialogue national», l’indécrottable Osner Févry, l’ex-briseur de grève d’étudiants en médecine et intime ami de Roger Lafontant, Rony Gilot. Camille Charlmers et Maryse Narcisse se sont prêtés à cette mascaraderie, et quelques autres, dont Himmler Rébu, ancien chef du corps répressif des Léopards jean-claudins. Un vrai méli-mélo. Un véritable tchak gwòg-magogant.

 

Ils devront dresser dans les huit jours un premier document de travail. Vous avez bien lu : un premier document. C’est dire qu’il y en aura d’autres. Il faut faire durer le plaisir et les avantages matériels liés à la confection de tels documents, car personne n’a encore dit que ces «documenteurs» travaillent à titre bénévole,  à titre de volontaires du bien-être national (VBN). VBN ai-je écrit, et non pas VSN. De toute façon, à chaque document suffit son chèque.

 

Il faut s’attendre à ce que ces exercices de funambules finissent par funambuler en queue de poisson, car c’est un pays où le monde politicien vit d’expédients et de queues de poisson, partie de l’animal dépourvue de chair nutritive. Par analogie, on comprend bien le caractère chétif, maigre, maigrichon, maigrelet, maigriot, chèchkobanza, tilespri, timannyè, timès, tisoufri, tibèkiloz, de la presque totalité des partis politiques.

 

Quand, déjà sur lagraba, le monde politique sera à court d’idées, de conciliabules, de documents de 400 pages chacun, quand ces messieurs et dames, discoureurs et discoureuses se seront épuisés à courir après un fumeux et infructueux dialogue national avec un fumiste de président, à courir après une solution à la crise, quand Martelly aura contribué à la mort d’un autre juge – horresco scribens – (je frémis en l’écrivant), alors là l’International va se fâcher. Washington dépêchera l’OEA qui viendra nous imposer une solution dans le sens de ses intérêts de néo-colonisateurs, une solution tèt chaje, tèt chat,  tèt bòbèch, une solution qui fera plaisir aux vendeurs de patrie, bref, une solution tou founich.

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