« Tirons notre courage de notre
désespoir même. » Sénèque
Nous n’avons rien fait pour le mériter. J’en souffre encore presqu’un mois après. Le poids de la responsabilité d’avoir à participer à la reconstruction de ce « pays déchu » peut rendre fou. Nos dirigeants ! Je les plains les pauvres. Je n’ose même pas les critiquer. Tel pays veut reconstruire le Palais Présidentiel. Tel autre le Palais des Ministères, ou une « Cité Administrative ». Encore un autre l’aéroport. Et ainsi de suite.
Maintenant c’est le brancard qu’il nous faut. Cette Communauté Internationale à laquelle on ne pourra plus rien reprocher, ni même la regarder dans les yeux, voudra-t-elle s’impliquer à nouveau si, dans le futur, nous n’agissons pas de façon honnête, face à nous-mêmes, face à nos compatriotes ? Nos dirigeants, sauront-ils enfin se placer à la hauteur de leur tâche ? Sauront-ils être honnêtes ? Envers euxmêmes?
Envers leur PATRIE ?
semaine. Je voulais parler de traumatisme, de ces troubles psychiques et physiques qui se produisent dans l’organisme suite à un choc violent. Je voulais en parler car le séisme du 12 janvier a supposé un choc émotionnel énorme et, ses conséquences, sur la vie de ceux qui comme moi avons vécu ce moment, de ceux qui comme moi avons survécu à ce moment terrible, sont encore imprévisibles. Un ami psychologue essayait de me décrire les symptômes que peuvent expérimenter les individus qui avons vécu des moments de choc émotionnel intense. La victime d’un traumatisme, me disait-il, peut éprouver les symptômes suivants par exemple:- Insomnie (Je dirais de préférence soit insomnie soit sommeil agité).
- Une sensation de mal-être sans aucune cause déterminée. pour essayer d’oublier les événements).
Il sera encore plus difficile de reconstruire, les vies détruites, les villes détruites. Des centaines de milliers d’Haïtiens ont perdu, tout ce qu’ils avaient. Des centaines de milliers d’Haïtiens ne sont plus ce qu’il étaient. Des centaines de milliers d’Haïtiens ne seront plus jamais ce qu’ils étaient avant.
Enfin, on arrive à trouver parfois des « cerveaux malades », comme on en a toujours eu dans ce pays (et dans tous les autres), qui arrivent à croire que le tremblement de terre a supposé une publicité gratuite pour Haïti et que le grand responsable sont les pratiques cultuelles non chrétiennes qui attirent la malédiction sur le pays (voir déclaration d’un Consul haïtien au Brésil).
Enfin chers amis, le séisme du 12 janvier aura donc donné naissance à une nouvelle génération meurtrie dans le
désespoir. À vie. Et nous, ceux qui comme moi, se situent dans la tranche d’âges allant de 50 à 55 ans, ou même mieux, de 45 à 65 ans, nous constituons cette « Génération Traumatisée » pour ne pas dire « Maudite » qui aura vécu la dictature, qui passera devant l’histoire comme étant coupable d’avoir submergé le pays dans une zone d’ombres la plus effrayante de son histoire de Nation, et qui aura vécu la dégradation la plus complète du pays avec cette tragédie du 12 janvier.
Définitivement, nous n’aurons jamais la chance de voir une Haïti rayonnante. Sauf, peut-être si nous arrivons à tirer suffisamment de courage de notre désespoir et si l’on se met à travailler à la reconstruction du pays, coude à coude (et non à coups de coudes), comme si c’était le seul objectif de notre existence.
germanor2005@yahoo.fr
Février 2010
Mercredi 10 Février 2010
Haïti en Marche • Vol XXIV • N° 03
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